Belgique

À 3 semaines des élections, la CPAC peut-elle soutenir Viktor Orbán à Budapest ?

Budapest accueille la CPAC (Conservative Political Action Conference) pour la cinquième fois depuis 2022. L’événement de 2026 a été programmé juste avant les élections législatives prévues le 12 avril.


Ce n’est pas la première édition décentralisée en Europe de la CPAC (Conservative Political Action Conference), un événement renommé parmi les conservateurs américains. Budapest accueille l’événement pour la cinquième fois depuis 2022.

Organisée par le « Centre hongrois pour les droits fondamentaux », cette édition de 2026 a été planifiée plus tôt que d’habitude afin de coïncider avec les élections législatives du 12 avril, où, selon les sondages, le Premier ministre Viktor Orbán pourrait perdre sa super-majorité au Parlement.

## Coup de pouce électoral pour Orbán

Cette conférence, qui aligne, selon le directeur général du Centre pour les droits fondamentaux Miklós Szánthó, « un président de la République, sept présidents de partis, les dirigeants de toutes les grandes familles de partis européens de droite, deux ministres, des chefs de fractions, des représentants américains et des influenceurs », s’inscrit dans la campagne du Fidesz pour montrer la force du camp conservateur face à son concurrent de centre droit, le jeune pro-européen Péter Magyar.

Pour le Premier ministre hongrois, l’événement est une manière de légitimer sa position sur la scène internationale. Cela renforce l’image de leader influent à l’étranger auprès de son électorat.

Bien sûr, l’affiche aurait pu être plus complète. Plusieurs personnalités annoncées ne se sont pas présentées. Le Tchèque Andrej Babiš a eu un empêchement et a envoyé un message vidéo à la place.

Donald Trump et Benjamin Netanyahu ont également procédé de la même manière. Les dirigeants américain et israélien doivent, dans les faits, gérer des conflits majeurs.

## Le soutien de Trump et Netanyahu

Cela n’a pas empêché les trois de louer Viktor Orbán dans leurs messages préenregistrés.

Pour le Premier ministre israélien, Viktor Orbán est comme « un roc ». Benjamin Netanyahu affirme qu’Israël défend « la civilisation occidentale contre un flot de musulmans radicaux et fanatiques ».

Le ton est donné, faisant référence à la défense des « valeurs judéo-chrétiennes » et à une posture anti-immigration qui ont assuré le succès de Viktor Orbán lors des précédentes élections. Cette fois, au lieu de la peur d’une invasion de migrants, on évoque le spectre de la guerre en Ukraine, où la Hongrie orbaniste refuse de se laisser entraîner.

Retenu par un incendie suspect dans une usine d’armement dans son pays, le Premier ministre tchèque, Andrej Babiš, a loué le gouvernement hongrois en prônant « la certitude, […] la stabilité, la sécurité, ce qui permet aux familles de construire leur avenir sans craindre l’inconnu ». La stabilité est effectivement un argument clé du Fidesz pour ces élections à risque face à un nouvel adversaire, Péter Magyar, dépeint par la propagande comme un va-t-en-guerre perfide au service de Kiev et de l’Union européenne.

## Un léger goût de demi-succès

L’absence de poids lourds américains laisse un goût de demi-succès sur cette édition de la CPAC. Cela est en partie compensé par la présence de Javier Milei. Le président ultralibéral argentin a proféré un discours similaire, engageant l’Europe « à se redécouvrir » et à se détourner de sa culture de la culpabilité. Le leader argentin a également critiqué la politique européenne, une autre cible privilégiée du gouvernement hongrois.

Le souverainisme est également présent dans le discours d’Alice Weidel, coprésidente de l’AfD, qui célèbre « la torche de la liberté » que représente la CPAC face à la pression migratoire, aux restrictions à la liberté d’expression et à l’ingérence politique.

Le cortège de figures éminentes de la droite radicale inclut également Santiago Abascal du parti espagnol Vox et Tom Van Grieken du Vlaams Belang.

Le modèle Orbán est toujours reconnu comme un exemple aux États-Unis et en Europe, avec Budapest se posant en capitale du conservatisme face aux politiques perçues comme trop libérales de l’Union européenne.

Les alliés d’Orbán ne sont pas présents à Budapest uniquement pour la CPAC. Le lundi 23 mars, un autre événement, nommé « Rassemblement patriotique », bilanera l’activité du parti des « Patriotes pour l’Europe », fondé après les élections européennes de 2024. C’est là que l’on verra aussi Marine Le Pen et Matteo Salvini.

## Quel impact sur les élections hongroises ?

Tout ce battage peut-il donner le coup de pouce indispensable à Viktor Orbán? L’hebdomadaire économique et politique HVG se demande si le financement de ces grands-messes conservatrices, qui coûtent des milliards de forints, est en partie assuré par des fonds publics via les associations qui les organisent.

L’absence de Donald Trump, de son vice-président JD Vance et d’autres figures conservatrices, en raison de leur proximité avec l’événement équivalent aux États-Unis au Texas le 25 mars, rend cette édition de la CPAC Budapest un peu moins attrayante.

Les amis de Viktor Orbán présents ne sont pas forcément des exemples de réussite : certains sont au seuil du pouvoir comme l’Autrichien Herbert Kickl, tandis que d’autres, comme le Néerlandais Geert Wilders, ont échoué à atteindre le poste de Premier ministre.

Mateusz Morawiecki, du parti nationaliste polonais Droit et justice (PiS), n’est plus Premier ministre, et Matteo Salvini, le chef de la Ligue italienne, peine à exister à l’ombre de la Première ministre Giorgia Meloni.

Le Rassemblement national de Marine Le Pen gagne du terrain en France, mais sa situation est menacée par une décision de justice qui pourrait l’empêcher de se présenter aux élections.

## Qu’en dit la presse ?

Le Frankfurter Allgemeine Zeitung souligne que le Premier ministre hongrois a réussi à faire de Budapest « le centre européen de l’internationale de droite », un succès significatif pour Orbán, selon le journal allemand.

Le Monde fait remarquer que les réunions de plus en plus fréquentes des figures de la droite radicale à Budapest placent la Hongrie sur la carte, même si les orateurs ne sont pas toujours de premier plan.

La presse hongroise proche du pouvoir promeut également la réussite de la CPAC Budapest 2026 : Magyar Nemzet parle d’un « vif succès » avec une Hongrie saluée par tous les participants. Mandiner met en avant le rassemblement des patriotes du monde entier autour de Viktor Orbán.

Des médias indépendants se montrent plus critiques, soulignant que les médias non gouvernementaux sont exclus de l’événement et que cette conférence sert à la campagne du candidat Orbán, tout en étant financée par de l’argent public, comme le note Népszava. Telex y voit avant tout un événement de campagne d’Orbán.

Le soutien des « Patriotes » est donc réel, l’internationale souverainiste a droit à sa plateforme de réseautage et à un week-end d’autocongratulation.

Cependant, tout cela suffira-t-il à sauver Viktor Orbán ? En Hongrie, de nombreux observateurs, comme HVG, estiment que l’état de l’économie et les défis dans le système de santé et d’éducation pèseront davantage dans le choix des électeurs le 12 avril que ces spectacles diplomatiques.