Yennayer célébré à travers le pays : Le ressourcement


«La commémoration du roi berbère Chachnak s’articule autour de plusieurs symboliques et mythes», nous explique Koussaila Alik, maître de conférences au département de langue et culture amazighes de Tizi Ouzou.

Yennayer intervient, cette année, dans une conjoncture particulière, marquée notamment par la crise sanitaire, mais rien n’empêche que des festivités soient prévues pour célébrer le premier jour de l’An amazigh.

La célébration nationale de cet événement est organisée dans la wilaya de Batna, où le HCA (Haut commissariat à l’amazighité) a concocté un programme d’activités. «Le premier jour de l’An berbère est une occasion pour raviver des traditions culturelles authentiques plusieurs fois millénaires», comme l’a souligné Si Hachemi Assad, secrétaire général du HCA, qui ajoute : «Compte tenu des restrictions de regroupement liées à l’épidémie de la Covid-19, le passage au Nouvel An berbère sera célébré dans l’intimité à domicile, mais aussi dans les espaces publics par les associations et les institutions.»

Tout comme la capitale des Aurès, la Kabylie est aussi au rendez-vous avec l’histoire. Yennayer est marqué avec faste dans plusieurs localités. Dans la ville de Tizi Ouzou, l’événement sera ponctué par l’inauguration, aujourd’hui, d’une statue du roi Chachnak érigée à proximité du chef-lieu de wilaya.

Une œuvre financée par l’APC et l’APW de Tizi Ouzou

Cette œuvre sculptée par deux artistes, Hamid Ferdi et Samir Salmi, a été financée par l’Assemblée populaire de wilaya en collaboration avec l’APC de Tizi Ouzou.

Des festivités sont également au programme au niveau de la maison de la culture Mouloud Mammeri et du théâtre régional Kateb Yacine de la ville des Genêts, où la radio locale consacre, comme à l’accoutumée, une grande partie de son programme de la journée aux reportages, comptes rendus et émissions spéciales sur la célébration de Yennayer, et ce, à travers des rencontres avec des invités. La direction de la jeunesse et des sports a mis aussi sur pied un programme d’animation en mesure de marquer cet événement de manière grandiose.

Cela sans parler des associations qui comptent célébrer le Nouvel An berbère dans les villages par la préparation du couscous au poulet à offrir aux citoyens dans une ambiance sublime et empreinte de ferveur, de joie et de communion. Les rites de Yennayer 2971 sont perpétués à travers les différentes localités de la wilaya de Tizi Ouzou, où les citoyens ont toujours fêté le début de Yennayer comme étant une des portes de l’année.

Des conférences sont également organisées pour expliquer, notamment, l’histoire et la symbolique du Nouvel An amazigh. Ainsi, selon des universitaires, la fête de Yennayer fait partie du calendrier agraire en usage chez toutes les populations sédentaires en Afrique du Nord. Elle existe depuis la haute Antiquité. Yennayer représente la symbolique du calendrier amazigh en Afrique du Nord. Il est célébré depuis des siècles, et son histoire remonte à des siècles avant Jésus-Christ.

Il est célébré différemment d’une région à une autre par les différents peuples amazighs. Sa symbolique par la suite est devenue limitée dans sa territorialité avec les invasions coloniales, réduite notamment à des fêtes familiales, voire traditionnelles en préparant le dîner du premier jour du Nouvel An (Imensi n’Yennayer) ou La nuit de l’année (it n useggas) ou encore «tawwurt n useggas» en Algérie ou au Maroc. En outre, les Berbères de Libye préfèrent «anezwar n useggas» (introduction de l’année).

«Par la suite, avec l’émergence de la revendication berbère durant les années 1970, ce patrimoine culturel a été élargi à d’autres symboles qui représentent l’aspect identitaire, l’existence des Amazighs et leur histoire d’une manière générale», a souligné Koussaila Alik, maître de conférences «A» au Département de langue et culture amazighes (DLCA) de l’université Mouloud Mammeri, Tizi Ouzou. «C’est ainsi que l’Académie berbère a mis en avant un calendrier, basé sur un événement marquant dans l’histoire du peuple amazigh, un fait historique incontestable pour en faire le point zéro du calendrier.

Son choix s’est porté sur l’an 950 avant Jésus-Christ qui convient à la date où le roi berbère Chachnak fut intronisé pharaon d’Egypte et fonda une dynastie qui domina sur l’Egypte jusqu’à l’an 715 av. J.-C. Ce roi berbère avait réussi à unifier l’Egypte pour ensuite occuper le royaume d’Israël. Il est ritualisé d’une façon assez énergique. Sa commémoration s’articule autour de plusieurs symboliques et mythes», explique encore le maître de conférences.

De son côté, Rachida Bensidhoum, auteure de plusieurs livres en tamazight et doctorante au DLCA de Tizi Ouzou, estime que la célébration du premier jour du calendrier berbère connaît continuellement des changements. «Jadis, la fête se déroulait au sein de la famille avec le rituel restreint, mais aujourd’hui, les choses ont changé de manière à célébrer Yennayer dans une ambiance plurielle.

C’est-à-dire, au-delà de la fête familiale autour du repas, les associations, les comités de village et les institutions organisent des festivités pour marquer cet événement de manière grandiose. Il s’agit d’une occasion qui permet de revisiter cette journée sous ses multiples facettes», nous précise-t-elle. Oui, effectivement, la fête en question est institutionnalisée en Algérie.

Elle est également célébrée au-delà des frontières, notamment dans les pays de l’Afrique du Nord. La diaspora amazighe est au rendez-vous aussi avec cette date qui est marquée de manière festive au Canada, aux Etats-Unis et en France dont on peut citer, entre autres, l’association maison amazighe de Saint-Denis qui organise depuis samedi une exposition sur la maison traditionnelle kabyle et des concerts de Zedek Mouloud et Karima Sumam ainsi que la déclamation poétique d’Arezki Rabia retransmis, en live, sur Facebook. En somme, la symbolique de Yennayer est perpétuellement revisitée.  

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