Belgique : la limitation des fast-foods est-elle à envisager ?
La commune de Soumagne a refusé l’installation d’un célèbre fast-food sur l’un de ses axes principaux, parmi les motifs de refus se trouve la présence de trois autres fast-foods déjà implantés dans cette zone. Depuis le mois de janvier, la publicité pour des produits malsains est interdite auprès des enfants de moins de 16 ans en Belgique.

Jozef Hardy, habitant d’Awans, nous a posé la question suivante :
« J’entends dire qu’il pourrait y avoir 250 nouvelles enseignes de type fast–food en Belgique. Est-ce qu’on ne peut pas mettre un frein à cela, alors que le problème de l’obésité est préoccupant chez nous ? »
Taxes et recours à l’échelle locale
Au-delà de la simple existence des fast-foods, c’est l’omniprésence de ces établissements dans notre environnement qui suscite des interrogations. Ainsi, comme le demande Jozef, existe-t-il des mesures pour limiter leur expansion en Belgique ?
Il existe effectivement quelques initiatives, mais elles sont principalement d’ordre local. Par exemple, la semaine dernière, la commune de Soumagne, près de Liège, a refusé l’implantation d’un célèbre fast-food sur l’un de ses axes principaux. Les raisons évoquées incluent la volonté de préserver l’horeca local et la présence de trois autres fast-foods déjà dans cette zone.
Un autre exemple récent provient de la commune d’Auderghem, qui a opté pour une taxation des grandes chaînes de fast-food présentes sur son territoire. La taxe d’ouverture est fixée à 10.000 euros, accompagnée d’une taxe annuelle de 12.000 euros par point de vente. Cette dernière est doublée si l’établissement se trouve à proximité d’une école.
Au fédéral, rien de concret
Des actions locales sont donc visibles ici et là. Cependant, au niveau fédéral, existe-t-il des mesures concrètes ? Aucune mesure n’a été trouvée. Il est connu que le ministre fédéral de la Santé, Frank Vandenbroucke, désire lutter contre la malbouffe, mais cette volonté ne s’est pas encore concrétisée en actions concernant les fast-foods.
Le ministre a précédemment exprimé son souhait de distance entre ces établissements et les écoles.Cette mesure, si elle était appliquée, pourrait avoir un impact positif en matière de santé publique. Une étude de Sciensano a démontré que, en Flandre, la proximité des fast-foods avec les écoles affectait négativement l’indice de masse corporelle des enfants. En Flandre, on compte en moyenne près de 13 fast-foods dans un rayon d’un kilomètre autour d’une école secondaire.
« Interdire, ça risque de ne pas marcher »
Une autre piste pourrait être explorée, bien que l’omniprésence de la malbouffe dans notre environnement ne se limite pas aux fast-foods. Plutôt que d’envisager d’interdire ou de restreindre ce type d’établissements, certains experts conseillent de commencer par faciliter l’accès à une nourriture saine : en d’autres termes, il devrait être plus aisé de manger équilibré que de consommer des produits de malbouffe.
Laurence Doughan, spécialiste en politique nutritionnelle au SPF Santé publique, défend cette approche. « Interdire, ça risque de ne pas marcher, surtout chez les jeunes« , explique-t-elle. « Il faudrait que l’État promeuve l’alimentation saine. Les incitations financières sont cruciales, il serait pertinent de rendre plus attractifs les produits ayant un Nutriscore A et B, ou de mettre en place un système de récompense avec des chèques-repas pour l’achat de produits sains.«
Moins de pub : une autre piste de solution
Une mesure complémentaire pourrait également porter sur la publicité pour ces produits. Au Royaume-Uni, par exemple, les biscuits, céréales, boissons gazeuses et produits surgelés trop gras, salés ou sucrés sont désormais interdits de publicité à la télévision jusqu’à 21h et toujours sur internet dans le cadre de la lutte contre l’obésité infantile. « L’impact du marketing est réel, c’est un investissement pour les chaînes de fast-food qui est largement rentabilisé.« , souligne Laurence Doughan. « Limiter la publicité dans nos environnements urbains permettrait de ne pas être constamment sollicités pour de la malbouffe.«
En Belgique, depuis janvier, la publicité pour les produits malsains est interdite auprès des enfants de moins de 16 ans. Cependant, cette interdiction a été critiquée par certaines ONG, qui estiment qu’un système volontaire, contrôlé par le secteur lui-même, manque d’indépendance et de mécanismes contraignants pour garantir une réelle protection des enfants.
Il est important de se rappeler que la consommation excessive de produits ultra-transformés peut avoir des conséquences directes sur notre santé, comme le souligne une étude de Sciensano. « L’impact considérable des aliments ultra-transformés sur le fardeau de l’obésité et du diabète de type 2 en Belgique souligne la nécessité de concevoir et de mettre en œuvre des politiques visant à encadrer la consommation d’aliments ultra-transformés en Belgique« , concluent les chercheurs.

