10 ans après les attentats de Bruxelles : rêver et imaginer
Le 22 mars 2016 est une date que, malheureusement, nous ne pourrons jamais oublier. Dix ans plus tard, les attentats de Bruxelles sont toujours un sujet de réflexion sur la vulnérabilité de notre société.
Dix ans après, il est impossible d’oublier l’horreur du 22 mars 2016, une date gravée dans nos mémoires, tout comme les souvenirs de ceux qui ont le plus souffert. Chacun vit le chagrin à sa manière. Nous tentons tous de faire notre deuil, un processus difficile lié à la perte d’un proche, à notre douleur et à celle des autres, et à la fin de notre naïveté. Cela soulève une question essentielle : comment en sommes-nous arrivés à un point où tuer devient un acte de militantisme dans notre société ?
De nombreux experts de différentes disciplines ont tenté d’apporter des réponses à cette question. Il ne s’agit pas de résumer les raisons et les causes, d’autres ont déjà réalisé ce travail crucial. Ce qui nous intéresse aujourd’hui, c’est l’avenir, et plus particulièrement les jeunes qui le façonneront. Ils représentent notre avenir.
Notre responsabilité est immense. Que recherchaient les jeunes qui ont rejoint Daech avant 2016 ? Un mot : du sens. Il ne s’agit pas ici de justifier des actes ignobles. Si le passé peut sembler clos, seul l’avenir ouvre des perspectives incitant à agir dès à présent. Mais notre société permet-elle réellement aux jeunes, peu importe leur âge, leur genre ou leur origine, de trouver un sens à leur vie actuelle et, surtout, à leur avenir ?
Il n’y a pas de réponse simple. Une personne n’est jamais l’autre; les contextes et les hasards de la vie varient à l’infini, tout comme le niveau de vulnérabilité individuelle. En outre, notre monde est en crise, les certitudes se fissurent, les peurs se renforcent et l’avenir suscite des inquiétudes.
Ce constat ne reflète-t-il pas une réalité profondément ancrée dans notre génération, qui s’est longtemps cru à l’abri des événements qui se produisent aujourd’hui ? Le 22 mars, tout comme d’autres événements ailleurs, a été un signal d’alerte, révélant une vulnérabilité enfouie alors que d’autres régions du monde vivent ce cauchemar presque quotidiennement.
Ne pensons pas que les jeunes de 2026 partagent le même état d’esprit que nous. Ils n’ont pas notre passé, ni le même futur. Ne fermons pas leur liberté de pensée ! Leur force réside dans leur tendance à chercher des solutions collectivement, là où nous avons souvent compté sur nous-mêmes. Transmettre nos angoisses serait le pire des services à leur rendre. Tout en gardant à l’esprit qu’ils sont sans doute plus conscients que nous des difficultés du moment. Sommes-nous pour autant démunis et impuissants ?
Certainement pas ! En revanche, nous devons changer de paradigme. N’hésitons pas à recourir à deux verbes que certains pourraient juger irréalistes aujourd’hui : rêver et imaginer. Le dictionnaire les relie : « Rêver, c’est laisser aller sa pensée, son imagination. » Cela signifie ouvrir le champ des possibles, alors que la dureté du quotidien nous pousse à fermer les portes. Un individu qui n’imagine plus ne meurt pas instantanément, mais quelque chose en lui est déjà mort, car il ne croit plus dans la promesse de l’avenir. Que penser d’une société où l’imagination a disparu ? D’une société qui peine à faire de la place aux jeunes et à leur offrir un avenir, s’abandonnant ainsi à la frustration de l' »idéal » projeté par les réseaux sociaux ?
À quinze ou vingt ans, nul besoin des « vieux » pour rêver. Accordons-leur notre confiance et tous nous retrouverons le chemin des rêves et de l’imagination. C’est en avançant ensemble et non chacun de son côté que nous pourrions relancer ce mouvement vital. En ouvrant des portes là où nous vivons aux personnes que nous rencontrons, nous contribuerons à la reconstruction du monde. Pour prendre forme, les rêves doivent être portés par plusieurs générations. Ne serait-ce pas ce qui a fait défaut il y a une décennie et dont nous avons tous désespérément besoin aujourd’hui ?

