« Aujourd’hui, l’enseignant est prié de s’en sortir seul face à sa classe »

Interrogée sur la grève de l’enseignement prévue ce jeudi, Marie-Hélène Ska estime que les enseignants doivent arrêter d’être laissés seuls. « On voit aujourd’hui que les attentes des familles sont de plus en plus diversifiées, que les réformes se multiplient, de la formation initiale à la formation continue, il y a des changements au niveau des rythmes scolaires aussi. Face à tout cela, aujourd’hui, l’enseignant est prié de s’en sortir tout seul face à sa classe et c’est très difficile. L’enseignant, il est seul devant sa classe tous les matins et il est prié d’être en forme, qu’il le soit ou pas. Il a peur d’être malade et qu’il n’y ait pas de remplaçant, car il manque aujourd’hui des bras et des têtes dans l’enseignement. »

Après bientôt deux années de coronavirus où les cours se sont donnés à distance, ou bien en présentiel avec un masque collé sur le visage toute la journée, et où les règles changent toutes les deux semaines, un vrai ras-le-bol se crée dans le milieu scolaire. « Cette situation devient vraiment extrêmement lourde, même si chaque enseignant a le feu sacré au point de départ. Mais à un moment donné, nous sommes tous des êtres humains et ça devient difficile. »

Le monde de l’enseignement demande dès lors au monde politique que des règles plus claires soient mises en place après le Codeco de ce vendredi et que les politiciens s’en tiennent bel et bien au fameux baromètre. « Il faut arrêter de jouer au Yo-Yo. S’il y a un baromètre, pour lequel beaucoup de gens ont plaidé, et bien il faut le suivre sans tout anticiper et faire marche arrière quelques jours plus tard. Le monde du travail en a marre de cela. Respectons les codes couleurs fixés, n’allons pas trop vite pour éviter d’être ensuite reconfinés… », explique la Secrétaire Générale de la CSC.

Une réforme de l’e-commerce doit être débattue sur deux points

Concernant l’e-commerce dont on a beaucoup parlé cette semaine suite à une sortie de Paul Magnette qui a beaucoup fait réagir, Marie Hélène Ska juge que le débat sur les conditions de travail dans ce secteur doit être ouvert, sur deux points. « Le premier point, c’est de savoir dans quel délai veut-on être livré. Si c’est dans les 24 heures, alors il faut du travail de nuit et plus de flexibilité. A la CSC nous pensons que ce n’est pas la bonne solution et il faut accepter d’être livré dans les 48 à 72h. Le deuxième point c’est à quel prix ? Est-ce qu’en tant que consommateur, je dois payer le même prix l’objet que je commande en ligne ou bien est-ce que je dois le payer un peu plus cher, car la flexibilité a aussi un coût? », indique notre invitée.

Marie-Hélène Ska ne rêve cependant pas d’une Belgique sans e-commerce. « Il faut juste organiser et structurer ce secteur. Il faut que l’on puisse le développer avec nos propres règles. Bpost est un acteur important du transport de colis. Il y a des règles sociales à respecter et aucun jugement moral ne doit être fait, que l’on commande en ligne ou dans un magasin. Beaucoup de magasins physiques existent aujourd’hui en Belgique et nous voyons également l’évolution de ceux-ci. Il y en a beaucoup qui ferment aujourd’hui ou qui sont en difficulté. Si nous voulons maintenir de l’emploi, nous devons faire en sorte qu’il n’y ait pas plus de travail de nuit et se montrer plus flexible », juge la Secrétaire Générale CSC.

Le thème des salaires et des tensions qui éclatent entre le monde patronal et les syndicats a aussi été abordé, puisque les marges salariales pour les années 2023 et 2024 sont quasiment nulles à cause de l’inflation. Difficile pour les syndicats dès lors de trouver un accord, comme le confesse Marie-Hélène Ska. « On ne peut pas faire un accord autour de rien. Si les marges sont nulles, il n’y a rien à négocier. Nous pensons que ce n’est pas juste qu’il n’y ait rien à négocier et puis la banque nationale nous annonce une reprise économique importante dans pas mal de secteurs. L’inflation, les travailleurs n’y sont pour rien. Ce n’est pas eux qui décident de cela, mais ça a un impact important sur les ménages car ils ont juste du mal à payer leurs factures et doivent reporter des investissements », conclut Marie-Hélène Ska.