”Avant, on avait peur des policiers et là on a des amis à la police et même leur numéro pour appeler en cas de problème, c’est trop cool”
Reportage en compagnie de policiers de la zone Bruxelles Nord qui organisent plusieurs activités avec des adolescents. Avec un double objectif : apaiser les relations avec les jeunes et devenir parrains de certains d’entre eux qui pourraient être confrontés à des faits de violence comme le harcèlement.
- Publié le 27-03-2025 à 14h38
« Monsieur, courez ! Il arrive !« , hurlent près de 150 enfants rassemblés au Square Felix Delhaye, dans la commune bruxelloise de Saint-Josse-Ten-Noode. « Trop tard. Monsieur Piet, c’est devenu un croque-monsieur« , se marre un petit groupe qui assiste, hilare, à une scène particulière. Car Monsieur Piet vient de se faire mordre par un chien policier.
Si les enfants se marrent, c’est parce que « Monsieur Piet » – habillé d’une combinaison spéciale pour que les morsures du chien ne virent pas au drame – est en fait policier au sein d’une brigade canine. Les ados savent donc pertinemment que la saynète à laquelle ils assistent est totalement fictive. Une mise en scène orchestrée dans le cadre d’une activité ludique à destination des enfants et organisée, chaque année depuis plus de 20 ans, par la zone de police Bruxelles Nord (PolBruNo), active sur les communes de Saint-Josse, de Schaerbeek et d’Evere. Ce mercredi matin, sept classes issues de six écoles tenoodoises étaient présentes.
« Ce à quoi nous assistons ici, c’est la troisième rencontre du projet parrainage TeamSchool, la partie la plus ludique et aussi la plus drôle », explique Audrey Dereymaeker, porte-parole de la zone PolBruNo.
L’objectif de ces ateliers est double. D’abord (re) nouer des relations positives avec les jeunes des quartiers qui ont, parfois, une image peu reluisante de la police. Ensuite établir des connexions avec des jeunes qui, à l’entame de leur vie d’ado, pourraient être confrontés à des problèmes qu’ils n’osent pas partager avec un proche et pour lesquels des « policiers parrains » pourraient intervenir.
En ligne de mire : le harcèlement scolaire (qu’il soit sexuel ou psychologique) et le cyberharcèlement.


Signalements via Insta ou Snapchat
Pour mener à bien ce projet, trois rencontres (puis une fête finale qui aura lieu le 23 mai) sont organisées durant l’année scolaire. « Lors de la première rencontre, le policier se rend dans les classes pour expliquer son métier et répondre aux questions des enfants, poursuit Audrey Dereymaeker. Ce que les enfants savent de la police est souvent lié à ce qu’ils en ont vu dans des films. Donc le but premier est de déconstruire les idées reçues et de répondre, sans tabou, aux questions posées. » Celle qui revient quasi systématiquement ? « Le grand classique, c’est ‘Avez-vous déjà tiré avec votre arme ?’. Je crois que les policiers qui participent à l’opération l’entendent à chaque fois », sourit la porte-parole.
La deuxième rencontre est consacrée aux dangers des réseaux sociaux. « Au sein des établissements scolaires, il y a déjà beaucoup de sensibilisation. Mais certaines écoles ont demandé la présence de policiers pour organiser ce type d’ateliers. Cela a plus d’effet quand les conseils sont prodigués par des personnes qui représentent l’autorité et qui sont également là pour leur sécurité », poursuit Audrey Dereymaeker.
Les jeunes sont notamment sensibilisés au « sexting » (le fait d’envoyer ou de recevoir des photos ou des textes à caractère sexuel, NdlR). Ils sont également aussi outillés pour mieux faire face aux faux profils d’inconnus sur les réseaux sociaux qui se font passer pour des ados. « Nous sommes présents sur Instagram et nous avons créé un compte sur Snapchat. Les jeunes communiquent via ces outils, il est donc impératif pour la police d’y être si elle veut être efficace », explique Audrey Dereymaeker.
Manifestement, cela marche puisque, l’an dernier, 29 dossiers ont été ouverts par la zone de police au départ de signalements de jeunes qui ont interpellé un parrain pour signaler des faits de harcèlement, dont un cas de viol.


« Utile et rigolo »
« Ces activités permettent aux jeunes d’avoir un autre regard sur le travail policier, et comprendre que leurs missions ne sont pas que répressives, expliquent deux institutrices de l’École Joseph Delclef, venues avec leurs classes. Grâce aux ateliers qui sont menés, beaucoup d’ados ont mieux compris les dangers auxquels ils peuvent faire face sur les réseaux sociaux. Certains ont pu raconter ce qu’ils ont vécu en tant que témoin ou en tant que victime. La distance qui existait entre certains jeunes et la police est brisée. »
Leurs élèves Aron et Camila acquiescent d’un hochement de tête. « Ces activités sont utiles, et c’est rigolo. On voit que les policiers sont des humains, qu’ils sont chouettes. Nos parrains, c’est Cisco et Arnaud. Ils sont super gentils et ils répondent à toutes nos questions. Avant, on avait peur des policiers, et là on a des amis à la police et même leur numéro pour appeler en cas de problème, c’est trop cool. »
Ahmed et Christopher, deux policiers parrains, écoutent d’un air amusé. Et satisfait. « Ils constatent que les policiers sont des personnes sur lesquelles on peut compter. Nous sommes vraiment heureux de pouvoir organiser ces rencontres qui, selon nous, devraient être proposées à l’ensemble des jeunes. »