Affaire Epstein : nouveaux documents du ministère de la Justice révélés
Trois millions de pages, dont plus de 2000 vidéos et plus de 180.000 images, ont été publiées par le ministère de la Justice américain. Selon le procureur général adjoint Todd Blanche, « la publication d’aujourd’hui marque la fin d’un processus très approfondi de recensement et d’analyse de documents pour garantir la transparence au peuple américain et le respect de la loi ».
Trois millions de pages, plus de 2000 vidéos et plus de 180.000 images. « La publication d’aujourd’hui marque la fin d’un processus très approfondi de recensement et d’analyse de documents pour garantir la transparence au peuple américain et le respect de la loi », a déclaré Todd Blanche, numéro deux du ministère de la Justice, lors d’une conférence de presse ce vendredi.
Cette nouvelle publication du ministère élève à près de 3,5 millions le nombre de pages de ce dossier massif rendues publiques par le gouvernement américain depuis décembre, en vertu d’une loi votée par le Congrès.
Une fois le rapport requis par la loi remis au Congrès et les justifications des caviardages des documents publiés au Journal officiel, « le ministère aura rempli ses obligations fixées par la loi », estime la ministre de la Justice, Pam Bondi, dans une lettre adressée au Congrès.
La RTBF a examiné ces documents rendus publics, disponibles en ligne sur le site du ministère américain de la Justice. Voici les principales révélations.
Les dossiers Epstein contiennent des documents rassemblés par la justice américaine dans le cadre d’enquêtes criminelles concernant Jeffrey Epstein, un financier en contact avec les élites, décédé en prison en 2019 avant son procès pour exploitation sexuelle de mineures.
Les publications antérieures ont principalement éclairé le vaste réseau de Jeffrey Epstein et confirmé sa proximité avec Donald Trump, alors que les deux hommes évoluaient dans l’élite new-yorkaise des années 1990.
Dans cette nouvelle vague de documents, il y a en grande partie des images et des vidéos « pornographiques », dont certaines ne proviennent pas de Jeffrey Epstein ou de son entourage, selon le ministère de la Justice. De nouveaux noms de personnalités, comme Bill Gates et Elon Musk, apparaissent également dans des échanges de courriels. L’ex-prince Andrew, qui a perdu ses titres en raison de son implication dans ce scandale, est également cité.
Au sujet de l’ex-prince Andrew, frère du roi d’Angleterre Charles III, il a invité Jeffrey Epstein à Buckingham en septembre 2010 – environ deux ans après la condamnation d’Epstein pour recours à des prostituées mineures – alors que Epstein était en visite à Londres. Un courriel montre qu’il a demandé à Andrew : « À quelle heure souhaitez-vous que moi et *** arrivions ? Nous aurons également besoin […] d’un moment en privé ». Andrew a répondu : « Nous pourrions dîner au palais de Buckingham et bénéficier d’une grande intimité ». Cette invitation a été faite un mois après qu’Epstein ait suggéré de présenter à Andrew une femme russe de 26 ans, mais il n’existe aucune preuve d’une rencontre.
Donald Trump est également mentionné à plusieurs reprises dans ces documents. Une liste du FBI d’allégations d’agressions sexuelles liées au président y figure, dont beaucoup « provenaient d’appels anonymes et d’informations non vérifiées », selon le FBI. Ces allégations ont été transmises par téléphone ou par voie électronique au Centre national de gestion des menaces du FBI et certaines ont été jugées crédibles, tandis que d’autres ne l’ont pas été.
Le ministère de la Justice a indiqué que certains documents « pouvaient contenir des images, des documents ou des vidéos faux ou présentés de manière trompeuse » et qu’ils avaient l’obligation de les divulguer conformément à la loi sur la transparence adoptée par le Congrès l’année dernière. « Certains de ces documents contiennent des allégations mensongères et sensationnalistes à l’encontre du président Trump qui ont été transmises au FBI juste avant les élections de 2020 », a précisé le ministère.
Donald Trump a reconnu avoir connu Epstein, mais a affirmé avoir rompu avec lui avant les poursuites judiciaires. Des documents publiés précédemment contredisent certaines de ses déclarations, notamment celle où il affirmait n’avoir « jamais pris l’avion d’Epstein », alors que son nom figure huit fois sur la liste des passagers de l’avion privé d’Epstein entre 1993 et 1996, selon un courriel d’un enquêteur de 2020.
Un document marquant dans les nouvelles publications est un diagramme non daté montrant les noms et les photos de plusieurs collaborateurs connus d’Epstein, y compris Ghislaine Maxwell, sa complice condamnée, et Jean-Luc Brunel, un agent de mannequins ayant des liens de longue date avec Epstein, accusé de viol en France et décédé par suicide en prison en 2022. Le ministère de la Justice a caviardé les noms de six autres personnes, dont l’assistante de Maxwell et quatre employés d’Epstein.
Les victimes et leurs avocats ont critiqué le ministère de la Justice pour ce qu’ils considèrent comme des expurgations excessives et incohérentes. Le texte voté par le Congrès américain le 18 novembre stipule que le ministère de la Justice dispose d’un mois pour rendre disponibles tous les documents non classifiés concernant Epstein, Ghislaine Maxwell, et toute personne liée aux procédures judiciaires.
Le ministère a justifié le retard et les caviardages par la nécessité de protéger les victimes. Cependant, des victimes présumées ont déclaré que les documents récemment publiés « exposaient » les femmes exploitées « tandis que les hommes qui ont abusé de nous restent cachés et protégés ».
Brad Edwards, avocat de certaines victimes, a accusé le ministère de la Justice d’avoir « violé la confiance, la vie privée et les droits d’un nombre de victimes sans doute jamais atteint auparavant ». « Nous recevons constamment des appels de victimes à propos de leurs noms, bien qu’elles ne se soient jamais manifestées et soient totalement inconnues du public, qui viennent d’être rendus publics », a-t-il déclaré.
Le procureur général adjoint Todd Blanche a reconnu que des erreurs étaient « inévitables » compte tenu du volume de documents et a annoncé la création d’une boîte de réception pour que les victimes puissent exprimer leurs préoccupations.
Les démocrates du Congrès ont exprimé leur méfiance quant à la divulgation, affirmant que le ministère n’a publié qu’un peu plus de la moitié des dossiers en sa possession. Ils ont souligné que le ministère avait identifié plus de six millions de pages pertinentes mais n’en a publié qu’environ 3,5 millions après examen et expurgation, soulevant des questions sur la raison pour laquelle le reste est retenu.
La publication de ces documents, bien qu’importante, laisse de nombreuses questions sans réponse, notamment concernant les crimes présumés d’Epstein, des informations sur d’autres complices potentiels, ou encore sur la liste des « clients », que le ministère a niée. La commission de surveillance de la Chambre des représentants a déjà annoncé avoir émis une assignation à comparaître à l’attention de la procureure générale Pam Bondi pour demander des explications sur certaines expurgations.

