Belgique

1996–2026 : 30 ans de statistiques sur l’échec des politiques carcérales

En date du 12 février 2026, 13.473 détenus étaient incarcérés alors que les prisons peuvent en héberger 11.049. De plus, 578 personnes incarcérées, au 12 février, vivaient sur des matelas posés au sol dans les prisons belges.


La situation actuelle dans les prisons est inquiétante. Au 12 février 2026, 13 473 détenus étaient enfermés, alors que la capacité des établissements pénitentiaires est de 11 049 places.

Ce problème de surpopulation est accentué par la présence de 3000 personnes condamnées à des peines courtes qui attendent leur incarcération, ainsi que par environ 2500 détenus sous surveillance électronique.

Les prisons sont surpeuplées, ce qui entraîne des conditions de détention difficiles, souvent dénoncées par de nombreux observateurs qui soulignent l’indignité subie par les détenus et la précarité à laquelle sont confrontés les agents pénitentiaires. L’État belge a été condamné à plusieurs reprises par la Cour européenne des droits de l’Homme, par la justice belge, et a été mis en garde par le Conseil de l’Europe.

**Les « détenus au sol », un indicateur clé ?**

Pour mesurer la surpopulation carcérale, un indicateur souvent cité est le nombre de détenus dormant sur un matelas au sol. En janvier 2026, 564 personnes vivaient dans de telles conditions dans les prisons belges. Cette moyenne mensuelle se base sur des comptages effectués en dehors des jours fériés, signifiant que, ponctuellement, il peut y avoir plus de prisonniers dans cette situation. Au 12 février, le nombre de personnes incarcérées dans cette situation avait augmenté à 578, atteignant même 585 quelques jours auparavant.

**Les détenus au sol, le thermomètre d’une fièvre élevée**

Le nombre de détenus dormant sur un matelas au sol constitue un indicateur alarmant de la situation critique des prisons. D’après Christophe Mincke, directeur du département de criminologie de l’Institut national de Criminologie et Criminologie (INCC), cet indicateur révèle une phase critique de surpopulation, comparable à un thermomètre affichant une fièvre élevée.

Il est également crucial de prendre en compte d’autres indicateurs, comme l’espace vital disponible pour chaque détenu, conformément aux recommandations du Comité européen pour la prévention de la torture (CPT), qui préconise une cellule de 6 m² pour un détenu ou 10 m² pour deux. En Belgique, des cellules sont parfois surchargées bien en dessous de ces normes, et des détenus peuvent être placés dans des zones non conçues pour un hébergement permanent.

**La même pression partout en Belgique ?**

La répartition géographique de la surpopulation carcérale montre que la pression ne se limite à aucune région en particulier. Au 11 février, 302 détenus dormaient sur un matelas au sol dans dix prisons flamandes et 174 dans huit établissements en Wallonie. À Bruxelles, 102 détenus de la prison de Haren étaient dans la même situation. Ce phénomène dure depuis novembre 2025 dans cet établissement.

**Une tentative de soulagement : les congés pénitentiaires prolongés**

La création de congés pénitentiaires prolongés a permis de réduire temporairement la population carcérale. En 2024, ce dispositif a permis de libérer en moyenne 359 détenus, ce qui a conduit à une diminution de 2,8 % de la population carcérale. Cependant, ces mesures, bien qu’efficaces à court terme, n’ont pas apporté de solution durable à la surpopulation.

**Changer de logiciel ?**

Les politiques pénitentiaires actuelles sont remises en question par de nombreux experts, qui soulignent la nécessité d’une désinflation carcérale et d’une réflexion sur la dépénalisation de certains comportements. Christophe Mincke appelle également à un changement de paradigme, suggérant des quotas d’incarcération lorsque la capacité des prisons est atteinte.

Le rapport annuel 2024 du Conseil central de surveillance pénitentiaire préconise d’interdire le recours aux matelas au sol et de s’assurer que chaque détenu soit logé de manière décente. Cette prise de conscience de la situation actuelle pourrait ouvrir la porte à des solutions plus efficaces à long terme.