Belgique

2025 : une année inattendue pour les musées dans le monde

Le Grand Egyptian Museum (GEM) a ouvert entièrement ses portes au public après une inauguration qui a rassemblé des chefs d’État. En 2025, le financement des musées belges a stagné ou baissé, entraînant des projets d’expositions reportés et une baisse globale des fréquentations par rapport à 2024.

Un nouveau musée pharaonique

Le masque funéraire de Toutankhamon, star du nouveau musée.

C’est l’événement de la décennie en Égypte. Vingt ans après le lancement du projet et plusieurs retards sur le planning, le GEM (pour Grand Egyptian Museum) a enfin ouvert entièrement ses portes au public, après une inauguration grandiose qui a rassemblé une brochette de chefs d’État. Pharaonique n’est pas un adjectif exagéré pour qualifier l’endroit. À quelques kilomètres des pyramides de Gizeh, le lieu ne fait pas moins de 500 000 mètres carrés, et est le plus grand musée archéologique au monde. Il abrite une collection unique présentant les chefs-d’œuvre de la civilisation égyptienne. Avec, en pièce maîtresse, le trésor de Toutankhamon enfin exposé dans sa totalité.

Mais l’ouverture du GEM n’est pas seulement un événement muséal majeur. C’est aussi et surtout un instrument de soft power pour le régime égyptien, qui entend refaire du pays une destination touristique de premier plan. De nombreux pays ont été impliqués dans le projet, que ce soit dans le financement, la construction (avec la société belge Besix, par exemple) ou la recherche scientifique sur les collections. À travers ce musée monumental, les autorités entendent donner une image de stabilité, de modernité et maîtriser son récit historique.

CLÉ DE L’INFO : Danielle Welter – Aspect belge du musée du Caire

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Rendre ou garder : le dilemme des musées

Si Toutankhamon est la star du GEM, l’Égypte aimerait bien que sa belle-mère, Néfertiti, le rejoigne dans le nouveau musée. Ou en tous les cas, le célèbre buste de la reine exposé à Berlin depuis un siècle. Depuis plusieurs années, la restitution d’objets culturels à leurs pays d’origine est au cœur des préoccupations muséales. C’est un sujet qu’en Belgique, on connaît bien, notamment depuis la rénovation du Musée de Tervuren qui expose encore des artefacts acquis lors de la colonisation du Congo.

Et en 2025, le sujet a continué à être au cœur de discussions. D’un côté, des restitutions longtemps jugées improbables ont abouti : les Pays-Bas ont rendu plus d’une centaine de bronzes du royaume du Bénin (l’ancien royaume) au Nigeria, la Finlande et le musée de Boston ont rendu au Bénin (le pays actuel) des artefacts volés du Dahomey, le Vatican a remis des objets à des communautés autochtones du Canada. Le Cambodge, le Pérou ou encore Chypre ont aussi retrouvé une partie de leur héritage culturel.

De l’autre côté, des dossiers emblématiques sont toujours coincés. Berlin refuse de rendre Néfertiti, Londres garde la pierre de Rosette et les marbres du Parthénon. Et rien ne semble pouvoir faire bouger les lignes. Fait insolite, le sujet de la restitution des œuvres spoliées est même devenu un jeu vidéo.

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Récits d’Afrique

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Des musées belges en danger

L’année 2025 n’aura pas été la plus brillante pour le secteur culturel belge, et les musées ne font pas exception. Les restrictions dans les dépenses publiques mettent les musées, en particulier les institutions fédérales, dans une situation délicate. Le financement stagne ou baisse, alors que les coûts de fonctionnement, de conservation et de sécurité ne cessent d’augmenter. Cette fragilité financière se traduit par des équipes sous tension, des projets d’expositions reportés, une réduction de l’accessibilité pour le public, et in fine une baisse globale des fréquentations par rapport à 2024.

2026 ne promet pas des lendemains bien plus brillants. Des institutions ont déjà définitivement fermé leurs portes, ou sont en passe de le faire. C’est le cas du MiMa, à Molenbeek, ou de la Centrale for Contemporary Art à Bruxelles. À Anvers, c’est le M KHA que le gouvernement flamand songe à « relocaliser ». L’art contemporain belge, moins rentable que d’autres genres, semble être le premier à faire les frais des politiques budgétaires. Alors que paradoxalement Bruxelles s’apprête dans quelques mois, à rouvrir le très ambitieux et controversé musée Kanal, futur temple de l’art contemporain qui a coûté des millions à la région.

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Au cœur des travaux du musée KANAL / Ouverture prévue le 28 novembre 2026

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Cambriolage au Louvre

L'élévateur utilisé par les voleurs pour entrer dans le Louvre en plein jour.

Un simple élévateur, et moins de huit minutes. C’est tout ce qu’il a fallu aux cambrioleurs pour entrer par effraction, en plein jour, dans la Galerie d’Apollon, et repartir avec un butin d’une valeur de 88 millions d’euros. Huit pièces de joaillerie des Premier et Second Empires sont emportées. Une affaire qui fait le tour du monde. On n’avait plus vu ça depuis le vol de la Joconde en 1911.

Mais comment cela a-t-il pu se produire dans le musée le plus visité au monde ? Des caméras qui ne fonctionnent pas, des vitrines sans protection, un mot de passe hasardeux… Autant de failles de sécurité évidentes qui étonnent dans une institution de cette taille et de cette renommée. De quoi effrayer les musées du monde entier, qui ont presque tous remis en question leurs propres mesures depuis l’incident. Des suspects ont été arrêtés, mais la totalité du butin n’a pas encore été retrouvée, et les experts craignent qu’elle ne le soit jamais.

Pourtant, la directrice du plus grand musée du monde avait tiré la sonnette d’alarme dans une lettre ouverte au président Macron en janvier dernier, dénonçant des risques pour les visiteurs et pour l’intégrité des œuvres. Et malgré l’annonce du président, en grande pompe, d’un plan pour une « nouvelle renaissance » pour le Louvre, rien n’a pu empêcher le vol. L’incident a même mis en lumière l’état déplorable de l’endroit, victime de fuites d’eau ravageuses, de défauts de stabilité, de manque d’entretien. Seul effet visible du plan : une augmentation du droit d’entrée pour les visiteurs non-européens, quelques réaménagements de salles, et un projet encore flou de déménagement de la Joconde pour désengorger le musée assailli par les touristes.

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Paris : spectaculaire cambriolage au Louvre, que s’est-il passé (RS RTBF INFO 20/10/2025)

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De grands noms pour des expositions

Heureusement, tout n’a pas été négatif pour les musées en 2025. Si le nombre d’expositions temporaires a été moins élevé chez nous cette année, nos musées ont malgré tout accueilli quelques invités de marque. Beaucoup d’expos se sont en effet concentrées sur des grandes figures de l’art et de l’histoire : Marie de Hongrie à Mariemont, Napoléon au Musée royal de l’Armée, Berlinde De Bruyckere à Bozar, David Hockney à Mons, Cléopâtre à Liège… Il faut désormais capitaliser sur les noms célèbres pour attirer le public. Certaines de ces expositions seront toujours visibles en 2026.

2025 aura aussi été marquée par l’année Art déco, qui célèbre le centenaire du mouvement, avec plusieurs expositions qui ont mis en valeur de belles pièces belges. Au musée BELvue, à la Villa Empain, ou encore au musée van Buuren, l’Art déco aura attiré les visiteurs de la capitale. Tout comme la réouverture de la section Art nouveau-Art déco au Musée Art & Histoire qui présente de vrais chefs-d’œuvre de manière permanente.

Malgré tout, les chiffres de fréquentation semblent à la baisse par rapport à 2024, année post-covid particulièrement réussie. Il faut dire que nos musées restent, pour beaucoup, à la traîne des tendances muséographiques. Alors que d’autres pays ont déjà embrassé pleinement les nouvelles technologies, elles arrivent timidement chez nous. Les expériences virtuelles, immersives, en 3D commencent à intéresser ailleurs que dans le secteur des grosses expos privées. L’IA fait également son entrée face au public, et on en entendra sans nul doute encore parler en 2026.