Belgique

Arnaud De Decker raconte la vie des Ukrainiens en guerre, malgré les bombes.

L’attention des médias sur ce conflit est souvent focalisée sur « les plans de paix, Trump, Poutine, ce que tel ou tel dirigeant a dit ». Selon Arnaud De Decker, « les premières victimes » sont bien les 40 millions d’Ukrainiens, avec des dizaines de milliers d’entre eux qui n’ont pas d’électricité et vivent dans des conditions terribles.


L’attention médiatique sur ce conflit se concentre souvent sur « les plans de paix, Trump, Poutine, ce que tel ou tel dirigeant a dit ». Pourtant, au cœur de la guerre, ce sont les 40 millions d’Ukrainiens qui sont « les premières victimes », rappelle un journaliste belge. « Il y a toujours des dizaines de milliers d’entre eux qui n’ont pas d’électricité, qui vivent dans des conditions terribles ».

En quatre ans, Arnaud De Decker a également pu observer « la résilience » de la société ukrainienne. Alors qu’au lendemain du 24 février 2022 et de l’invasion du pays par la Russie, tout le monde prévoyait une guerre de quelques jours, l’Ukraine a résisté et continue de résister. « L’Ukraine a encore des ressources, c’est faux de dire qu’elle doit capituler ».

### Une société résiliente, et pétrie de ressentiments pour la Russie de Poutine

La guerre a touché les civils et atteint les villes, entre coupures de courant et bombardements plus ou moins ciblés. Toutefois, le journaliste indépendant décrit une société qui refuse de se contenter de survivre : « À Kharkiv, malgré les bombes, les écoles sont ouvertes, aménagées dans les sous-sols. Les bars et les cafés sont ouverts. À Kiev, il n’y a pas de courant vingt heures par jour, mais tout fonctionne, les gens vont travailler, il y a même des embouteillages ».

Les blessures sont profondes : « Quand on voit des atrocités, des chambres de torture, des déportations, des familles séparées, la haine envers la Russie s’amplifie chaque jour », analyse le reporter de guerre. « Des familles de Kharkiv que j’ai rencontrées avaient des parents de l’autre côté de la frontière, qui ont choisi le camp et la propagande russes ; des jeunes n’ont plus de contacts avec leurs parents. C’est une guerre très personnelle ».

La haine prédominante dans la population ukrainienne compliquera assurément une éventuelle réconciliation entre les deux peuples. Selon Arnaud De Decker, elle représente même « un gouffre immense qu’un cessez-le-feu ne permettra pas d’éteindre ». Pour obtenir une paix durable, il faudrait clairement « un vainqueur et un vaincu », estime le Belge.

### Une issue du conflit par des concessions, mais pas à n’importe quel prix, pour les Ukrainiens

Après quatre ans de guerre ouverte et onze ans depuis l’annexion de la Crimée, les Ukrainiens sont prêts à accepter des concessions pour obtenir la paix. « Ils ne sont pas naïfs. Récupérer la Crimée par la force militaire, c’est pratiquement impossible », affirme le reporter. « La meilleure chose à espérer pour les Ukrainiens, c’est de geler la ligne de front. Mais pour les Russes, ce n’est pas assez ».

Arnaud De Decker rappelle que les citoyens ukrainiens doivent être entendus lors de ces négociations, alors que Vladimir Poutine a rejeté la proposition de Volodymyr Zelensky de soumettre la question des concessions à un référendum : « Les premières victimes ne veulent pas sacrifier leur territoire sans garanties de sécurité suffisantes ».

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