15 ans après les printemps arabes : l’espoir ne s’est pas éteint
Mohamed Bouazizi, 26 ans, est décédé le 4 janvier 2011, déclenchant la révolution tunisienne. En Syrie, plus de 500.000 personnes sont mortes durant les années de guerre, et 16,5 millions de personnes dépendent de l’aide humanitaire pour survivre.
L’étincelle qui a tout changé
Mohamed Bouazizi, vendeur ambulant âgé de 26 ans, était le pilier financier de sa famille. Éprouvé par sa situation précaire et la misère ambiante, il met fin à ses jours le 4 janvier 2011, provoquant une vague de colère qui embrase la Tunisie. La jeunesse, frustrée par le chômage, les inégalités et la répression, investit les rues avec le cri de ralliement « pain, liberté, dignité ». En moins d’un mois, le dictateur Zine El Abidine Ben Ali s’exile en Arabie Saoudite, devenant ainsi le premier dirigeant arabe destitué par la rue.
Le feu prend dans la rue et sur les réseaux sociaux
Le geste de Mohamed Bouazizi acquiert une portée virale. Face à la situation en Tunisie, d’autres populations arabes s’alertent. Quelques jours après la chute de Ben Ali, l’Égypte se embrase. Hosni Moubarak, qui détient le pouvoir depuis plus de 30 ans, perd son soutien.
Le pays souffre d’une économie fragile, où une grande partie de la population vit dans la pauvreté. Le chômage est particulièrement élevé parmi les jeunes. Cette génération, connectée aux réseaux sociaux émergents, déjoue encore le contrôle du régime. La place Tahrir au Caire devient le cœur de la révolution, un symbole fort. En quelques semaines, Hosni Moubarak démissionne et remet ses pouvoirs à l’armée.
Quatre jours après sa démission, une révolte éclate à Benghazi, en Libye. Cependant, le pouvoir réagit avec une brutalité sans précédent. Le général Mouammar Kadhafi transforme cette révolte en une guerre civile qui perdurera pendant 8 mois, causant la mort de 25 000 personnes.
La douloureuse lutte syrienne
Les Syriens et Syriennes, pleins d’espoir, demandent pacifiquement plus de liberté. Toutefois, la répression de Bachar al-Assad est impitoyable. Les prisons se transforment en lieux de torture et d’exécutions, décrites comme de véritables « abattoirs humains » par Amnesty International. La ligne rouge est franchie avec l’utilisation d’armes chimiques contre des civils.
Après quatorze ans de guerre, le régime de Bachar al-Assad est renversé en décembre 2024. D’après l’observatoire syrien des droits de l’Homme, plus de 500 000 personnes ont tenté leur vie durant ce conflit, et des millions se retrouvent déplacées.
Chute de Bachar al-Assad : Quel bilan du nouveau pouvoir en Syrie un an après ?
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Une révolution inachevée ?
Quinze ans après le début des révolutions, le bilan est amer. La plupart des pays ont soit sombré dans le chaos, soit retombé sous des régimes autoritaires. Même la Tunisie, longtemps perçue comme la seule réussite de cette révolution, a replongé : le président Kays Saïed s’est approprié tous les pouvoirs le 25 juillet 2021, entraînant un retour à un État policier.
En Égypte, après une courte parenthèse démocratique, Abdel Fattah el-Sisi gouverne sans opposition sérieuse lors de chaque élection. Il a prolongé la durée du mandat présidentiel de quatre à six ans et modifié la Constitution pour permettre trois mandats consécutifs. L’économie s’effondre, l’inflation a atteint 39,7% en 2023, et deux tiers de la population vivent aux limites ou juste au-dessus du seuil de pauvreté.
La Syrie, post-Bachar al-Assad, connaît une situation paradoxale où l’enthousiasme pour la liberté retrouvée coexiste avec la misère quotidienne. Si la peur a disparu, la pauvreté touche toujours deux tiers de la population, laissant 16,5 millions de personnes dépendantes de l’aide humanitaire pour survivre, dans un pays où les infrastructures de base sont fréquemment détruites.
L’héritage de décennies de dictature et de quatorze années de conflit est accablant : 700 000 morts et une estimation des coûts de reconstruction s’élevant à 216 milliards de dollars. Cependant, 1,2 million de réfugiés ont décidé de rentrer au pays, tandis que le gouvernement intérimaire s’est donné quatre ans pour stabiliser la nation et réussir la transition démocratique.

