Belgique

7800 foyers sans gaz à Mons : « Aucune autorité n’a contacté » déplore Nicolas Martin

À Mons, des milliers de foyers sont toujours sans gaz pour la sixième journée consécutive, avec 7800 foyers encore impactés. Selon le bourgmestre Nicolas Martin, le coût de la réforme du chômage représentera environ 3 millions d’euros de surcoût par an pour la ville de Mons.


À Mons, des milliers de foyers sont privés de gaz pour la sixième journée consécutive. Près de 12 000 ménages montois ayant subi une panne de gaz mercredi dernier n’ont pas tous été reconnectés, moins de la moitié ayant retrouvé le service. Le bourgmestre socialiste de la ville, Nicolas Martin, exprime son impatience : « 7800 foyers sont encore impactés par cette panne qui a commencé mercredi soir. C’est énorme. On est à la sixième nuit sans chauffage, sans eau chaude et sans possibilité de faire à manger correctement pour ces habitants. Ça commence à durer un peu trop… »

Le délai de rétablissement est jugé trop long par le bourgmestre : « Je suis quelqu’un qui en général a beaucoup de sang-froid et qui sait garder son calme. Je l’ai fait jusqu’à ce matin… Nous devions avoir une avancée significative hier dans le centre de Mons pour le rétablissement du gaz, j’espérais avoir 2500 à 3000 foyers reconnectés hier comme me l’avaient annoncé les équipes d’ORES. Pourtant, d’après les chiffres que l’on m’a fournis ce matin, seuls 600 foyers ont été reconnectés, ce qui est totalement insuffisant. »

Nicolas Martin a exprimé son insatisfaction à la direction d’ORES : « J’ai fait savoir à la direction d’ORES que tout cela était insuffisant pour moi, qu’il fallait changer de braquet et accélérer la procédure, rappeler des équipes, car il n’est plus possible d’envisager plusieurs nuits complémentaires sans chauffage pour des gens qui sont dans des situations très difficiles à vivre, avec des personnes âgées, des personnes malades, des personnes avec des enfants en bas âge. »

Pour le bourgmestre, « la solidarité familiale a ses limites et les chaufferettes ont leurs limites. Et donc maintenant, il faut vraiment que l’équipe d’ORES se mette autour de la table et envisage toutes les options, y compris avec de l’aide extérieure, même du nord de la France, de Flandre, d’où qu’ils veulent, mais il faut ramener des équipes à Mons pour accélérer la cadence. »

Face à cette situation qui perdure, le maïeur montois a annoncé qu’il renforcera les efforts pour soutenir les habitants touchés par le manque de chauffage : « Au niveau de la gestion communale, il faut réquisitionner des hôtels, des auberges de jeunesse, racheter des chaufferettes, faire tout ce qui est en notre pouvoir pour accompagner la population dans ces circonstances. Je pense que les gens ont été vraiment très compréhensifs. Je remercie les Montoises et les Montois qui ont vraiment subi ces circonstances avec beaucoup de dignité et beaucoup de calme. Mais là maintenant, je pense que la situation est assez limite et il faut vraiment offrir des perspectives significatives aux gens. »

Sur le terrain, environ 100 travailleurs d’ORES s’efforcent de rétablir la situation. Les habitants de Cuesmes et Nimy ont été reconnectés au réseau, mais un retour à la normale n’est pas prévu avant ce soir, voire même demain.

Ce matin, la porte-parole d’ORES, Annabel Vanbéver, a déclaré : « Les agents vont réaliser du porte-à-porte et prendre toutes les mesures de sécurité pour la réouverture des compteurs. Cela prend une dizaine de minutes par habitation et c’est ce rythme-là qui va déterminer l’état d’avancement. »

Nicolas Martin, qui surveille la situation sur le terrain, a ajouté que « cela s’est fait de manière assez exceptionnellement efficace. Il y a eu une première phase de sécurisation et de fermeture de vanne. On a eu un taux de réponse de 93 %, on a su informer la population très en amont, de manière très proactive. Ils ont ouvert leurs portes, et on s’est retrouvé in fine avec 300-400 bâtiments sur 12 000 seulement pour lesquels des interventions ‘plus musclées’ avec serruriers et huissiers, voire ordonnances judiciaires, étaient requises vendredi et samedi. »

« Cette première phase a très bien fonctionné », se félicite le bourgmestre. « Maintenant, par contre, il faut faire la démarche inverse, c’est-à-dire retourner chez les gens en porte-à-porte pour pouvoir, avec des techniciens spécialisés d’ORES, rallumer les vannes, parce qu’il y a toujours des risques de fuite. Il y a d’ailleurs eu des fuites qui ont été constatées à certains endroits. Donc il faut que ça se fasse de manière sécurisée. » Cela explique, selon lui, la lenteur d’un retour à la normale.

Nicolas Martin a envisagé l’intervention de chauffagistes pour accélérer le processus, mais a noté que « les chauffagistes ne sont pas agréés, semble-t-il, pour pouvoir faire le travail nécessaire à la remise en route du gaz à domicile. » Pourtant, il a affirmé que « nous avons mis du personnel communal à disposition à chaque fois que c’était possible pour accompagner les équipes spécialisées d’ORES. »

En ce qui concerne la gestion de cette crise, Nicolas Martin a déjà commencé à tirer des conclusions, notamment sur le manque d’intervention des autorités régionales et fédérales : « Je pense qu’on manque de personnel globalement en Wallonie pour pouvoir faire face à ce type de situation. Il faudra un sérieux débriefing avec les autorités, y compris gouvernementales, que je n’ai pas entendues jusqu’à présent sur un problème quand même majeur pour l’ensemble de la Wallonie. »

Nicolas Martin critique également le gouvernement wallon et le gouvernement fédéral : « Je trouve quand même que cela aurait été la moindre des choses, que l’on puisse avoir au moins un signal ou un contact politique avec une autorité gouvernementale, quelle qu’elle soit. Je ne veux pas ici faire de la politique politicienne, mais je trouve choquant que 25 000 Wallons soient privés de gaz. Je n’ai même pas un coup de fil d’un ministre dans ces circonstances exceptionnelles, qui pourraient se répercuter ailleurs en Belgique. »

Pour lui, « il faudra tirer les leçons de cet événement à l’échelle du pays, car in fine, ce constat est que cet incident à Mons se limite à 12 000 foyers. Si ça se reproduit demain dans une ville encore plus densément peuplée, dans un quartier plus important encore, avec 20 ou 30 000 habitants, le pays n’est pas prêt à faire face. Il faudra un sérieux débriefing à l’échelle des autorités gouvernementales pour que le pays soit mieux préparé à faire face à ce genre de situation. »

En parallèle, la réforme du chômage instaurée par le gouvernement De Wever suscite des inquiétudes croissantes au niveau des communes, notamment sur le sort des personnes exclues. Le gouvernement fédéral prévoit que 30 % des exclus se tourneront vers les CPAS, un chiffre jugé sous-estimé par plusieurs directions de CPAS. Nicolas Martin partage cet avis : « À Mons, nous faisons face à la même situation que la plupart des grandes villes wallonnes; les chiffres annoncés par le gouvernement sont loin de la réalité. On l’avait d’ailleurs anticipé et annoncé. On est dans l’ordre des 50 % et ces chiffres sont constatés ailleurs en Wallonie. »

Le bourgmestre prévient que cette situation aura des conséquences sérieuses sur la prise en charge des personnes par les CPAS : « Il faut du personnel des assistants sociaux pour les accompagner et les aider à retrouver un emploi, ce qui était le travail du Forem auparavant. On n’a pas eu de collaboration suffisamment efficace pour anticiper les choses. On avait demandé à pouvoir avoir les bases de données, à pouvoir rencontrer les gens, à pouvoir le faire plusieurs mois avant pour identifier leur profil et les aider à la remise à l’emploi. Cela n’a pas été fait par le gouvernement. »

Pour une ville comme Mons, cette réforme du chômage pourrait coûter 230 euros par contribuable. Nicolas Martin note que : « Pour une ville comme Mons, avec 100 000 habitants, c’est de l’ordre de 3 millions d’euros de surcoût par an par rapport aux compensations annoncées par le gouvernement fédéral qui n’ont pas été prises en compte. Cela représentera 14 millions d’euros pour la mandature. Et pour donner une idée très concrète, cela coûtera 230 euros pour le contribuable montois sur ses impôts, et c’est la même chose pour toutes les autres villes de Wallonie et du pays. »

Le bourgmestre conclut : « Il faut donc que le gouvernement assume lui-même financièrement le coût de ces réformes. Ici, il transfère le coût de ces réformes sur le dos des communes. Et in fine, qu’est-ce qui va se passer ? Ce sont les contribuables wallons et bruxellois qui vont payer cette réforme. Avant, le chômage étant fédéral, il était payé par la Flandre aux deux tiers. Demain, ce seront les Wallons et les Bruxellois qui paieront deux tiers de la facture. C’est donc une forme de transfert nord-sud. Je pense que Bart de Wever a bien joué dans cette pièce, et les partis francophones de la majorité ont insuffisamment anticipé les choses pour protéger les contribuables francophones. »