Une déclaration sur les femmes et le couscous de la ministre de la culture suscite la consternation des internautes : Un dérapage verbal ou une déclaration tronquée, comme l’affirme la ministre ?


La femme qui ne sait pas rouler le couscous représente une menace pour sa famille.» La déclaration de la ministre de la Culture, Malika Bendouda, suite à la classification du couscous comme patrimoine mondial de l’Unesco, a suscité un tollé hier sur les réseaux sociaux.

Les internautes algériens, connus pour avoir la gâchette facile, se sont montrés consternés par la déclaration de la ministre, qu’ils jugent teintée de sexisme. Alors, dérapage verbal, comme le soutiennent les internautes, ou déclaration tronquée et «sortie de son contexte», comme l’affirme la ministre sur sa page Facebook ?

Pour les internautes algériens, qui n’hésitent pas à chaque fois de dénoncer le dévergondage sémantique de leurs responsables, il s’agit, une fois encore, de propos infamants, regrettant de ramener le classement du plat maghrébin au patrimoine mondial de l’Unesco à un vulgaire commérage de cuisinières.

«Dans un pays où être une femme est déjà une lourde charge, une présomption de culpabilité et une condamnation ; que faut-il ajouter pour l’enfoncer un peu plus, l’accabler, la réduire à la fonction primaire de servante des tubes digestifs, l’asservir à jamais, lui faire porter la pierre de Sisyphe de toutes les tares d’une société en décomposition ? ‘‘Une femme qui ne sait pas rouler le couscous est une menace pour sa famille’’ en nouvelle accusation», écrit une internaute très suivie sur les réseaux sociaux.

«Le couscous n’est pas en danger»

Le producteur de cinéma Yacine Bouaziz, directeur de l’agence Thala production, estime que contrairement à la culture algérienne (notamment le cinéma, la musique, le patrimoine et le théâtre), le couscous n’est pas en danger.

«Les Algériens et les Algériennes en préparent et en consomment depuis la nuit des temps sans votre intervention, écrit-il. Le couscous n’a pas besoin de vous ni du soutien de notre ministère. Par contre, le cinéma algérien est en danger, madame.

Il n’y a quasiment plus de salles de cinéma, de moins en moins de films et j’ignore comment notre ministère compte continuer à subventionner ce secteur avec un budget annuel aussi bas (budget 16 fois moins important que celui accordé au ministère des Moudjahidine). Le théâtre algérien est en danger, madame la Ministre.

Il n’y a plus de pièce et les salles sont vides (…). La musique aussi est en danger, madame la Ministre. Comment envisagez-vous la musique dans un pays où un album de musique coûte moins cher qu’un cheeseburger…»

Dans les faits, la ministre de la Culture saluait, dans sa déclaration, le «génie féminin» et l’histoire des peuples de la région que charrie le couscous. Elle raconte, dans un rappel historique du temps où la Numidie était le grenier de Rome, que le couscous était lié à la survie des peuples, grâce au génie féminin qui transformait le blé en un délicieux mets et qui pouvait être conservé toute l’année.

Elle précise dans son discours, qui semble improvisé, qu’il n’y a pas un foyer dépourvu de couscous car il permet la continuité et la préservation de la vie. Et c’est là qu’elle lance la phrase-polémique : «La femme qui ne savait pas préparer le couscous (en ce temps-là, s’entend, ndlr) représentait une menace pour sa famille.»

La ministre reconnaît, elle-même, dans la même déclaration, que malgré quelques tentatives quelque peu réussies, elle est loin d’être une professionnelle du roulage de la graine. «J’ai essayé d’apprendre à rouler le couscous, dit-elle, j’ai un peu réussi mais je ne peux pas me considérer comme une professionnelle», en saluant les femmes de la nouvelle génération qui continuent à le faire. 

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