Attentat au Musée juif : Nemmouche se tait-il pour protéger quelqu’un ? Aux questions, il n’a répondu que par son « droit au silence »

Belgique

La cour d’assises de Bruxelles a terminé, mardi après-midi, de visionner les auditions de Mehdi Nemmouche en France, et a également vu la seule audition filmée de l’accusé à la police judiciaire belge. 

Le procureur Yves Moreau a fait remarquer qu’à la question: ‘tu as peur de quelque chose ou de quelqu’un? ‘, l’accusé avait répondu « DAS (droit au silence, NDLR) », alors qu’il a laissé entendre devant la cour qu’il se taisait pour protéger quelqu’un. « J’ai pointé quelques phrases », a commenté le procureur Yves Moreau à l’issue de la vision de la dernière audition vidéo-filmée de Mehdi Nemmouche en France. « Les enquêteurs lui demandent: ‘tu as peur de quelque-chose ou de quelqu’un? Et il répond ‘DAS’. Ils lui demandent encore: ‘t’es sous pression? Il y a des gens qui te font peur? ‘ Et là il répond: ‘j’ai peur de vous et c’est pour ça que je dis DAS' », a énoncé le magistrat, faisant référence au fait que, mercredi dernier devant la cour, Mehdi Nemmouche avait pourtant répondu par l’affirmative à la question de savoir s’il gardait le silence pour protéger quelqu’un.

« Les policiers demandent encore: ‘il y a des gens dehors qui t’ont dit si tu parles…’ Et là, il y a un éclat de rire et Mehdi Nemmouche dit: ‘si vous m’envoyez à Tel Aviv, il y a des gens qui n’iront pas me chercher là-bas. Mais je me ferai fumer par d’autres personnes peut-être’. Gardez tout ça en mémoire », a poursuivi le procureur, s’adressant aux jurés.

Me François Koning, avocat de la partie civile, a également émis un commentaire au sujet de cette dernière audition vidéo-filmée. « A aucun instant il n’exprime le moindre sentiment pour cet attentat, pour les victimes… Il est froid, déterminé, narcissique. Il n’a aucun sentiment pour rien et pour personne, sauf quand on parle de sa santé, là il est plus prolixe », a-t-il dit, se référant aux questions des enquêteurs sur la présence d’un inhalateur pour personnes asthmatiques retrouvé dans les affaires de Mehdi Nemmouche.

La cour a terminé par la projection de la première et seule audition de l’accusé par la police judiciaire fédérale belge, le 29 juillet 2014, soit deux mois après ses auditions en France.

Mehdi Nemmouche y arbore une autre apparence: cheveux rasés et barbe en collier naissante. De la même manière qu’en France, il déclare qu’il use de son droit au silence, précisant qu’il adoptera cette attitude « tant que le contenu de ses auditions sera diffusé dans la presse ».

Ses deux avocats – au lieu d’un seul – avaient exceptionnellement été autorisés à assister à l’interrogatoire, a détaillé le chef d’enquête mardi devant la cour.

Lors de cette audition, Mehdi Nemmouche s’est progressivement emporté contre les enquêteurs qui ne respectaient pas son droit au silence en lui posant des questions.

« On a été souple avec la défense, mais Mehdi Nemmouche essayait de nous imposer le silence à nous également. Or on devait lui poser des questions pour qu’il sache ce qu’on lui reproche. A la fin de l’audition, la juge d’instruction allait prendre une décision grave de privation de liberté », a expliqué le chef d’enquête.

Mardi midi, les parties civiles se sont par ailleurs concertées quant à la durée de leurs plaidoiries. Elles devraient débuter lundi et s’étaler sur trois à quatre jours. Les réquisitions suivraient à partir du lundi suivant, sur deux jours. Avec le temps des répliques, il semble d’ores et déjà acquis que le procès ira au-delà de la date du 1er mars initialement fixée.

Le calendrier définitif ne sera dévoilé par la cour que ce vendredi, après deux jours sans audience.