Antidépresseurs : consommation en hausse, usage prolongé malgré moins de nouveaux utilisateurs.
Selon une étude de la Mutualité Chrétienne basée sur la période 2013 à 2023, un tiers des utilisateurs d’antidépresseurs, parmi 701.409 membres âgés de 18 à 85 ans, ont tendance à les prendre pendant quinze mois ou plus. De plus, 80% des prescriptions d’antidépresseurs sont effectuées par des médecins généralistes, qui ne sont pas toujours accompagnés d’un suivi clinique avec un psychologue ou un psychiatre.

Des traitements longs pas forcément recommandés
Une étude récente, portant sur la période 2013 à 2023, menée par la Mutualité Chrétienne, souligne que les traitements prescrits dépassent fréquemment les durées recommandées par les cliniciens. Par exemple, les recommandations de plusieurs études internationales conseillent de réduire progressivement la prise d’antidépresseurs six à douze mois après une amélioration des symptômes, et jusqu’à deux ans en cas de risque de rechute accru.
Cependant, d’après les nouvelles données de la mutualité (portant sur 701.409 membres âgés de 18 à 85 ans ayant utilisé au moins une fois un antidépresseur remboursé), un tiers des utilisateurs continuent à prendre des antidépresseurs pendant de très longues périodes, soit quinze mois ou plus. Parallèlement, 80% des prescriptions émanent de médecins généralistes.
« Cette association des deux facteurs est intéressante et mérite d’être soulignée, remarque Elise Derroitte, vice-présidente de la Mutualité Chrétienne. Il est vrai que, généralement, lorsque la prescription provient d’un généraliste, cela ne s’accompagne pas toujours d’un suivi clinique avec un psychologue ou un psychiatre. » L’étude montre que les patients ayant principalement un généraliste comme prescripteur ont tendance à avoir un traitement à long terme plus souvent que ceux suivis majoritairement par un spécialiste.
Le généraliste n’est pas tenu de recommander un suivi clinique en parallèle des médicaments prescrits. Si les patients se tournent souvent vers leur généraliste pour des antidépresseurs plutôt qu’un psychiatre, c’est parce que « le généraliste reste la première porte d’entrée pour des soins, que ce soit pour des problèmes mentaux ou physiques ». À cela s’ajoute une pénurie de psychiatres.
En Belgique, la perception de la santé mentale est plus axée sur les symptômes que sur les causes.
Concernant les bonnes pratiques, pour la Mutualité Chrétienne, il est fortement recommandé de bénéficier d’un suivi combiné, c’est-à-dire un suivi thérapeutique tout aussi important que la prise médicamenteuse. « En Belgique, indique Elise Derroitte, nous avons une approche de la santé mentale qui se focalise davantage sur les symptômes que sur les causes. C’est un constat que l’on retrouve également dans les cas d’incapacité de travail. »
On accorde souvent plus d’attention à ce que les individus puissent rapidement redevenir opérationnels plutôt que de traiter les causes profondes de leur malaise. La prise en compte de la santé mentale dans le système de soins est relativement récente. « Par exemple, la Convention psy première ligne, qui vise à rendre les soins psychologiques plus accessibles aux personnes vulnérables, a été instaurée il y a trois ans. Avant cela, aucun système de remboursement pour une consultation psychologique n’existait. »
Le rôle des facteurs socio-économiques et le profil des utilisateurs
L’étude se penche également sur les statuts des personnes ayant consommé des antidépresseurs entre 2013 et 2023. Les femmes, par rapport aux hommes, recourent plus fréquemment aux antidépresseurs sur le long terme, ce qui reflète des tendances générales d’utilisation plus élevée des psychotropes chez les femmes.
Par ailleurs, la probabilité d’utilisation à long terme croît avec l’âge et est plus marquée chez les personnes en incapacité de travail ou souffrant de maladies chroniques.
Les bénéficiaires de l’intervention majorée (ayant le statut BIM) ont tendance à avoir recours plus souvent aux antidépresseurs sur le long terme lorsqu’ils sont principalement suivis en médecine générale, comparé à ceux qui ne bénéficient pas de ce statut.
Ce constat rejoint d’autres études indiquant que les groupes socio-économiquement vulnérables rapportent plus fréquemment des problèmes de santé mentale et rencontrent davantage d’obstacles pour accéder à des soins spécialisés.
« L’examen de tous ces indicateurs de vulnérabilité, conclut Elise Derroitte, montre qu’ils tendent à avoir un suivi plus prolongé aux antidépresseurs par rapport aux autres groupes. Cela souligne l’importance d’un accompagnement qui ne doit pas se limiter à la médication, car il pourrait ne pas suffire. »

