Anne-Catherine Dalcq (MR) : « Nous ne voulons pas perdre notre autonomie alimentaire » avec le Mercosur
Les barrages routiers des agriculteurs sont levés progressivement, mais les agriculteurs dénoncent une concurrence qu’ils jugent déloyale. Le traité entre l’Union européenne et les pays du Mercosur met directement en danger plusieurs filières agricoles européennes, notamment la viande bovine, le sucre et la volaille.
Si les barrages routiers des agriculteurs sont progressivement levés sur nos routes, leur message demeure inchangé. Ils dénoncent une concurrence qu’ils jugent déloyale et craignent que l’accord avec le Mercosur n’aggrave encore la pression sur un secteur déjà fragilisé, soumis à des normes environnementales et sanitaires plus strictes que celles imposées aux producteurs sud-américains.
Anne-Catherine Dalq, ministre, souligne que le traité entre l’Union européenne et les pays du Mercosur met en péril plusieurs filières agricoles européennes, notamment la viande bovine, le sucre et la volaille. « Le traité du Mercosur, il est déséquilibré parce qu’il met en danger le secteur de la viande bovine, du sucre, de la volaille », insiste-t-elle, rappelant que « depuis 2017, 20 usines sucrières ont fermé en Union européenne ». Elle alerte : « On a perdu notre autonomie énergétique, notre autonomie de défense, est-ce qu’on veut perdre notre autonomie alimentaire ? » Pour rappeler, la Belgique s’est abstenue lors du vote au Conseil, une position que la ministre décrit comme un « non tacite ». « La Wallonie disait non, elle dit toujours non, au niveau fédéral certains partis étaient contre, d’autres pour, ce qui a conduit à une abstention », explique-t-elle, en soulignant qu' »une abstention, c’est un oui de moins pour atteindre la majorité qualifiée ».
L’accord commercial conclu par l’Union européenne avec les pays du Mercosur sera signé au Paraguay le 17 janvier, a indiqué vendredi le ministère argentin des Affaires dans un communiqué.
Dans le cadre des préoccupations du secteur agricole, Anne-Catherine Dalq aborde également la question de la PAC (Politique Agricole Commune) et des financements. Elle mentionne l’annonce récente de la présidente de la Commission européenne d’une enveloppe supplémentaire de 45 milliards d’euros, qui constitue « une avance » pouvant être mobilisée en faveur de l’agriculture si les États membres l’acceptent. « Bien sûr que je serai vocale pour qu’on ait ce budget, parce que cette somme permettrait tout juste de maintenir le statu quo par rapport à la précédente programmation, alors qu’on a un traité en plus et l’inflation », précise l’ancienne agricultrice devenue ministre.
La ministre souligne la détresse dans le secteur, marquée par les difficultés de reprise d’exploitation et le manque de renouvellement des générations. « Aujourd’hui, des agriculteurs me disent qu’ils ont la boule au ventre à l’idée de savoir si leurs enfants pourront reprendre l’exploitation et avoir une qualité de vie », confie-t-elle, plaidant pour des politiques qui soutiennent concrètement le revenu agricole. Elle rappelle aussi la proposition, portée par son parti, de défiscaliser les aides PAC, qui « sera sur la table du gouvernement fédéral dans les prochains jours ».
Anne-Catherine Dalq souhaite également agir du côté de la consommation, en travaillant à la création d’une marque forte pour les produits agricoles wallons. « Aujourd’hui le consommateur est perdu, il veut aider l’agriculteur, il veut soutenir l’agriculture familiale indépendante de Wallonie, mais il ne sait pas vers où aller parce qu’il y a plein de labels », observe-t-elle. L’objectif est de proposer « un vrai repère dans un magasin » pour identifier une « alimentation de proximité qui rémunère bien les agriculteurs ». Cette marque serait une « marque faîtière » qui viendrait chapeauter des labels existants, comme Fairebel, qui répondent déjà aux critères de juste rémunération et de proximité. « On va organiser une grande communication à la radio, à la télé, pour que les gens sachent que quand ils achètent ce produit-là, ils mangent quelque chose qui vient de près de chez eux et qu’ils soutiennent l’agriculteur du coin », annonce la ministre.
En tant que ministre de la Nature et de la Ruralité, Anne-Catherine Dalq supervise également le dossier de la Vesdre, durement touchée par les inondations de 2021. Après des chantiers de sécurisation, la Wallonie prévoit de lancer « de grands chantiers pour redessiner la Vesdre et pour que ce soit beaucoup plus adapté aux événements climatiques extrêmes ». Cela implique une « remédiation » du lit de la rivière, notamment un élargissement à certains endroits pour limiter les montées rapides des eaux.
Pour financer ces travaux, la ministre évoque « plusieurs centaines de millions d’euros » mobilisés, dont un prêt de la Banque européenne d’investissement et une enveloppe totale de 453 millions d’euros pour le bassin de la Vesdre, parmi lesquels 300 millions proviennent de l’Union européenne. « Les chantiers devraient débuter en mars 2026 », annonce la ministre.
Elle mentionne également un budget de 14 millions d’euros destiné aux provinces pour soutenir des projets locaux visant à améliorer la sécurité des citoyens face aux inondations.

