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Au Népal, Balendra Shah devient Premier ministre en réussissant son pari politique.

Balendra Shah, plus connu sous le nom de « Balen », a été élu maire de Katmandou en 2022, devenant ainsi le premier candidat indépendant à occuper ce poste. Lors des élections législatives, il affronte le Premier ministre déchu KP Sharma Oli dans la circonscription rurale de Jhapa‑5, située à environ 300 kilomètres au sud‑est de la capitale.


Plus connu sous le nom de « Balen », ce musicien au style soigné, présenté comme le visage du changement, a défait le « vieux » marxiste KP Sharma Oli, 74 ans, dans son bastion de Jhapa, lors de l’insurrection qui a secoué le pays en septembre.

Selon les résultats encore partiels publiés samedi par la commission électorale, il a obtenu quatre fois plus de voix que son rival, et son Parti Rastriya Swatantra (RSP, centriste) est largement en tête dans la plupart des autres circonscriptions du pays.

Né à Katmandou en 1990, Balendra Shah a grandi pendant la longue guerre civile (1996‑2006) qui a causé plus de 16 000 morts et conduit à l’abolition de la monarchie en 2008.

« Si un homme politique se nourrit en même temps de littérature ou de musique, son engagement s’appuie alors sur des émotions. »

Ingénieur civil de formation, il s’est d’abord fait connaître sur la scène hip-hop underground népalaise en militant contre la corruption des élites et les inégalités.

Au cœur de la « révolution » des jeunes de la Génération Z qui a frappé la république himalayenne il y a six mois, ces deux thèmes ont nourri son engagement politique.

« Si un homme politique se nourrit en même temps de littérature ou de musique, son engagement s’appuie alors sur des émotions », a-t-il déclaré lors d’un entretien rare avec l’AFP à l’orée de sa campagne. « Un homme politique se doit d’avoir une telle sensibilité. »

Ses chansons, qui ont totalisé des millions de vues, lui ont permis de rassembler une génération de partisans engagés sur les réseaux sociaux, qu’il privilégie par rapport aux médias traditionnels.

La popularité de « Balen » Shah a explosé en 2022, lorsqu’il est devenu le premier candidat indépendant à remporter la mairie de Katmandou, à la surprise générale.

### « Justice sociale »

En tant que maire de la capitale, il a entrepris plusieurs grands projets : de la gestion des déchets à la circulation, en passant par l’éducation et le recouvrement des impôts.

Soutenant l’insurrection de septembre, le maire n’a pas hésité à quitter ses fonctions en janvier pour se lancer dans la course aux législatives, persuadé que le moment de la nouvelle génération était venu.

Plutôt que de se présenter dans son fief, il a choisi de défier directement le Premier ministre déchu dans sa circonscription rurale de Jhapa‑5, située à environ 300 kilomètres au sud-est de Katmandou.

« Se présenter face à un poids lourd (…) signifie que je ne choisis pas la facilité », a affirmé le maire, le « topi » noir, le calot traditionnel népalais, posé sur la tête.

« Cela montre qu’en dépit des problèmes ou des trahisons qui ont secoué le pays, nous avançons vers leur résolution », a-t-il ajouté.

« Nous voulons le changement. »

Pour prendre les rênes du Népal, il s’est allié au RSP du populaire animateur de télévision Rabi Lamichhane. Au scrutin de 2022, ce parti avait obtenu la quatrième place, quelques mois après sa création.

« Nous partageons la même idéologie », a déclaré Balendra Shah. Partisan d’un « système économique libéral accompagné de justice sociale », il a promis éducation et soins de santé gratuits pour les plus pauvres.

Au fil de la campagne, Balendra Shah s’est imposé comme le candidat favori d’une jeunesse désireuse de renverser l’ancienne garde politique qui a dominé le pays et ses ressources pendant près de vingt ans.

« Nous voulons le changement », a résumé vendredi dans les rues de Katmandou l’un de ses partisans, qui s’est présenté sous le nom de Pralhad. « Si ‘Balen’ ne gagne pas (…) il y aura de nouvelles émeutes. »

S’il devient Premier ministre, Balendra Shah a déjà déclaré qu’il ne renoncerait pas à la musique. « C’est un moyen d’expression, je continuerai », a-t-il assuré à l’AFP.