Attentat au Musée juif: les armes retrouvées avec Nemmouche sont bien celles du crime, 3 des 4 victimes sont mortes très rapidement

Belgique

Trois des quatre victimes du Musée juif ont été tuées très rapidement, ressort-il des expertises médico-légales détaillées vendredi devant la cour d’assises de Bruxelles dans le cadre de la lecture de l’acte d’accusation.

Les deux premières victimes, Miriam et Emanuel Riva, ont chacune été atteintes par un seul projectile au niveau de la nuque, tiré à bout « quasi touchant » et probablement à l’aide d’une arme de poing, selon l’expert médico-légal. Cette hypothèse est confortée par l’absence d’orifice de sortie. Vu la proximité entre les victimes et le tireur, celui-ci a pu être souillé de sang, ajoute-t-il.

L’employée de l’accueil, Dominique Sabrier, a elle été visée par une rafale et touchée par un projectile qui lui a perforé le crâne de part en part. Son décès a donc également dû être rapide, affirme le médecin, qui relève un modus operandi empreint de « sang-froid ». Mme Sabrier présentait également de multiples lésions résultant de tirs, au bras droit et en région faciale, a-t-il été constaté lors de son autopsie.

Le second employé du Musée, Alexandre Strens, a lui été victime d’un tir unique l’ayant atteint en région fronto-temporale droite. S’il n’est pas mort sur le coup, son état est considéré dès le lendemain des faits « comme particulièrement grave, si pas désespéré au vu de l’extension des lésions cérébrales et de leur nature ». Le jeune homme décédera finalement aux soins intensifs, le 6 juin 2014.

Les armes retrouvées en possession de Mehdi Nemmouche sont bien les armes du crime

L’expert en balistique a formellement attesté que les deux armes retrouvées en possession de Mehdi Nemmouche, lors de son arrestation à Marseille, sont bien celles qui ont servi lors de l’attentat au Musée juif de Belgique.

C’est ce que rapporte le parquet fédéral dans son acte d’accusation, dont la lecture s’est poursuivie vendredi après-midi devant la cour d’assises de Bruxelles. Mehdi Nemmouche et Nacer Bendrer sont accusés d’être auteurs ou co-auteurs de l’attaque terroriste commise le 24 mai 2014 au Musée juif de Belgique à Bruxelles. Les sept douilles de calibre 7.62 X 39 mm retrouvées au Musée juif de Belgique après l’attaque du 24 mai 2014 ont été tirées à partir du fusil mitrailleur « Crvena Zastava », de type kalachnikov, trouvé en possession de Mehdi Nemmouche.

Egalement, les projectiles de calibre .38 Special retrouvés dans les corps de trois des quatre victimes ainsi que dans le local d’accueil du musée ont été tirés à partir du revolver « Llama » trouvé en possession de Mehdi Nemmouche.

Ce sont les conclusions que l’expert en balistique a rendues le 21 septembre 2014.

Dans un premier rapport rendu le 17 septembre 2014 et complété le 6 août 2018, l’expert a également déterminé qu’il y a eu au total treize tirs à l’intérieur du Musée juif. Cinq émanaient d’un revolver de calibre .38 Special ou d’un 357 Magnum et huit tirs émanaient d’un fusil mitrailleur de calibre 7.62 X 39 mm.

L’expert a résumé que deux tirs ont eu lieu dans le hall d’entrée, émanant d’un revolver de calibre .38 Special ou d’un 357 Magnum, et qui ont blessé mortellement Emanuel et Miriam Riva. Trois autres tirs ont ensuite eu lieu dans le bureau d’accueil avec le même revolver, dont un tir a blessé mortellement Alexandre Strens.

Puis le tireur a changé d’arme et sept tirs ont eu lieu dans le bureau d’accueil, émanant d’un fusil mitrailleur de type kalachnikov en calibre 7.62 X 39 mm, certains de ces tirs blessant mortellement Dominique Sabrier.

Le profil ADN de Nemmouche mis en évidence sur plusieurs parties de la kalachnikov

Le profil génétique de l’accusé Mehdi Nemmouche a été mis en évidence sur plusieurs parties de la kalachnikov dont il était en possession lors de son arrestation. C’est ce qu’il ressort des expertises ADN détaillées vendredi après-midi. Le profil génétique de Mehdi Nemmouche se retrouve « avec une probabilité avoisinant la certitude » sur la lanière ainsi qu’à l’intérieur du couvercle de la culasse de la kalachnikov utilisée lors de l’attaque, a relevé l’expert en Belgique.

Concernant le revolver, son profil n’a pas été mis en évidence. Ses empreintes digitales avaient cependant été relevées sur le barillet de l’arme.

Quant à la porte d’entrée du local d’accueil où ont été tués Dominique Sabrier et Alexandre Strens, l’expert estime que l’accusé ne peut être « ni inclus ni exclu » de l’empreinte mixte qui y a été recueillie.

Divers objets qui se trouvaient dans la chambre occupée par Mehdi Nemmouche à Molenbeek, en avril et mai 2014, ont aussi été analysés. Les résultats soutiennent « très fortement » l’hypothèse selon laquelle l’accusé a contribué aux empreintes mixtes figurant sur un tube de colle et un feutre noir, indique l’expert. Son profil se retrouve également sur une chaise roulante et une cordelette.

Lors des analyses menées en France, l’ADN de Mehdi Nemmouche apparaît sur une cinquantaine d’objets dont il était en possession lors de son arrestation à Marseille (veste, cagoule, casquette, lunettes, gants, caméra…), parmi lesquels le sac contenant la kalachnikov, ainsi que sur l’arme elle-même, au niveau de la détente, du levier d’armement, du garde-main et du talon de la crosse.

Les profils génétiques d’autres personnes impliquées dans le dossier, dont Nacer Bendrer, ont aussi été comparés aux traces relevées sur les objets. Les résultats de ces comparaisons sont soit négatifs soit pas suffisamment probants, notent les experts.

La personnalité de Nacer Bendrer est de type « état limite »

Les experts psychiatres ont considéré que Nacer Bendrer n’était pas, lors de l’attentat au Musée juif de Belgique, dans un état de déséquilibre mental grave le rendant incapable du contrôle de ses actions. Ceux-ci ont décrit un individu de type « état limite ». La personnalité de Nacer Bendrer est du registre des « états limites » avec des traits narcissiques, selon les deux experts psychiatres qui ont rencontré l’intéressé en février 2016.

Selon ceux-ci, ce type de personnalité privilégie le passage à l’acte au raisonnement. S’ensuivent un abaissement du seuil de décharge de l’agressivité, des difficultés à tirer un enseignement des expériences vécues et une tendance à fournir des justifications singulières pour expliquer un comportement à l’origine d’un conflit.

Les experts ont conclu qu’un suivi psychothérapeutique risquait de ne pas pouvoir apporter beaucoup de changements au comportement de Nacer Bendrer.

Quant à Mehdi Nemmouche, celui-ci a refusé de s’entretenir avec eux. Néanmoins, un rapport d’expertise psychiatrique réalisé en France en 2006 dans le cadre d’un autre dossier judiciaire a été joint au présent dossier.

Ce document expose notamment que l’intéressé est un garçon intelligent et calme. L’expert y précise que l’homme maîtrise bien son anxiété et qu’il a un caractère bien trempé. Il ajoute que l’individu sait « manier la litote et l’euphémisme avec naturel et un soupçon de goguenardise » et que, s’il devait persister dans la voie du délit, la police aurait « quelques difficultés à le manipuler ».

Mehdi Nemmouche et Nacer Bendrer, deux Français âgés de 33 et 30 ans, sont accusés devant la cour d’assises de Bruxelles d’être auteurs ou co-auteurs de l’attaque terroriste commise le 24 mai 2014 au Musée juif de Belgique, situé rue des Minimes à Bruxelles. L’attentat avait coûté la vie à quatre personnes.

Mehdi Nemmouche avait été arrêté le 30 mai 2014 à la gare routière de Marseille en possession de plusieurs armes, dont une kalachnikov, qui sont identiques à celles utilisées lors de l’attaque au Musée juif.

Nacer Bendrer, arrêté le 9 décembre 2014 à Marseille, est soupçonné de lui avoir fourni ces armes.