Belgique

Avec Michel De Maegd, Les Engagés ne se positionnent pas au centre droit.

Le MR est passé d’un parti de centre droit, celui de Charles Michel, à un parti de droite populiste, celui de Georges-Louis Bouchez. En juin 2024, les deux partis, le MR et Les Engagés, se sont unis partout sauf à Bruxelles.

Une recomposition du MR et des Engagés qui s’accentue

La recomposition politique observée n’est pas récente, mais elle s’intensifie. D’un côté, le MR évolue d’un parti de centre droit sous Charles Michel à un parti de droite populiste dirigé par Georges-Louis Bouchez. De l’autre, les anciens membres du cdH, qui étaient plutôt ancrés à gauche sous Joëlle Milquet, se sont recentrés à droite avec Maxime Prévot. Cette double évolution a été bénéfique pour les deux partis lors des élections de juin 2024, leur permettant de s’unir dans la plupart des régions, à l’exception de Bruxelles. Si cette dynamique représente une complémentarité, elle suscite également une certaine compétition, et ce rapport de force demeure instable, comme le montre le récent transfert de Michel De Maegd.

Ancrage au centre droit

Avec le transfert de Jean-Luc Crucke il y a trois ans, ce nouvel arrivant confirme l’ancrage du parti au centre droit. Ce transfert illustre également que Les Engagés, loin de redouter le MR, conservent leur autonomie, contrairement aux critiques de l’opposition. Alors qu’ils ont récemment entamé des négociations à Bruxelles sans le MR, ce transfert marque un tournant significatif. On peut y voir l’influence d’Yvan Verougstraete, président des Engagés, dont les relations avec Georges-Louis Bouchez diffèrent largement de celles qu’avait pu avoir Maxime Prévot, désormais également endommagées.

Droitisation du MR

De son côté, le MR poursuit sa tendance à se droitiser, une opinion partagée par plusieurs élus du parti. Cela clarifie la dynamique, tout comme le départ de Jean-Luc Crucke avait pu le faire, et cela n’a pas été préjudiciable pour le MR lors des élections. Cette orientation renforce le message et l’autorité de Georges-Louis Bouchez. Le plan reste de s’adapter à toutes les tendances de la droite, que ce soit nationaliste, populiste, minarchiste, libertarienne, conservatrice ou libérale. Une telle stratégie exige de briser les frontières établies par Jean Gol entre la droite et l’extrême droite, créant un élastique idéologique très tendu, qui s’accommode de contradictions puisque Georges-Louis Bouchez peut incarner à la fois le style et le contenu trumpiste tout en adoptant également une approche macroniste.

La fin de l’élastique ?

Depuis que Georges-Louis Bouchez a décidé de tirer cet élastique vers la droite, les observateurs se demandent quand il finira par céder. Jusqu’à présent, il a réussi à maintenir son cap, permettant au MR de réaliser une victoire électorale éclatante et d’initier des réformes historiques, sans faire face à une forte opposition en interne. Toutefois, cet équilibre est récemment mis à l’épreuve : frais soubresauts à Bruxelles, sondages défavorables, départ de David Leisterh, débats internes agités, et maintenant, le départ de Michel De Maegd.

Pour le MR, la question cruciale demeure la localisation de son électorat. Les 30 % obtenus en 2024 sont le fruit de cet élastique idéologique, capable de rassembler les électeurs de la droite radicale ainsi que les libéraux traditionnels. Le pari de Georges-Louis Bouchez est que l’électorat continuera de se droitiser, à l’instar de ce qui se passe en France. Pour lui, même si une partie de l’électorat modéré, désenchantée par cette évolution, se détourne du MR, elle se dirigera nécessairement vers son partenaire de centre droit.

Le plan, qui a théoriquement bien fonctionné en 2024, est censé se renouveler en 2029. Si Bouchez a raison, le départ de Michel De Maegd ne devrait pas poser de problème significatif pour le parti. Dans le cas contraire, le MR risque de perdre sa position historique au centre droit au profit des Engagés. Ceux-ci, en réaffirmant leur autonomie, envoient un message clair : leur émancipation vis-à-vis du MR à Bruxelles et l’attraction d’un de ses députés fédéraux pourraient les inciter à s’allier avec un autre parti que le MR en 2029.