Affaire Sambrienne : un directeur de la SWL et un subside de 3 millions d’euros
La Ministre du Logement a réclamé un « rapport circonstancié » par l’organe de tutelle, la Société Wallonne du Logement, tout en précisant que La Sambrienne n’a pas obtenu l’ensemble des subsides auxquels elle aurait pu prétendre pour rénover des logements. À l’issue du plan de rénovation, La Sambrienne n’aura utilisé « que » 40 des 86 millions d’euros de subsides promis par la Région.
Lorsque la Ministre du Logement a réagi suite à l’émission Investigation concernant La Sambrienne, elle a exigé un « rapport circonstancié » de la part de la Société Wallonne du Logement, son organe de tutelle. Elle a également précisé que **La Sambrienne n’avait pas bénéficié de l’ensemble des subsides auxquels elle aurait pu prétendre pour rénover des logements**.
Sudinfo a révélé un premier montant : **46 millions d’euros**. Cette somme correspond au solde non utilisé du plan de rénovation 2020-2024. En effet, La Sambrienne n’a pas soumis ses dossiers dans les délais impartis. Il ne s’agit pas seulement de travaux à réaliser, mais également de marchés à attribuer dans un certain laps de temps et de dossiers à transmettre à la tutelle pour obtenir le subside. Selon le projet initial, La Sambrienne a perdu l’opportunité de rénover 1000 logements. À la fin du plan de rénovation, elle n’aura effectivement utilisé « que » 40 des 86 millions d’euros de subsides qui lui étaient promis par la Région.
### Nouveau subside manqué
Ce cas est-il isolé ? S’agit-il d’une erreur ponctuelle dans la gestion des dossiers de la part de la société carolo de logements sociaux ? Apparemment, non. D’après nos informations, **La Sambrienne vient de perdre un autre subside de plus de 3 millions d’euros. Cette aide devait financer une partie de la construction de 40 nouveaux logements.**
Le sous-quartier « Solaire » est un projet ambitieux comprenant 159 nouveaux logements à haute performance énergétique, visant à renforcer la densification et la mixité sociale de la Cité Parc à Marcinelle. Il s’agit de logements décents. Le projet a été divisé en plusieurs phases : 32 logements sont déjà construits, les travaux de la deuxième phase (42 logements) viennent de commencer, mais la troisième phase pose problème.
Une des sources de financement de ce projet est un plan nommé « ancrage », soutenu par la Région wallonne en 2014. Six millions d’euros avaient été promis, sous condition de désigner les entreprises chargées des travaux à temps. **Douze ans plus tard, ce financement a été partiellement engagé pour la première phase, mais au moins 3 millions d’euros ont été perdus.** Selon plusieurs sources proches du dossier, cela est dû à « une relance tardive, un marché public qui n’a pas abouti et qui a été relancé trop tard », évoquant un « manquement impardonnable » ou un « véritable gâchis lié à un problème de gestion interne ». La première échéance était en effet fixée à février 2020. Elle a été prolongée à plusieurs reprises, mais ne le sera plus.
Conséquence ? La Sambrienne vient de demander à sa tutelle, la Société Wallonne du Logement (SWL), une somme équivalente en avances. Cet argent devra donc être remboursé, dans un contexte où la situation financière de l’organisme suscite des préoccupations.
### Un directeur de la Société Wallonne du Logement pointé du doigt
La Sambrienne n’a pas encore répondu à nos sollicitations. Cependant, dans l’un des documents internes que nous avons consultés, elle se défend et évoque d’autres responsabilités. Elle déclare d’une part être « en attente d’une décision de la Société Wallonne du Logement depuis le 22 juillet **malgré des rappels réguliers lors des réunions de suivi**. » Elle ne serait donc pas la seule à avoir traîné.
Elle démontre ensuite, par courrier, avoir sollicité en 2024 un prolongement de délai pour le subside auprès de la Ministre du Logement. « Par téléphone, le cabinet de la Ministre a confirmé au Directeur gérant de La Sambrienne que le financement restait valable puisqu’il avait été préalablement engagé dans les délais », peut-on lire dans ce document adressé aux administrateurs de la société carolo.
Nous avons interrogé le cabinet pour savoir quelle suite la Ministre avait donnée à cette demande. « La Ministre a adressé un courrier à la SWL le 10 avril 2025 pour confirmer **la fin des prolongations des dossiers échus.** Si demande de prolongation il y a, elle doit intervenir avant l’expiration du délai et requérir l’avis de la SWL. Le gouvernement a ensuite décidé, le 23 octobre, d’organiser la fin desdits programmes en termes de liquidation des moyens de la SWL vers les Sociétés de Logement Public », a-t-on répondu. De plus, « Des éléments interpellants viennent d’être portés à notre connaissance. Sur cette base, la Ministre a décidé de lancer un audit externe concernant le fonctionnement de La Sambrienne et de la Société Wallonne du Logement. »
Quelles sont les circonstances ? Un email a attiré notre attention : un accusé de réception d’une demande de prolongation de subside qu’aurait formulée La Sambrienne… À un moment où elle n’aurait pas requis de prolongation. Qui est à l’origine de cet email ?
Il aurait été envoyé automatiquement après une manipulation dans un logiciel de la SWL. Selon nos informations, **un directeur a prolongé la validité du subside de 3 millions d’euros (échu depuis 5 ans) dans le logiciel fin novembre, quelques semaines après l’annonce de la ministre qui signait la fin des prolongations de délais.**
L’arrêté du gouvernement wallon en vigueur pour prolonger un délai de subside oblige à demander l’accord de la ministre. En pratique, il doit y avoir une justification jointe dans le logiciel ainsi qu’une mention confirmant l’accord de la Ministre. Nous avons récupéré des captures d’écran du logiciel. Quelques lignes de justification sont jointes en lieu et place du courrier censé avoir été envoyé à la Ministre. La décision indique un accord donné par la Ministre le 31 juillet 2025. Mais personne au cabinet n’a confirmé avoir reçu de demande.
Nous avons également trouvé des échanges de mails relatifs au dossier, où plusieurs employés expriment leur malaise et alertent sur la sensibilité du dossier : « Il me fait suer ce dossier… » ; « Faut-il demander une prolongation de délai chez Madame la Ministre ? » ; « Ce rapport m’a demandé plusieurs heures de travail et je voudrais m’en décharger. » Ce dossier complexe soulève également des questions de prix de revient, un coût maximum fixé par arrêté par logement qui, lorsqu’il est dépassé, nécessite une dérogation. À ce sujet, nous avons obtenu un mail envoyé par le directeur à son équipe : « X va faire un miracle pour éviter la demande de dérogation au prix de revient max ;). »
Finalement, le subside n’a pas été accordé. **Alerté des risques que présentait une validation, le directeur général n’a pas signé le rapport censé engager les subsides** et l’a fait savoir dans un courriel : « Merci de considérer que je ne marque pas mon accord sur ce dossier qui ne peut être suivi en l’état. » Il a également souligné que « c’était de la responsabilité de la Société de Logement de Service Public d’avancer dans les temps ou de demander, également dans les temps, une réaffectation des montants. »
Le subside est donc éteint, mais cette affaire ne l’est pas. Pourquoi a-t-on tenté de prolonger un subside échue ? Pourquoi n’a-t-on pas demandé une prolongation ainsi qu’une dérogation au prix de revient à la Ministre ? Que s’est-il passé à la Société Wallonne du Logement entre le 22 juillet 2025, date de réception du dossier par La Sambrienne et le 25 novembre, date de la modification dans le logiciel de la Société Wallonne du Logement ?
Les questions demeurent nombreuses. Nous avons contacté la Société Wallonne du Logement après l’annonce de la Ministre lundi soir, sans obtenir de réponse jusqu’à présent.

