Une «alliance islamo-nationaliste» pour sauver le scrutin


Présidentielle du 12 décembre prochain

Le chef de l’Etat par intérim, Abdelkader Bensalah, a convoqué, avant-hier, le corps électoral pour la tenue de l’élection présidentielle le 12 décembre prochain. Une feuille de route mise à exécution alors que les Algériens rejettent, depuis plusieurs semaines, une élection organisée par les «symboles» de l’ancien régime et dans un contexte pour le moins «inadéquat». Qu’est-ce qui fait que le pouvoir en place s’entête à vouloir imposer un scrutin présidentiel, alors qu’une partie de la population sort deux fois par semaine dans la rue pour le rejeter, et ce, après qu’elle a réussi à faire annuler deux rendez-vous électoraux (18 avril et 4 juillet) ?

Le président de la commission politique de l’Instance nationale de médiation et de dialogue (INDM), Amar Belhimer, a levé le voile, hier, sur ce qui semble être l’analyse de certains cercles de la situation et de la scène politique nationale, une analyse adoptée selon toute vraisemblance par le pouvoir en place, vu qu’il a décidé d’«imposer» ce rendez-vous électoral. Faisant fi des demandes populaires exprimées à travers le pays, le pouvoir estime que seule la «minorité» du camp démocratique est contre la tenue d’une présidentielle dans les plus brefs délais.

Les deux autres camps – trois camps composant globalement, d’après lui, la scène politique nationale – ceux des nationalistes et des islamistes, soutiennent cette option. «Il y a trois familles : la famille des démocrates, des nationalistes et des islamistes. Grosso modo, les nationalistes et les islamistes défendent la thèse de l’élection présidentielle. Je parle des 27 partis qu’on a écoutés. Il y a le troisième camp, qui est minoritaire, il faut le dire, même si c’est une minorité très active, qui défend l’idée d’une transition, d’une Constituante, qui me paraît personnellement aventureuse», a dit à ce propos Amar Belhimer, lors de son passage dans l’émission «L’invité de la rédaction» de la Chaîne III.

L’inquiétude du président de l’INDM par rapport à cette option, comme il l’explique, est liée avec le projet américain, sous Bush, consistant en le changement des régimes dits des «Etats voyous». Le «logiciel transitionnel», comme il le définit, répond donc, selon lui, à un «agenda extérieur». Une accusation. S’avançant même sur le terrain des intentions, il a estimé que «les gens qui revendiquent une Constituante savent très bien que c’est du temps perdu».

«Les islamistes s’apprêtent à présenter des candidats»

En tout cas, s’il est clair que les partis dits nationalistes – FLN et RND principalement – aujourd’hui décriés par la population, prendront part à ce rendez-vous électoral, Belhimer est certain qu’il en sera de même pour ceux de la mouvance islamiste. «Tous les partis islamistes qu’on a écoutés, y compris ceux qu’on n’a pas rencontrés mais qui nous ont envoyé leurs propositions, s’apprêtent à présenter des candidats», a-t-il lancé. Le FJD de Djaballah et le MSP de Makri, les deux poids lourds de cette mouvance, seraient-ils donc tentés de participer à cette élection ?

L’intervenant ne s’est pas avancé sur les noms des partis, sachant que du côté des islamistes, le panel n’a rencontré qu’El Bina de Bengrina et El Islah de Ghouini. Poussant son analyse plus loin sur le poids de ces trois courants, y compris donc celui des islamistes et des nationalistes, Belhimer a fait remarquer qu’«il y a un socle identitaire qui renvoie à l’histoire, qui est assis sur l’arabité et l’islamité de l’Algérie». «Et l’amazighité», a objecté la journaliste. Ce à quoi Amar Belhimer a rétorqué : «Effectivement, depuis le dernier amendement constitutionnel.»

«Il y a des connexions entre les courants nationaliste et islamiste qu’on ne peut pas nier. Il faut en tenir compte, y compris dans la construction des alliances à venir. Le courant nationaliste, affaibli par ses directions, peut être tenté, d’un point de vue tactique, de se rapprocher du courant islamiste pour se protéger. C’est une configuration qui n’est pas à exclure dans le prochain scrutin présidentiel», a-t-il déclaré à ce propos.

Une alliance islamo-nationaliste sauvera-t-elle l’élection du 12 décembre ? A moins que le MSP et le FJD rallient cette configuration, il est peu envisageable qu’une alliance, à elle seule – entre les partis dits nationalistes, FLN et RND, complètement discrédités (le ministère de la Justice a demandé la levée de l’immunité parlementaire de l’actuel secrétaire général du FLN) avec les partis islamistes ayant rencontré le panel (El Bina, El Islah), pratiquement inconnus – puisse donner du crédit à ce processus.

Pas plus tard qu’avant-hier, le FJD a dénoncé, dans un communiqué, les multiples arrestations opérées ces derniers jours, exprimant des «inquiétudes» par rapport aux derniers développements de la scène politique.

Le fait que le pouvoir en place refuse de prendre des mesures d’apaisement – ce qui est communément appelé «préalables» – a quelque peu refroidi même ceux qui étaient prédisposés à prendre part à ce processus électoral, comme ceux qui se sont réunis autour de la plateforme de Aïn Benian, pour peu qu’un climat apaisé soit instauré. Et justement, en matière de préalables, le panel semble s’accrocher ces derniers temps à la seule exigence de départ du Premier ministre, Nourredine Bedoui.

A propos des détenus, Amar Belhimer a indiqué, hier, que «l’engagement du chef de l’Etat de répondre aux conditions d’apaisement a été, il nous l’a dit expressément, a-t-il précisé, corrélé, à juste titre d’ailleurs, à une stricte observation de l’indépendance de la justice». «On ne peut pas se prévaloir dans un pays de droit et de l’indépendance de la justice tout en sollicitant par des ordres, téléphoniques notamment, que cette justice relâche des gens avant que leurs dossiers ne soient traités. Tout ce qu’on peut faire c’est accélérer les procédures dans le respect du secret de l’instruction et de l’indépendance de la justice», a-t-il ajouté.

La libération des détenus – d’autres manifestants ont été arrêtés vendredi dernier et mis sous mandat de dépôt alors que ceux du mois de juin n’ont pas encore été jugés – ne semble plus être une question prioritaire pour le panel. En somme, une alliance islamo-nationaliste pourrait-elle «sauver» le scrutin, quel que soit le contexte ou le climat politique ? Un pari risqué qui a priori ne prend pas en considération l’ampleur du rejet et le degré de détermination de larges couches de la société.

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