Aux Pays-Bas, la pilule abortive se commande en ligne, bientôt en Belgique ?
Le site Thuisabortus, disponible aux Pays-Bas, permet de commander une pilule abortive jusqu’à 9 semaines de grossesse sans voir un médecin dans un cabinet ni se rendre dans une clinique. Actuellement, en Belgique, un avortement peut légalement être pratiqué jusqu’à 12 semaines après la conception, et l’interruption de grossesse par voie médicamenteuse peut avoir lieu jusqu’à un maximum de 7 semaines de la conception.
La procédure est simple : il suffit de remplir un formulaire, de fournir des informations sur sa santé et sa grossesse, puis d’attendre qu’un médecin examine les réponses. Si aucun facteur de risque n’est décelé, une ordonnance pour la pilule abortive est envoyée. Il ne reste plus qu’à se rendre en pharmacie pour la récupérer. Dans certains cas, une échographie peut être exigée avant d’obtenir la prescription.
C’est ainsi que fonctionne le site Thuisabortus, désormais accessible aux Pays-Bas, qui permet de commander une pilule abortive jusqu’à 9 semaines de grossesse sans avoir à consulter un médecin en cabinet ou à se rendre dans une clinique pratiquant des avortements.
Derrière cette initiative se trouvent des médecins réunis par Peter Leusing, généraliste et sexologue. Ces professionnels de la santé affirment se fonder sur les recommandations de l’Organisation mondiale de la santé, qui propose de rendre la pilule abortive disponible pour les femmes jusqu’à 12 semaines, sans nécessité de l’intervention d’un médecin.
Cette initiative suscite un intérêt particulier, selon Delphine Chabbert, directrice de la Fédération Laïque de Centres de Planning Familial (FLCPF), qui la juge « intéressante parce qu’elle pose des bonnes questions ». Dès son lancement, le site Thuisabortus a reçu de nombreuses demandes : « Cela montre qu’il y a une demande importante pour des formes d’accès à l’interruption volontaire de grossesse (IVG) plus simples, plus rapides et plus discrètes », constate-t-elle.
Un système tel que celui-ci pourrait être bénéfique pour « des femmes dans des situations particulières, comme celles qui sont très isolées, vivant en milieu rural, en grande précarité ou qui craignent pour la confidentialité », ajoute-t-elle, en rappelant également que des études, notamment en Angleterre, ont montré que les pilules abortives ne présentent pas de risque pour la santé des femmes avortant.
Néanmoins, Delphine Chabbert nuance que ce type de projet n’est pas une priorité en Belgique. Actuellement, dans le pays, un avortement peut légalement être pratiqué jusqu’à 12 semaines après la conception, soit 14 semaines après les dernières règles. En ce qui concerne l’interruption de grossesse par voie médicamenteuse, cet acte peut se faire jusqu’à un maximum de 7 semaines de conception. En Belgique, la pilule du lendemain est en vente libre dans les pharmacies, sans ordonnance. Elle doit être prise au plus tard dans les 72 heures suivant une relation sexuelle non protégée ou à risque, et empêche le déclenchement d’une grossesse.
Selon les chiffres de la FLCPF, chaque année, 400 à 500 femmes se retrouvent hors délai légal en Belgique et se dirigent à l’étranger pour avorter, notamment aux Pays-Bas, où la limite pour une IVG est de 22 semaines de grossesse, voire 24 semaines dans certains cas.
« La législation n’a quasiment pas évolué depuis trente ans », souligne la directrice de la FLCPF. « La pratique de l’IVG est très encadrée en Belgique, ce qui est vraiment important. Mais la législation n’a quasiment pas évolué depuis trente ans et elle ne répond toujours pas aux besoins des femmes. Donc, est-ce que ce genre de site est une priorité ? Je dirais que non. La priorité est de revoir la loi belge. »
Sous la législature précédente, un comité d’experts pluridisciplinaires a rendu un rapport unanime, recommandant notamment un délai de 18 semaines pour pratiquer un avortement. La coalition Arizona est divisée sur cette question. Le gouvernement fédéral a annoncé qu’avant les prochaines vacances parlementaires, un texte de loi visant à revoir les règles entourant l’avortement sera présenté au Parlement. « On attend ce nouveau projet de loi, dont la priorité est l’augmentation du délai pour pratiquer un avortement et la suppression du délai de réflexion, qui est infantilisant pour les femmes », ajoute Delphine Chabbert.
Concernant la mise en place de tels services en ligne en Belgique, Delphine Chabbert précise qu’un centre de planning familial ou un hôpital doit passer une convention avec l’Inami pour pratiquer une IVG aujourd’hui. « Cette convention est assez précise sur la prescription et la délivrance de la pilule abortive. Il s’agit d’un parcours de soins qui comprend une prescription médicale ou encore un entretien avec un médecin. Avec cette convention Inami, il serait impossible de développer un tel projet en Belgique aujourd’hui », souligne-t-elle.
Delphine Chabbert mentionne également qu’il existe déjà des formes hybrides en Belgique : « Certaines femmes vont dans un centre de planning familial pour prendre le premier médicament du processus d’IVG médicamenteux, puis font le reste de la procédure chez elles. » Elle conclut en s’interrogeant sur l’éventualité d’une perte totale de l’accompagnement humain lors de ces traitements : « La qualité d’un accompagnement en centre de planning familial est fortement attendue par les femmes qui ne veulent pas être trop isolées lors de cet acte de soin. »

