Amanda Sthers analyse la polarisation sociétale depuis le 7 octobre 2023.
Rebecca, juive de gauche et fille de rescapés de la Shoah, se renferme sur elle-même depuis le 7 octobre et l’attentat du Hamas. Amanda Sthers déplore un « repli identitaire » dans une société qui ne dialogue plus, affirmant que « aujourd’hui, on communique seulement entre gens qui pensent de la même façon, ce qui est le plus grand vecteur de haine ».
« C » pour « Connerie », « la plus grande force spirituelle de tous les temps », écrivait Romain Gary. Ou « C » comme le champignon qui pousse dans la chambre de Rebecca et Gilles, les personnages principaux du roman d’Amanda Sthers, à mesure que leur couple se désintègre, faute de compréhension mutuelle.
D’un côté, Rebecca, juive de gauche, fille de rescapés de la Shoah, s’enferme sur elle-même depuis le 7 octobre, date de l’attentat du Hamas, « parce qu’elle a le sentiment d’être rejetée par les autres », explique l’autrice. « Les féministes refusent alors de parler des viols qui ont eu lieu, et la gauche qu’elle aimait ne lui accorde plus non plus le droit à un espace de souffrance. » De l’autre, Gilles, lassé des débats sur le conflit au Moyen-Orient, s’est tourné vers l’extrême droite depuis qu’il fréquente une femme adhérente au Rassemblement National. À mesure que la société se divise, le champignon dans la chambre prend de l’ampleur.
« Aujourd’hui, on communique seulement entre gens qui pensent de la même façon, ce qui est le plus grand vecteur de haine », cite-t-elle.
Amanda Sthers décrit un « repli identitaire » dans une société qui ne dialogue plus : « Aujourd’hui, on communique seulement entre gens qui pensent de la même façon, ce qui est le plus grand vecteur de haine : on imagine que tous les Arabes, les Juifs, les Noirs pensent la même chose, c’est une projection de l’esprit. » Ce renfermement sur des idées établies ne laisse plus de place au doute, vu comme un signe de faiblesse. « Je suis prête à changer d’avis, à me tromper. On est souvent prisonnier des pièges de notre pensée », avertit l’autrice du livre Les Gestes.
Dans cette opposition constante, Amanda Sthers note une banalisation de la violence des mots : « Ce qui me choque le plus, c’est la façon dont les gens déversent des idées assez haineuses sans plus aucune retenue, presque avec fierté. Dans l’humanité, il y a des cycles de haine qui vont se loger là où il y a de la place. »
Face à la violence des discours, l’autrice évoque l’empathie comme une solution. « C’est le fondement du métier d’écrivain. Il faut se mettre dans la peau de ses personnages. Moi je ne les juge pas, j’essaie de comprendre comment ils arrivent à leurs raisonnements. Tout le monde croit être du bon côté de l’Histoire, être aimant et empathique. Mais on ne l’est qu’à moitié si on ne comprend qu’un seul côté du monde. »
Amanda Sthers propose de concentrer les efforts sur la jeunesse et l’éducation : « Apprendre à nos enfants à penser à nouveau avec ce besoin de nuance. Les ateliers d’écriture et de théâtre, se glisser dans des personnages qui sont l’inverse de ce qu’on est, ce serait puissant pour comprendre comment on voit le monde différemment quand on naît de l’autre côté d’une frontière, dans un milieu social différent. C’est la base pour pouvoir dialoguer à nouveau. »
Écoutez l’intégralité de cette interview dans le podcast du Monde en direct ci-dessus.

