Vainqueur d’une présidentielle très contestée : Tebboune face au hirak


C’est une première dans l’histoire des élections présidentielles en Algérie. Sur les 24,4 millions d’inscrits sur le fichier électoral, 9,1 millions seulement ont voté, selon les chiffres officiels communiqués par l’Autorité nationale indépendante des élections lors d’une conférence de presse, animée hier par son président, Mohamed Charfi.

Un taux de participation très bas, un Président élu par une minorité et des candidats qui se mordent les doigts… La présidentielle de jeudi dernier n’a pas été «une fête démocratique» comme le voulaient ses artisans. Le scrutin organisé sur fond de tension extrême n’a fait qu’élargir le fossé séparant le mouvement populaire et les tenants du pouvoir réel.

En effet, comme attendu, le corps électoral a tourné le dos majoritairement aux urnes : plus de 60% des électeurs inscrits ont choisi de boycotter cette élection qualifiée de «mascarade électorale». C’est une première dans l’histoire des élections présidentielles en Algérie.

Sur les 24,4 millions d’inscrits sur le fichier électoral, 9,1 millions seulement ont voté, selon les chiffres officiels communiqués par l’Autorité nationale indépendante des élections (ANIE) lors d’une conférence de presse, animée hier par son président, Mohamed Charfi.

Le taux de participation, surestimé et gonflé, selon les observateurs, n’est que de 41% au niveau national et de 39,83% en incluant le vote de la communauté algérienne à l’étranger, où seulement 8% d’inscrits ont voté.

Concernant les résultats préliminaires, l’ANIE déclare l’ancien Premier ministre de Abdelaziz Bouteflika, Abdelmadjid Tebboune, vainqueur avec 58,15% des suffrages, en obtenant 4,9 millions de voix.

Il devance de très loin ses concurrents, notamment l’islamiste Abdelkader Bengrina, qui est arrivé deuxième avec 17,83%, soit 1,4 million de voix exprimées. Le candidat islamiste, qui a promis à ses partisans d’être le prochain président de l’Algérie, crie déjà à la fraude. Son directeur de campagne a affirmé : «Abdelkader Bengrina est qualifié au deuxième tour de cette élection.»

Benflis : Jamais deux sans trois

La plus grand perdant de cette joute électorale reste l’ancien chef de gouvernement et président du parti Talaie El Hourriyet, Ali Benflis. Ayant œuvré à la crédibilisation de ce scrutin qu’il a d’ailleurs qualifié d’«acceptable», le candidat malheureux aux présidentielles de 2004 et 2014 récolte un troisième échec.

Jamais deux sans trois. Son score de 10% est très loin de celui réalisé en 2014 (12,3%). Il n’a finalement obtenu que 896 934 de voix. Le candidat semble groggy par ce résultat et annonce sa retraite politique.

Comme lui, le plus jeune des candidats, Abdelaziz Belaïd, récolte un deuxième échec, après celui de 2014. Le président du Front El Mostakbal, qui avait annoncé jeudi soir «avoir obtenu 31% des voix exprimées», est arrivé finalement à la dernière position avec 6,66% (566 808 voix). Ali Benflis et Abdelaziz Belaïd sont les deux candidats catalogués dans l’opposition, même s’ils ont fait toutes leurs classes dans le parti du pouvoir, le FLN.

RND-FLN : la faillite

Cette élection confirme une autre donnée. C’est la faillite des deux appareils du pouvoir, en l’occurrence le RND et le FLN. Unies derrière le secrétaire général par intérim du RND, Azzedine Mihoubi, ces deux formations n’ont pas pu égaler leurs scores enregistrés lors des dernières élections législatives et locales. Azzedine Mihoubi n’a pu réaliser qu’un piètre score de 7,26% (617 753 voix). Pourtant, il était donné «favori» durant les dernières semaines de campagne électorale.

Mais sa carte est tombée, semble-t-il, à la dernière minute, au profit de Abdelmadjid Tebboune. Comme à chaque élection, le phénomène des bulletins blancs s’est imposé cette fois-ci encore. Avec plus de 1,2 million de bulletins annulés. Le vote blanc occupe ainsi la troisième position derrière Tebboune et Bengrina. 

Abdelmadjid Tebboune en conférence de presse : «Je suis prêt à dialoguer avec le hirak»

Le président élu, Abdelmadjid Tebboune, a déclaré, dans sa première conférence de presse après l’élection, qu’il tendra la main au hirak qui se poursuit et qui a rejeté l’élection présidentielle. Abdelmadjid Tebboune a exprimé son «entière disposition» à dialoguer avec le hirak et les représentants qu’il désignera.

«Je m’engage à dialoguer avec tous les Algériens, qu’ils soient dans le hirak ou en dehors du hirak. Notre intention est bonne. Nous devons montrer aux Algériens que nous sommes dans une Algérie nouvelle.

Il n’y aura pas de continuité du 5e mandat. Nous devons nous écouter pour construire un nouvel avenir pour notre pays», a-t-il affirmé en réponse aux questions des journalistes au Centre international de conférences (CIC). M. Tebboune a assuré qu’il n’est nullement rancunier. «L’Algérie est grande. Tout le monde aura sa place. Je travaillerai pour tous les Algériens, qu’ils aient votés pour moi ou contre moi. Je travaillerai également avec ceux qui n’ont pas du tout voté», a-t-il soutenu.

Interrogé sur les wilayas de Tizi Ouzou et Béjaïa qui n’ont pas du tout voté lors de cette présidentielle, M. Tebboune a souligné qu’il avait une «estime particulière» pour cette région et qu’il était «impatient» de pouvoir lui rendre visite. Sur une question relative au sort des détenus du hirak, Abdelmadjid Tebboune a indiqué qu’il engagerait des consultations sur le sujet pour lui trouver une solution.

Il a en revanche exclu toute grâce présidentielle au profit de ceux qui étaient impliqués dans des affaires de corruption. Au sujet de la liberté de la presse, M. Tebboune s’est engagé à garantir au maximum la liberté d’expression tout en affirmant qu’il combattrait «avec férocité les travers de la liberté de la presse». Quant à son programme politique, Abdelmadjid Tebboune a assuré qu’il engagerait une réforme profonde de la Constitution.

Il a également souligné qu’il travaillerait pour redonner à l’Etat son autorité et sa crédibilité auprès du peuple. Interrogé sur comment compte-t-il récupérer l’argent détourné durant ces dernières années, Abdelmadjid Tebboune a refusé de dévoiler son plan pour des raisons stratégiques. M. A. O.

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