Une délégation algérienne bientôt aux Émirats pour négocier l’extradition d’Ould Kaddour : L’étau se resserre


Alors que l’ex-Pdg de Sonatrach Abdelmoumen Ould Kaddour se trouve toujours à Dubaï, une délégation algérienne s’apprête à se déplacer aux Emirats, pour défendre  son extradition qui risque de se compliquer en raison de son statut de conseiller auprès du royaume omanais.

L’affaire du rachat, par le groupe Sonatrach, de la raffinerie Augusta, en Italie, auprès de Esso (filiale du groupe américain ExxonMobil), pourrait connaître du nouveau, dans les jours à venir.

Selon des sources judiciaires, le magistrat instructeur devrait entendre des cadres du secteur pétrolier du groupe dont plusieurs sont en fonction, mais aussi des experts et d’anciens responsables politiques, ayant été cités au cours de l’enquête judiciaire, et qui auraient cautionné la «coûteuse» transaction.

L’évolution, intervient alors qu’une délégation algérienne s’apprête à s’envoler aux Emirats arabes unis (EAU), pour défendre l’extradition de Abdelmoumen Ould Kaddour,  ex-PDG du groupe Sonatrach, poursuivi dans le cadre de ce dossier.

Il avait été appréhendé dès son escale surprise à l’aéroport de Dubaï, par la police émiratie, en vertu d’un mandat d’arrêt international lancé contre lui par la justice algérienne, avant d’être libéré, sous caution, et sommé de ne pas quitter le territoire des Emirats, jusqu’à ce que la justice tranche sur son extradition ou non.

Des sources bien informées affirment que l’ex-PDG de Sonatrach «a fait valoir son statut de conseiller du royaume omanais, pour obtenir sa libération sous caution. Il s’est entouré d’un collectif d’avocats pour démonter les faits qui lui sont reprochés par la justice algérienne.

Ce qui rend les négociations autour de son extradition un peu compliquées». Il est vrai, reconnaissent nos interlocuteurs, que l’Algérie et les Emirats sont liés par une convention d’entraide judiciaire et d’extradition, qui donne un délai de 30 jours renouvelable, à la partie requérante (l’Algérie), pour présenter le dossier devant le juge. Durant ce délai, le mis en cause peut être libéré sous caution et ne pourra pas quitter le pays, jusqu’à ce que son sort soit tranché par le magistrat.

Nos interlocuteurs se disent néanmoins «optimistes» quant au «bon déroulement» de la procédure «jusqu’à présent» parce que, précisent-ils «la demande repose sur un dossier judiciaire bien ficelé». Mais nous savons tous que dans ce genre de dossiers, il n’y a pas que le volet judiciaire qui pèse sur les négociations. «Ce sont souvent les intérêts des Etats qui priment.»

Le quitus du 1er ministre, du ministre de l’énergie et du bureau d’expertise

En tout état de cause, il est important de rappeler que l’acquisition de la raffinerie a été, certes, l’œuvre d’Ould Kaddour qui a, nous précise un de nos interlocuteurs, «ramené ce contrat, l’a défendu et obtenu sa validation par de différentes parties sans pour autant le parapher. C’est un directeur de l’exécutif, Ahmed Mezigh (docteur en économie) devenu par la suite vice-président des Finances, qui l’a signé.

Il est le seul actuellement en détention, après avoir été inculpé en janvier dernier, lors de la présentation de nombreux cadres dirigeants, dont les membres de l’assemblée générale, des experts, etc. qui étaient en poste au moment des faits.

Ceux qui été au cœur même de cette transaction auraient obtenu des promotions auprès de leur PDG». Il faut dire que le dossier Augusta a été défendu aussi bien par les experts de Sonatrach que par l’Assemblée générale, mais aussi par le ministre de l’époque, Mustapha Guitouni, qui dans une conférence de presse à la fin du mois de mai 2018, déclarait : «Cette compagnie Sonatrach et son PDG dépendent d’un ministère et d’un ministre de l’Energie qui dépendent également d’un gouvernement.

Le PDG n’a pas agi tout seul, et il ne s’est pas levé le matin et nous a dit je vais acheter cette raffinerie d’Augusta (…) Il n’y a aucune entreprise du statut de Sonatrach qui ne possède pas d’investissement à l’étranger (…) Si demain les prix du pétrole dégringolent, on se posera la question : si Sonatrach avait de l’argent à l’étranger, on aurait investi avec à l’extérieur ?

Mais, lorsqu’on l’a fait, tout le monde s’est mis à critiquer, c’est quoi ça ?» Le ministre a tenté d’être plus explicite en rappelant que «les discussions» avec Exxon Mobil ont pris une année, «ensuite,  nous avons décidé de ramener des experts pour faire des études et nous dire si le rachat de cette raffinerie sera utile ou pas. Après les études, nous avons constaté que cette raffinerie sera utile, parce que pour acheter une raffinerie neuve, elle coûte 5 milliards de dollars, et il faudra 5 ans pour sa réalisation.

Mais, celle d’Augusta, dont la capacité est de 10 millions de tonnes de pétrole raffinés par an, on entend qu’elle est ‘‘grande’’ et date de 1949, il y a des installations qui datent de 1949, mais, on rénove, chaque année on rénove (…) Si on a fait un investissement c’est pour gagner». Le ministre n’évoquera pas les surcoûts de l’acquisition, ni les frais de cette rénovation, qui ont suscité et suscitent encore des interrogations.

Mais il est allé très loin en affirmant : «Ce dossier est passé par le conseil d’administration de Sonatrach qui l’a approuvé, par la suite, il est arrivé au ministère de l’Energie, enfin, il est passé par le gouvernement, qui a donné le feu vert pour que la raffinerie d’Augusta entre dans le patrimoine de Sonatrach. (…) Je ne  vois pas où est le problème.»

Aujourd’hui, il est clair que l’ex-PDG de Sonatrach, Abdelmoumen Ould Kaddour, fort de ses liens avec le clan présidentiel, sa relation avec son mentor, Chakib Khelil, ex-ministre de l’Energie, et surtout par ses alliés aux Etats-Unis, aux Emirats et à Oman, ne pouvait se heurter à la résistance des membres de son équipe, dont beaucoup ont obtenu une promotion, ni à celle de la hiérarchie et encore moins à l’opposition des experts chargés du diagnostic des équipements.

C’est dire que toute la direction de Sonatrach était au courant au même titre que les autorités de l’époque, de ce fait, la responsabilité de cette « coûteuse» transaction aux conditions «très défavorables», n’incombe pas uniquement à Ould Kaddour, mais aussi à tous ceux qui y ont pris part d’une manière ou d’une autre. 


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