1 an après, la moitié des anciens d’Audi Brussels sans emploi : « Votre profil est intéressant, mais vous êtes trop vieux »
José Vanrossomme a travaillé 35 ans chez Audi Brussels et a été licencié un an après son dernier poste d’inspecteur des véhicules. Actuellement, 51% des travailleurs ayant quitté Audi sont toujours à la recherche d’emploi.
« Tous les bons moments que j’ai passés, je ne peux pas les oublier. » Un an après son licenciement, José Vanrossomme parle avec émotion de ses 35 années en tant qu’ouvrier chez Audi Brussels. Il a occupé plusieurs postes, le dernier étant inspecteur des véhicules sortant de l’usine, avant de vivre une fin d’aventure douloureuse. « Ça s’est très mal passé pour moi. Le moral n’y était pas du tout« , se remémore l’ouvrier de 58 ans.
Pour se relever, il bénéficie du soutien des cellules de reconversion mises en place en Wallonie par le Forem et les syndicats (FGTB et CSC).
Ce jour-là, il a rendez-vous avec Pascal, son accompagnateur social, au centre de Châtelineau. « Avec le temps, le moral revient petit à petit. Grâce à ces personnes-là, confie-t-il en désignant le personnel de la cellule. Je n’aurais pas su faire tout ce que j’ai fait jusque maintenant sans eux. Et je trouve qu’ils font vraiment un bon travail. » Il reçoit une aide pour rédiger son CV, préparer ses entretiens d’embauche, et rechercher des offres d’emploi.
Malgré le suivi et ses efforts, José ne retrouve pas un nouveau poste.
J’ai envie de reprendre le travail. Mais, chaque fois que je me présente, la seule réponse que j’ai, c’est : ‘votre profil est intéressant, mais vous êtes trop vieux’. Après un an, je cherche toujours après quelque chose qui n’existe pas ou qui n’existe plus. Les mêmes conditions que chez Audi, on ne les aura plus jamais. Ni le salaire, ni même l’ambiance. Ça, c’est terminé.
Chaque refus est vécu comme une claque. « Dernièrement, je me suis rendu dans un jobday à Namur. La personne qui m’a reçue m’a clairement dit que mon âge posait problème. Peut-être qu’ils ne nous font pas confiance, qu’ils ne veulent pas nous voir. Je ne sais pas. »
Malgré cela, José reste optimiste pour son avenir. Il attend une réponse, qu’il espère positive, pour commencer une formation.
51% des travailleurs cherchent encore un travail
José n’est pas un cas isolé. La majorité des anciens de plus de 55 ans rencontrent des difficultés semblables. « Je vois beaucoup de travailleurs qui ont 56, 57, 58 ans. Pour eux, c’est très, très compliqué, parce qu’il reste de la discrimination à l’embauche« , souligne Patrick Brasseur, coordinateur des cellules de reconversion pour le CEPAC (une asbl proche de la FGTB).
Outre l’âge, un autre facteur a un impact important sur le retour à l’emploi : la qualification. « On constate que les employés ont des taux de remise à l’emploi meilleurs que ceux des ouvriers de production, ajoute-t-il. Ce sont des gens à qui on a appris à assembler une voiture et qui effectuaient des tâches assez répétitives. Ils se levaient à 4 heures du matin pour travailler à Bruxelles. C’était un travail à la chaîne, très usant physiquement et psychologiquement. Mais ces personnes ne sauront pas transférer leurs compétences dans d’autres entreprises.
Pour Pierre-Yves Jeholet (MR), Laurent Hublet (Les Engagés) et Zuhal Demir (N-VA), les trois ministres régionaux de l’Emploi, « les chiffres montrent le résultat d’une collaboration coordonnée entre les régions, Actiris, le VDAB, le Forem et les partenaires sociaux« .
50% des travailleurs bruxellois accompagnés ont retrouvé un emploi ou une formation. En Flandre, le taux est de 54%, contre 45% en Wallonie.
« Il fallait diminuer le train de vie. Je n’allais pas gagner autant »
Ouvrier chez Audi pendant 9 ans, Jérémie Montoy a lui signé un CDD à la Sonaca, une entreprise active dans l’aéronautique. « J’ai eu de la chance avec ce job ici, se réjouit-il. C’est plus proche de mon domicile. Et puis, c’est moins stressant. Je ressens déjà beaucoup moins de stress parce qu’ils mettaient beaucoup de pression. Un travail à la chaîne, comme chez Audi, c’était assez stressant. Aujourd’hui, je suis serein pour l’avenir. »
Cela n’a pas toujours été le cas. Il y a un an, l’inquiétude prédominait. « Chez Audi, on avait un beau salaire. Quand ils ont annoncé la fermeture, je me suis retourné directement vers les annonces pour voir les salaires qu’ils proposaient dans différentes boîtes. Et là, je me suis un peu confronté à la réalité. Il fallait diminuer le train de vie. Je n’allais pas gagner autant« , ajoute le père de famille de 45 ans. Il a donc accepté de baisser son salaire pour retrouver un boulot.
Marco est devenu indépendant
Parmi les plus de 3000 ex d’Audi Brussels, une soixantaine s’est lancée comme indépendante. Marco Fragapone en fait partie. A 39 ans, ce Louviérois est devenu chauffeur privé, après 14 années passées à Forest comme ouvrier. « J’ai voulu rebondir tout de suite. J’ai lancé ma société. J’avais des opportunités dans le secteur et ça me plaisait. Je suis content de comment les choses se déroulent. La fermeture d’Audi m’a donné l’opportunité de créer ma société.
Ce jour-là, Marco raccompagne six touristes italiennes jusqu’à l’aéroport de Charleroi. « Je fais des transports de particuliers, de voyageurs, des artistes aussi« , précise le gérant des Navattes Volavia. « Ça veut dire s’envoler en italien« , sourit-il.
Un envol pris il y a un an, directement après son licenciement. « Dès la fermeture, j’ai entamé les démarches. Ça m’a pris beaucoup de temps pour obtenir toutes les autorisations.«
S’il est heureux de sa nouvelle vie, Marco n’oublie pas ses années passées chez Audi. « Je retiens les bons moments passés avec mes collègues. Certains me manquent maintenant. La bonne ambiance qu’il y avait aussi. J’espère que ma société va se développer pour pouvoir engager du personnel. »
Des cellules de reconversion prolongées
Comme José, Marco et Jérémie ont profité de l’accompagnement des cellules de reconversion wallonnes, mises sur pied à Tournai, Mons, La Louvière, Châtelineau, Nivelles, Loyers et Liège. Leur objectif : accompagner les anciens travailleurs francophones résidant en Wallonie et en France. Leur mission vient d’être prolongée d’un an. Actuellement, ces cellules suivent encore 572 personnes.
« La première chose, c’est vraiment d’aider à faire le deuil du licenciement, insiste Patrick Brasseur, chargé de leur coordination. Les personnes qui ont travaillé, 10 ans, 20 ans, 30 ans ou plus dans une entreprise, perdent d’abord leurs repères. Une fois qu’on leur annonce un licenciement, ils se posent 36.000 questions. Les cellules de reconversion sont comparables aux soins palliatifs. On va les accompagner, pas vers la mort, mais vers une nouvelle vie. Mais c’est vraiment un lieu où ils peuvent se réunir, se rencontrer et se reconstruire.
À ce travail psychosocial s’ajoute un accompagnement administratif et professionnel.

