À Dubaï, montrer les destructions de la guerre peut mener en prison
Trois Français ont été arrêtés à Dubaï après avoir pris des images des attaques iraniennes. Ils sont accusés d’avoir menacé la sécurité nationale des Émirats arabes unis, tout comme une soixantaine d’autres personnes pour des faits similaires.
Des lumières dans le ciel, des alertes, des avions de chasse et des interceptions. Les attaques iraniennes aux Émirats ne causent pas de dégâts importants ni de victimes, mais la guerre est bien présente. Ainsi, lorsque trois Français ont vu des drones exploser dans les airs, ils ont sorti leur téléphone pour immortaliser la scène. Rapidement, la police de Dubaï les a interpelés, et les voici en détention.
La porte-parole du gouvernement français a déclaré : « ils bénéficient de la protection consulaire, le Quai d’Orsay est en lien avec eux, avec leurs avocats et donc nous suivons la situation avec la plus grande attention. » Ils sont accusés d’avoir menacé la sécurité nationale des Émirats arabes unis. En tout, environ soixante personnes seraient également arrêtées pour avoir tenté de filmer ou de diffuser des images des événements à Dubaï.
Il n’existe pas de loi unique interdisant de témoigner de ce qui se passe. Toutefois, un ensemble de règles complique toute critique. Les autorités peuvent interpréter ces règles selon leurs besoins.
Premièrement, une loi sur la diffamation et l’insulte s’applique. Aux Émirats, la diffamation est pénale et non seulement civile, comme dans de nombreux pays européens. Critiquer une personne, une entreprise ou une institution peut être considéré comme une atteinte à l’honneur, cela s’étendant même aux réseaux sociaux, messages privés, WhatsApp, etc. Les sanctions peuvent aller jusqu’à de lourdes amendes, de l’emprisonnement, ou même une expulsion.
Une autre loi susceptible d’être utilisée est celle sur la cybercriminalité. Il est prohibé de publier des contenus jugés offensants pour l’État, ses symboles ou ses dirigeants, ainsi que des contenus portant atteinte à la réputation du pays.
Ce dernier point est particulièrement délicat. Montrer les attaques iraniennes n’est ni une insulte ni une diffamation. On pourrait même penser que le pays est valorisé par sa capacité à intercepter des attaques. Cependant, les Émirats craignent surtout de voir les touristes annuler leurs réservations et les entreprises quitter le pays. La réputation est un argument commercial.
Les conséquences pour l’économie des Émirats sont déjà lourdes. Il est évident que les Émirats ne communiqueront pas sur les répercussions de la guerre. Il faut donc se tourner vers quelques indicateurs. Tout d’abord, des milliers de touristes bloqués pendant les premiers jours de la guerre ont pu fuir ou être évacués de Dubaï. Plusieurs pays, notamment la Belgique, ont organisé des évacuations par bus et avions. L’exode continue, avec des centaines de Philippins étant évacués ce jeudi.
Cela se traduit dans les rues, où la ville est devenue très calme, avec une circulation fluide dans une zone habituellement animée.
Les compagnies aériennes limitent également leurs vols vers cette destination. La compagnie chinoise Cathay Pacific a récemment annoncé la suspension de tous ses vols vers Dubaï jusqu’au 30 avril. D’autres entreprises telles qu’Air Canada, British Airways, Finnair, KLM et Lufthansa ne volent plus vers les Émirats.
Malgré les menaces, l’aéroport de Dubaï demeure ouvert. Un aéroport européen aurait probablement fermé ses portes depuis longtemps. Des drones, des missiles et des interceptions coexistent avec les avions de ligne. Même sans menace directe sur un avion, les Émirats souhaitent envoyer un message : « business as usual ».
Les journalistes ne sont pas épargnés non plus. L’AFP a signalé de fortes explosions mercredi matin, tandis que la défense antiaérienne « répond aux menaces de missiles et de drones en provenance d’Iran », selon les autorités. Un projectile est tombé près du quartier général militaire australien sur la base d’Al Minhad, mais aucune image ne peut être capturée, car le pouvoir n’autorise aucune caméra à proximité.
Des équipes de journalistes spéciaux sont également présentes dans la région, devant utiliser diverses ruses pour éviter d’être repérées et arrêtées. Certains journalistes ont subi des arrestations, simplement pour avoir tenté de poser des questions. Cela entraîne des interrogatoires poussés, des pressions psychologiques et des expulsions du pays.
Les Émirats tiennent à leur image de paradis commercial et ont l’intention de la protéger.

