Après l’annulation des droits de douane, l’incertitude agace les entreprises
Depuis mardi, les douanes américaines prélèvent une taxe de 10% sur les produits importés, via un mécanisme légal qui ne peut pas dépasser 150 jours sans approbation du Congrès, l’échéance tombant donc le 24 juillet. Selon la Tax Foundation, le nouveau tarif ne s’appliquerait en réalité qu’à environ un tiers des 1200 milliards de dollars d’importations annuelles aux États-Unis.
Actuellement, une certitude émerge au milieu d’une multitude d’incertitudes : depuis mardi, les douanes américaines appliquent une taxe de 10 % sur les produits importés, à travers un mécanisme légal qui ne peut perdurer plus de 150 jours sans l’approbation du Congrès. L’échéance est donc fixée au 24 juillet.
Avec ce mécanisme, ces droits de douane pourraient atteindre jusqu’à 15 %. Cela avait d’ailleurs été initialement annoncé par Donald Trump avant qu’il ne décide, pour des raisons inconnues, d’appliquer un taux de 10 %.
Exemptions, certitudes et nombreuses incertitudes concernant ces 10 %
Dans quels cas le taux de 10 % s’applique-t-il ? Ce taux concerne-t-il tous les produits importés aux États-Unis ? Non, et c’est là que la situation se complique.
Des exemptions avaient déjà été accordées cet été à certains secteurs, comme l’aéronautique, qui ne sera pas soumis à ces droits de douane. La situation reste inchangée pour l’automobile, la pharmacie ou les semi-conducteurs, qui subissent des taxes de 15 %. En ce qui concerne l’acier et ses produits dérivés, ils continuent d’être assujettis à des droits de douane de 50 % en vertu d’une autre législation. Selon la Tax Foundation, le nouveau tarif ne s’appliquerait réellement qu’à environ un tiers des 1200 milliards de dollars d’importations annuelles aux États-Unis.
Les accords bilatéraux avec les États-Unis demeurent-ils valables ?
La question se pose alors : doit-on remettre en question les accords commerciaux signés récemment avec les États-Unis, suite à l’annulation par la Cour suprême des droits de douane réciproques qui avaient servi de fondement ? Pas nécessairement, selon les premiers signaux émis par les principaux partenaires. Cependant, la situation n’est pas si simple.
Certains pays avaient consenti à des sacrifices importants en échange de taux préférentiels, en faisant des concessions politiques et commerciales. L’Inde en est un exemple marquant : New Delhi avait promis d’acheter 500 milliards de dollars de produits américains, d’ouvrir son marché agricole et, surtout, de cesser d’acheter du pétrole russe. C’est précisément la réduction des tarifs par Trump qui avait motivé cette dernière concession. Ce levier n’existe plus, et l’Inde a immédiatement suspendu ses négociations. Pour l’UE, la situation est plus nuancée. L’accord de Turnberry limitait les droits de douane à 15 %, un maximum non cumulable. À 10 %, l’Europe se trouve techniquement en dessous du plafond négocié, ce qui est avantageux. Cependant, le Parlement européen a gelé la ratification.
Des gagnants et des perdants suite aux nouveaux droits de douane
Paradoxalement, les principaux bénéficiaires sont les pays que Trump visait initialement. La Chine, le Canada et le Mexique, taxés entre 25 et 40 % depuis 2025, voient leur situation s’améliorer nettement.
Les perdants, quant à eux, sont précisément les alliés qui avaient cru avoir négocié des conditions favorables : le Royaume-Uni, l’Australie, l’Égypte, l’Éthiopie, qui avaient obtenu un taux de 10 %. Ils se retrouvent aujourd’hui au même niveau sans avoir reçu de contrepartie avantageuse. Les concessions qu’ils avaient faites n’ont plus de valeur d’échange.
De nombreuses questions demeurent en suspens. Cette incertitude est précisément ce que les entreprises redoutent.
Manque de visibilité pour les entreprises en Belgique
Élaborer une stratégie d’exportation vers les États-Unis est devenu un véritable casse-tête pour les entreprises européennes. Elles se retrouvent face à une instabilité des tarifs, et par conséquent des marges bénéficiaires. En Belgique, le monde patronal s’inquiète.
Depuis une semaine, la FEB — la Fédération des entreprises de Belgique — reçoit de nombreux appels concernant cette situation. Un constat similaire est fait chez Voka et Agoria. Frank Beckx, le dirigeant de Voka, soulève une question pratique : « Une entreprise exportatrice flamande ne sait pas quel tarif sera appliqué. Comment négocier un contrat avec un client américain lorsque l’on ne peut même pas donner un prix précis ? Et qu’en est-il des marchandises déjà en transit dans des conteneurs ?«
Le paysage des droits de douane est devenu plus incertain qu’auparavant. L’incertitude et ses conséquences pourraient représenter le coût le plus lourd.

