430.000 dollars en quelques heures : le pari sur Maduro controversé
Le vendredi 2 janvier, des paris sur le départ imminent du président vénézuélien augmentent sur Polymarket après l’annonce de l’arrestation de Nicolás Maduro par Donald Trump. Polymarket est interdit en France et en Belgique pour avoir proposé des paris sans licence, et il est placé sur la liste noire de la Commission des jeux de hasard en Belgique.
Le vendredi 2 janvier, alors que aucune information n’a encore été rendue publique, les paris sur un départ prochain du président vénézuélien avant la fin du mois de janvier connaissent une forte augmentation sur Polymarket. Peu après, la nouvelle se confirme : le président américain Donald Trump annonce l’arrestation de Nicolás Maduro et de son épouse lors d’une opération rapide menée par les forces américaines.
Dans le détail, le comportement d’un compte attire particulièrement l’attention. Créé fin décembre, sans pseudonyme identifiable ni photo, il n’a montré aucune activité avant le 27 décembre. Puis, en l’espace de quelques heures, cet utilisateur commence à investir : 96 dollars sur une intervention américaine, 123 dollars sur un départ anticipé de Maduro. Rapidement, les mises explosent.
Entre le 1er janvier à 23h57 et le 3 janvier à 2h58, ce parieur engage plus de 31 000 dollars sur la chute du régime vénézuélien. Pourtant, à ce moment-là, la probabilité estimée par le marché est d’environ 7 à 8 cents par dollar misé, ce qui indique que ce scénario est considéré comme hautement improbable par la majorité des utilisateurs.
Le lendemain, le pari s’avère gagnant. Au final, cela donne lieu à 436 759 dollars encaissés, soit environ 370 000 euros, après déduction de quelques pertes annexes. Une performance impressionnante, mais également suspecte.
Polymarket permet de parier sur une multitude d’événements d’actualité : élections, conflits géopolitiques, catastrophes naturelles ou décisions politiques. Ces derniers mois, l’élection présidentielle américaine, les incendies à Los Angeles ou encore la guerre entre Israël et le Hamas ont généré des millions de dollars de mises.
Depuis l’arrestation de Nicolás Maduro, les paris liés au Venezuela se sont multipliés. Le marché intitulé « Les États-Unis envahiront-ils le Venezuela en 2026 ? » a déjà engendré plus de 10 millions de dollars de transactions. Un autre pari, visant à désigner le dirigeant du pays fin 2026, connaît également un vif succès.
Cette situation inquiète aux États-Unis. Le représentant démocrate Ritchie Torres envisage de proposer une loi pour interdire aux élus fédéraux et à certaines personnalités politiques de participer à ces marchés de prédiction, craignant des abus et des conflits d’intérêts. « Ce projet de loi interdirait aux élus fédéraux, aux fonctionnaires nommés politiquement et aux employés de l’exécutif de participer à des contrats de marchés de prédiction lorsqu’ils possèdent des informations non publiques importantes ou pourraient raisonnablement les obtenir lors de l’exercice de leurs fonctions officielles, » explique-t-il aux médias américains.
Polymarket a déjà été examiné pour d’éventuels délits d’initiés. Bien que la plateforme soit en grande partie inaccessible aux États-Unis, de nombreux traders utilisent des réseaux privés virtuels (VPN) pour contourner l’interdiction.
En Europe, Polymarket ne fait pas l’unanimité. En Belgique, la Commission des jeux de hasard a inscrit la plateforme sur sa liste noire, la considérant comme offrant des paris sans licence et en violation de la législation sur les jeux d’argent. Les fournisseurs d’accès sont ainsi invités à bloquer l’accès.
Un constat similaire s’établit en France, où l’Autorité nationale des jeux considère que Polymarket exerce une activité de paris illégale, malgré son positionnement en tant que « marché prédictif ». En raison de l’absence de cadre réglementaire clair et de garanties pour les joueurs, le site est interdit depuis la fin de l’année 2024.
L’affaire liée au pari sur l’arrestation de Nicolás Maduro soulève des questions délicates sur la frontière entre le jeu de hasard, les produits financiers et les outils d’anticipation politique. Bien que les marchés prédictifs se présentent comme des instruments d’agrégation de l’information, leur fonctionnement anonyme et mondialisé pose de graves questions éthiques et juridiques.
En l’absence de régulation internationale harmonisée, ce type de controverse pourrait inciter les autorités à mieux encadrer, voire interdire, les paris sur l’actualité, lorsque l’information peut devenir une arme financière.

