Antifas : qui sont-ils et contre qui se mobilisent-ils ?
Clara, qui se définit comme « militante antifasciste », souligne que l’antifascisme « a toujours été un mouvement réactionnaire, en réaction à la montée du fascisme ». Selon les chiffres les plus récents, en février 2026, la grande majorité des personnes suivies par l’OCAM pour des problématiques de terrorisme ou d’extrémisme sont des extrémistes islamistes, au nombre de 467, tandis que les extrémistes de droite sont 44 et les extrémistes de gauche, 14.

Qui sont les antifas ?
De qui s’agit-il quand on parle des antifas ? Quelles sont les causes et les cibles de leur mobilisation ? « Je ne peux pas représenter le mouvement Antifa à moi seule, et encore moins prétendre faire partie des minorités les plus présentes dans ce mouvement« , déclare Clara, qui se qualifie de « militante antifasciste » et qui a accepté de partager sa perspective sur l’antifascisme.
Elle précise que l’antifascisme « a toujours été un mouvement réactionnaire, en réaction à la montée du fascisme« . « Sans Antifas, il y a toujours du fascisme. Par contre, sans fascisme, il n’y a pas d’Antifas« , ajoute-t-elle.
« C’est comme des anticorps, on veut se défendre, c’est une autodéfense populaire« , explique Cédric Simon, syndicaliste et militant antifasciste. « S’il n’y a pas d’extrême droite, si nous sommes dans une démocratie qui fonctionne, où les conflits sociaux se résolvent par des mécanismes normaux, alors il n’y a pas besoin d’antifascisme« , précise-t-il. Il ajoute que l’antifascisme est « pluriel« , marqué par des courants idéologiques variés. « On ne peut pas réduire l’antifascisme à une seule idée ou à un seul groupe, […] et on peut même selon moi être libéral et antifasciste« , complète-t-il.
Julien Dohet, historien et spécialiste du mouvement antifasciste, ainsi que responsable du Front antifasciste liégeois, explique que dans ce mouvement, il n’y a pas que « des personnes qui s’auto-identifient et participent à un mouvement dit antifasciste« . Au-delà, « on retrouve toutes les personnes qui luttent contre l’extrême droite dans des associations, dans la société civile, dans les syndicats, et qui, par leur travail d’éducation permanente ou d’action sociale, s’engagent aussi contre le fascisme et l’extrême droite« , précise-t-il.
Que font les antifascistes ?
Clara, la militante que notre rédaction a rencontrée, explique qu’elle est aujourd’hui « moins sur le terrain qu’il y a deux ans« . Avant cela, « j’ai participé à des actions de désobéissance civile« , dit-elle. Un type d’action qu’elle considère comme « un des moyens primordiaux pour contrer la fascisation du système« .
L’antifascisme s’exprime également par des actions qui peuvent être violentes. « Je comprends que la violence puisse faire peur. Je comprends que cela soit inconfortable, que cela questionne« , réagit Clara. « Je pense sincèrement que si nous pouvions faire bouger les lignes sans violence, évidemment que nous le ferions« , poursuit-elle. Mais, précise-t-elle, « je suis convaincue qu’une violence réactionnaire est une violence légitime contre un système qui tue déjà, qui tue les minorités de genre, de race, de classe, les personnes LGBTQIA+, les personnes grosses, invalides et j’en passe« .
Cédric Simon, pour sa part, explique qu’il participe régulièrement à des actions avec le Front antifasciste bruxellois. « Des actions qui visent à rassembler un maximum de monde quand l’extrême droite agit quelque part dans la ville« , dit-il. « L’objectif n’est pas pour nous d’aller à la confrontation, mais de montrer le désaccord. De montrer le désaccord en étant nombreux, en tenant des contre-discours, en ne banalisant pas la venue de l’extrême droite« , ajoute-t-il.
« Parfois, aussi, on se rassemble en plus petits groupes pour troubler un peu quand il y a un rassemblement ou des conférences d’extrême droite, etc. L’idée est de ne pas banaliser des idées qui sont disqualifiées par le droit« , précise Cédric Simon.
D’ailleurs, il cite un rassemblement où Jordan Bardella, le leader du Rassemblement National, était venu à Bruxelles présenter son livre en 2024, événement au cours duquel des incidents se sont produits entre des manifestants et la police.
Un mouvement diversifié
L’action des antifascistes peut revêtir différentes formes, illustrant ainsi la diversité du mouvement antifa. « Certains pensent qu’il faut d’abord une autodéfense populaire qui vise à éduquer les uns les autres par le biais de l’éducation populaire, par exemple, qu’il faut faire un travail de mémoire pour se rappeler ce qu’a été l’extrême droite et la montée de l’extrême droite, faire des parallèles entre les événements des années 20-30 en Europe et ce qui se passe aujourd’hui« , explique Cédric Simon.
« Pour certains, il est également nécessaire de se défendre physiquement lorsqu’on est agressé« , ajoute-t-il. « Et pour d’autres, l’antifascisme doit également inclure une lutte idéologique visant à montrer que l’extrême droite n’est pas la bienvenue là où elle répand haine, racisme, LGBTphobie, antisyndicalisme primaire, etc., » ajoute-t-il. « Et donc la meilleure façon de montrer cela est de se rassembler en grand nombre et d’affirmer avec fermeté que ces idées ne sont pas bienvenues à Bruxelles, qui est la deuxième ville la plus cosmopolite du monde« , conclut ce militant bruxellois.
En résumé, il existe une variété de modes d’action, comme le précise François Debras, politologue, professeur et maître assistant à l’Université de Liège et à la Haute école Helmo. « Certains collectifs vont principalement se concentrer sur la vulgarisation, en réalisant un travail d’information, de communication, de sensibilisation, en rédigeant des articles et des ouvrages, et en organisant des conférences. D’autres préfèrent promouvoir une forme d’action directe, par exemple en faisant du collage ou en entravant certains groupes ou groupuscules d’extrême droite dans leur rassemblement ou leur meeting« , souligne-t-il.
Le mouvement antifa, selon François Debras, est une « organisation très horizontale« , sans structure hiérarchique rigide. « Nous sommes vraiment dans des collectifs autonomes, chacun avec ses possibilités d’action, avec des individus indépendants, qui peuvent exprimer diverses opinions et mener des actions variées selon les objectifs, les enjeux et le contexte« , ajoute François Debras.
L’extrême gauche est-elle aujourd’hui plus associée à la violence que l’extrême droite ?
Récemment, les débordements lors d’actions des antifas ont suscité une attention médiatique considérable. On se souvient des événements à Liège, où des manifestants se sont élevés contre la venue du président du MR, Georges-Louis Bouchez, à l’occasion des 30 ans de la disparition de Jean Gol.
Ces incidents ont conduit le président du MR à réclamer la dissolution du mouvement antifa.
Aujourd’hui, en France, à la suite de la mort du militant nationaliste Quentin Deranque, la mouvance d’extrême gauche est sous le feu des projecteurs.
Julien Dohet, historien et responsable du Front antifasciste liégeois, se garde de se prononcer sur cette affaire, car une enquête est en cours.
Toutefois, il note que concernant la « violence de l’espace public et de la politique en France« , « cela fait des dizaines d’années que l’extrême droite française intensifie le degré de violence via des ratonnades, des interventions dans la rue, des défilés, ce qui crée un climat de violence face auquel une série de personnes ont décidé de ne pas se laisser faire« .
Cette réaction est, selon lui, « nécessaire« , car, ajoute-t-il, « l’histoire nous a montré qu’en laissant l’extrême droite instaurer un climat de violence, c’est la démocratie qui est en péril« .
Du point de vue des antifas, si une violence de leur part se manifeste, c’est en réponse à la violence de l’extrême droite. Julien Dohet rappelle des événements tels que la condamnation de militants d’extrême droite du groupe Nation pour avoir agressé un sans-abri à Bruxelles ou encore des agressions de supporters ultras brugeois à Molenbeek en mai 2025.
Néanmoins, force est de constater qu’il y a une tendance croissante, tant dans le discours politique que médiatique en France, à associer la violence à l’extrême gauche. « Il y a un champ médiatique qui cherche à promouvoir cela, ou qui relaie de manière trop facile et complaisante le discours de l’extrême droite« , estime Julien Dohet.
Cédric Simon, syndicaliste et militant antifa bruxellois, évoque aussi une « manipulation mise en place avec le soutien massif des médias« . « Il y a un narratif qui se met en place, affirmant que les antifascistes sont des fascistes« , précise-t-il en citant des exemples comme Elon Musk qui « promeut tout un tas de mensonges » ou « l’empire Bolloré en France« .
Pour Julien Dohet, « le fascisme a toujours essayé de renvoyer la balle vers l’antifascisme afin de se dédouaner de sa responsabilité« . Cette observation est applicable dans le passé, « dans les années 30 » et « dans les années 60-70, en France« . Selon lui, rien de nouveau, sauf que le nombre de médias influencés par l’extrême droite qui relaient ce discours a augmenté, ce qui constitue une inversion totale des valeurs et de la réalité. « Dire que l’antifascisme est le fascisme, c’est condamner la résistance à la progression de l’extrême droite« , estime Cédric Simon.
De plus, ajoute Julien Dohet, « il faut reconnaître que certains partis politiques, et un en particulier, relaient de plus en plus les propos de l’extrême droite, contribuant ainsi à leur banalisation, ce qui ouvre la voie à l’extrême droite« .
Plus d’extrémistes de droite que de gauche dans les bases de données de l’OCAM
En examinant les chiffres de la Banque de données commune gérée par l’OCAM (Organe de coordination pour l’analyse de la menace), il est possible de déterminer combien de personnes doivent être surveillées en Belgique en raison de problématiques liées au terrorisme ou à l’extrémisme.
Les chiffres les plus récents, en février 2026, qui permettent de classifier les personnes par idéologie, indiquent que la majorité des individus suivis en raison des risques qu’ils représentent sont des extrémistes islamistes, au nombre de 467.
La deuxième catégorie concerne les extrémistes de droite, qui sont 44 enregistrés dans la base de données de l’OCAM.
Les extrémistes de gauche, quant à eux, sont au nombre de 14.
Dix personnes sont également suivies en tant qu’extrémistes « anti-establishment ».
Au-delà de ces chiffres, « l’OCAM va également organiser une distinction entre la cible de la violence« , indique François Debras, politologue à l’ULiège.
Concernant l’extrémisme de gauche en Belgique, « l’OCAM va signifier que l’extrémisme de gauche aurait plutôt une logique qui viserait non pas des individus, mais des biens publics ou des publicités, notamment par rapport au contexte international, vis-à-vis d’entreprises qui commerceraient avec Israël ou le gouvernement israélien, par exemple« , explique François Debras.
En revanche, pour l’extrémisme de droite, « nous sommes davantage dans une violence qui cible l’intégrité physique et psychique de certains individus« , indique François Debras. « Ça peut comprendre des discours haineux, racistes, xénophobes, déshumanisants« , poursuit-il. Et « parfois, on peut aussi attaquer physiquement une personne en fonction de son orientation sexuelle, son identité de genre ou son origine nationale« , ajoute-t-il, rappelant que des organisations ont déjà attaqué des lieux accueillant des personnes migrantes.

