Zoom sur la course effrénée pour trouver un vaccin


Quelques laboratoires présentent des résultats «encourageants» afin d’endiguer la propagation de la Covid-19

Une centaine de laboratoires mondiaux rivalisent pour trouver un vaccin pouvant endiguer la propagation de la Covid-19. Plusieurs pistes, avec parfois de premiers essais cliniques encourageants, ont été défraîchies. Tour d’horizon des principales avancées scientifiques.

La Chine mise sur un traitement pour stopper la pandémie

Des chercheurs chinois affirment avoir mis au point un traitement à même d’arrêter l’épidémie. Ce médicament, développé par l’université de Pékin (Beida), permettrait non seulement d’accélérer la guérison des malades, mais aussi d’immuniser temporairement contre la Covid-19.

Encouragés par les essais concluants sur la souris, les promoteurs de ce traitement devraient entamer bientôt les essais cliniques qui se dérouleront en Australie et dans d’autres pays. Avec la décrue de l’épidémie en Chine, le géant asiatique ne dispose pas suffisamment de porteurs du virus pour procéder à des essais sur l’homme.

Sunney Xie, directeur du Centre d’innovation avancée en génomique de Beida, cité par l’AFP, explique : «Ce que nous espérons, c’est que ces anticorps deviennent un médicament spécial qui permettra d’arrêter la pandémie.» Selon lui, le traitement pourrait être disponible avant la fin de l’année, à temps en cas de nouvelle offensive hivernale de la Covid-19.

L’étude préliminaire révèle que si l’on injecte des anticorps à une souris avant de lui administrer le virus, elle reste à l’abri de l’infection. Cela est d’autant plus encourageant qu’il permettrait de protéger des soignants pendant quelques semaines, voire quelques mois, espère le spécialiste chinois : «Nous pourrions stopper la pandémie avec un traitement qui marche, même sans vaccin.»

États-Unis : Le laboratoire Moderna sur la bonne voie

La rivalité, sur fond de polémiques, entre les Etats-Unis et la Chine, semble favoriser l’émulation autour de la recherche scientifique pour la production d’un vaccin contre le corona. Pour l’heure, le projet de vaccin, le mRNA-1273, par l’entreprise américaine Moderna à Seattle, semble bien avancé.

Le principe, tel qu’expliqué par ses créateurs, consiste en la non-injection de la totalité du virus, mais simplement d’une substance appelée «messager ARN», qui suffirait à déclencher une réponse immunitaire du corps humain. Le 18 mai dernier, Moderna a diffusé un communiqué de presse dévoilant les premiers résultats de l’essai clinique de phase 1 conduit par le National Institute of Allergy and Infectious Diseases (Niaid).

Et ils sont positifs, si bien que le président Trump a nommé l’un des membres du laboratoire Moderna à la tête du projet de la Maison-Blanche visant à trouver un vaccin pour les Etats-Unis contre le coronavirus (Covid-19) avant la fin de l’année (appelé Operation warp speed). Il s’agit de l’immunologiste marocain, Moncef Slaoui, qui a aidé, au cours de sa carrière, à créer quatorze nouveaux vaccins en dix ans.

Afin de mettre un maximum de chances de leur côté, les Etats-Unis explorent plusieurs pistes. L’une des plus sérieuses, développée par la société de biotechnologie américaine Inovio Pharmaceuticals, se base, comme sa concurrente Moderna, sur une technique innovante (cette fois-ci sur l’ADN au lieu du virus tout entier comme dans les méthodes classiques) pour une élaboration plus rapide que pour les vaccins classiques.

Sanofi, Pasteur et les autres

En Europe, plusieurs travaux notables sont en cours. Lancé dans la course, le fabricant français Sanofi a maladroitement annoncé le 13 mai, dans une interview à l’agence Bloomberg, que s’il trouvait en premier le vaccin anti-coronavirus, la primeur serait pour les Etats-Unis qui ont financièrement beaucoup investi dans leur recherche, ce qui n’a pas manqué d’enclencher une polémique en France.

De son côté, l’Institut Pasteur a entamé l’élaboration d’un vaccin à partir du virus atténué de la rougeole. Début mai, le laboratoire biotech Ose Immunotherapeutics a fait savoir qu’il travaillait actuellement au développement d’un vaccin prophylactique contre la Covid-19. La société allemande CureVac espère lancer ses premiers tests d’ici juillet et mettre sur le marché un vaccin à l’autonome.

Enfin, le sérum élaboré par l’université d’Oxford, au Royaume-Uni, est entré en phase d’expérimentation sur l’homme, l’équipe de recherche a évalué à 80% les chances de réussite du projet. Il a été injecté, dans un premier temps, à deux premiers patients. Et puis, en l’absence d’un remède-miracle, il y a tous ceux qui s’en remettent à la médecine traditionnelle.

C’est le cas notamment du président tanzanien qui a déclaré qu’il allait envoyer un avion à Madagascar pour importer un «traitement à base de plantes» qui a été présenté comme un remède contre le coronavirus par le président du pays, Andry Rajoelina.

Elle est produite à partir de l’artémisia, une plante utilisée dans un traitement contre le paludisme. L’Organisation mondiale de la santé (Oms) a déclaré qu’il n’y avait aucune preuve de guérison et a déconseillé son utilisation… 

Le vaccin, «un bien public mondial» ?
Si vaccin il y a, sera-t-il disponible pour tout le monde ? C’est la question qui a été débattue, récemment, lors de l’assemblée annuelle de l’Organisation mondiale de la santé, au cours de laquelle plusieurs pays-membres ont appelé à un «vaccin accessible à tous».

A cette occasion, le président chinois a promis, lors de son allocution en visioconférence, que tout vaccin éventuel mis au point par la Chine deviendrait un «bien public mondial» qui sera rendu accessible et abordable dans les pays en développement.

Une résolution portée par l’Union européenne réclame «l’accès universel, rapide et équitable de tous les produits nécessaires à la riposte contre la pandémie», et souligne le rôle d’une «vaccination à grande échelle contre la Covid-19, en tant que bien public mondial».

Le fait est que la course au vaccin accentue l’escalade entre la Chine et les Etats-Unis. Washington accuse Pékin, entre autres, de tenter de pirater la recherche américaine sur un vaccin. A. B.

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