«Yennar», dans la mémoire plus que sur la table à Jijel


Si l’ancrage culturel reste encore vivace dans les esprits à Jijel, il n’en demeure pas moins que la mémoire culinaire, puissant vecteur de l’anamnèse caractérisant la célébration de «Yennar», le Nouvel An du calendrier julien adopté depuis la nuit des temps par les populations de la région, n’est plus aussi grandement célébré par la majorité des familles.

Et ce n’est pas du tout juste un dysphémisme. A l’heure des pizzas, tacos, frites, hamburgers et de la baguette de pain, le recours aux plats traditionnels qui incarnent le terroir, les coutumes et l’identité pour marquer cet événement n’est plus systématique, même si l’on continue toujours de s’y référer fièrement. Il faut le reconnaître, de moins en moins de familles se plient à cette tradition.

Et ce n’est pas dû seulement à quelque désintéressement, mais dans bien des cas, c’est plutôt lié à l’érosion du pouvoir d’achat, vu que jadis cette fête réunissait sur une table viandes rouge et blanches, céréales, gâteaux à base de dattes et une variété de fruits secs, que peu de gens peuvent désormais se permettre aujourd’hui.

Dans la région de Jijel, le Nouvel An est communément appelé «Yennar» au lieu de «Yennayer». Sa célébration rimait souvent avec des tables bien garnies. Selon les régions de la wilaya de Jijel, les préparations culinaires étaient généralement par l’achat, de préférence, d’un coq pour le sacrifice et pour la marmite, ou bien d’une poule.

Ce rituel pour accueillir le Nouvel An ressemble au sacrifice, lorsqu’une famille investit une maison nouvellement construite. A Jijel, on prépare généralement du ftat (fines feuilles de pâte cuites sur plaque métallique) que l’on mange émietté, avec une sauce blanche préparée avec du poulet et des légumes.

D’autres optent pour les ghrayef (les crêpes dites mille trous) qu’on badigeonne avec du miel et du beurre, sinon d’huile d’olive, alors que dans certaines régions, on se rabat sur des beignets ou les rakhsis (préparation à base de semoule et pâte de dattes) qu’on consomme avec du lait ou l’un de ses dérivés. Un gâteau qui ornera les tables aussi à l’occasion de la célébration de la venue du printemps.

Dans tous les cas, le principal repas familial regroupe ses membres autour d’un couscous avec de la viande blanche et éventuellement du kaddid (viande rouge salée et séchée) et dont la sauce est soit blanche ou rouge.

En tout cas, aujourd’hui, si les aléas de la vie déforment quelque peu la célébration, la tendance générale est à la réappropriation d’une culture traditionnelle qui a laissé ses empreintes dans le moindre recoin de la région, avec notamment une toponymie qui témoigne d’une identité qui ne laisse planer que très peu de doutes.    

Post Views: 193

Advertisements