Belgique

230 démunis au repas de Noël de Sant’Egidio à Bruxelles : « Chaque mois, la situation devient plus difficile »

Le repas de Noël de Sant’Egidio a accueilli plus de 200 personnes. Chaque mois, la situation devient plus difficile et nous avons dépassé la barre des 10.000 personnes à la rue à Bruxelles.


M. De Volder, combien de personnes sont invitées à ce repas de Noël ?

Dans l’église des Riches Claires, nous avons nos invités issus de Kamiano, qui est le nom de notre restaurant social ouvert deux fois par semaine tout au long de l’année. Nous avions distribué 230 invitations. Il faut voir si toutes les personnes viennent ou pas. Mais en général, on sait qu’il y a une très grande attente. Et puis, à côté des invités, il y a une centaine de bénévoles qui préparent, servent, cuisinent, confectionnent les cadeaux.

Ces bénévoles, sont-ils chaque année toujours plus nombreux à vouloir vous aider ?

Il y a vraiment, à Noël, un miracle qui se passe, c’est-à-dire une multiplication de bonne volonté et des gens qui s’offrent pour aider. Cette année, nous avons même été un peu trop nombreux et avons dû dire à quelques personnes de revenir l’année prochaine. Ce 25 décembre 2025, nous avons toutefois pu multiplier les fêtes, à d’autres endroits, notamment dans des maisons de repos pour des personnes âgées où d’autres bénévoles se sont rendus pour apporter de la chaleur, de l’amitié et des cadeaux.

Vous qui gérez un restaurant social, constatez-vous une hausse de la précarité à Bruxelles ?

Chaque mois, la situation devient plus difficile. Tous ceux qui passent un peu dans le centre de Bruxelles le voient. Le sans-abrisme est devenu quelque chose de préoccupant. Nous avons dépassé la barre des 10.000 personnes à la rue à Bruxelles. Et bien sûr, nous le constatons dans notre restaurant social. Il y a encore quelques années, nous accueillions entre 80 et 100 convives par soir, chaque lundi et chaque jeudi. Maintenant, on dépasse les 200 personnes facilement.

Que faire ?

Il y a un effort à faire de la société civile. Mais je pense que la société civile fait déjà beaucoup de choses. Il faut aussi un effort des autorités bruxelloises. D’abord en mettant en place un gouvernement régional, je dirais. Puis prendre les choses en main, en mettant un accent sur le social. Mais il n’y a pas que le gouvernement régional qui est concerné. La situation doit être prise au sérieux à tous les niveaux et je pense que c’est possible. Je vois que dans d’autres villes, on réussit à proposer un toit pour les personnes la nuit quand il fait froid. Il faut vraiment un effort collectif. On ne peut pas avoir une société qui ne regarde que vers les riches et les forts. Je voudrais aussi ajouter que Sant’Egidio ne reçoit aucun subside. Tout ce qui se fait ici, c’est avec des donateurs, des sympathisants, des sociétés, des fondations qui nous aident à faire ce que nous faisons. Nous donnons à manger et nous le faisons volontiers. Mais, à côté, il faut aussi que les personnes puissent disposer d’un lit, d’un abri…

Il y a quelques jours, les Restos du Coeur ont fêté leurs 40 ans. A l’époque, Coluche pensait que son initiative n’allait durer qu’un hiver…

Sincèrement, je pense que dans un monde comme le nôtre, avec tellement de déséquilibres, c’est impossible de résoudre le problème de la pauvreté. Le souci, c’est d’avoir une approche humaine par rapport à ceux qui sont faibles, qui sont dans la précarité… Ils doivent pouvoir bénéficier d’une base raisonnable avec laquelle ils peuvent vivre… Et le minimum, c’est un toit… La société civile doit apporter du cœur, de l’amitié, de la chaleur humaine. Cela, on ne peut pas le demander aux institutions. Les institutions font ce qu’elles doivent faire, en complément, pas en concurrence. La politique doit faire la politique.