Un potentiel encore inexploré et une rentabilité qui reste à déterminer : Les richesses exceptionnelles du sous-sol algérien


Malgré sa diversité, l’activité mines et carrières ne contribue qu’à hauteur de 1% au Produit intérieur but (PIB) du pays.

A l’exception des projets pour la production des matériaux de construction, très peu d’investissements dans le domaine des mines ont été enregistrés. Pire encore, l’Algérie importe pour quelque 100 millions de dollars par an de produits dont son sous-sol regorge ; il s’agit du marbre, granite, baryte et même de gravier.

Aujourd’hui, le gouvernement veut rectifier le tir, en misant sur le secteur des mines pour se sortir de la dépendance aux hydrocarbures. Cela n’est pas gagné pour autant.

Pour attirer les investissements, il est nécessaire de disposer d’un potentiel géologique identifié. Or, les gisements n’ont, pour la plupart, pas été étudiés avec précision. La rentabilité et la faisabilité d’une éventuelle exploitation reste une grande inconnue. A cela il faut ajouter les contraintes et la volatilité des cours du marché mondial des métaux, qui condamneraient le pays à compter sur une rente dépendant de facteurs externes.

Le fait est, par ailleurs, que le développement de l’industrie minière exige la connaissance de la chaîne de production et la maîtrise des techniques et des hautes technologies. Le secteur des mines reste malgré tout un atout indéniable, d’autant que le sol algérien contient la plupart des minéraux, dont ceux des industries du futur (économie digitale, batteries solaires et de véhicules électriques, terres rares pour moteurs électriques, matériaux pour le transport de l’électricité, panneaux solaires, etc.) ainsi que des mines stratégiques telles que le phosphate et le fer. Petit aperçu.

L’or

Les quantités d’or sont estimées à près de 121 millions de tonnes dont seulement une petite partie est exploitée par l’Enor. Sur les 500 PPM (Partie par million) que recèlent les gisements d’or, notamment dans le Hoggar central, l’Algérie n’en exploite, selon le géologue Nacerredine Kazi Tani, que 10 PPM. Les principaux districts aurifères d’Algérie se situent, selon Nacereddine Kazi Tani, dans le Hoggar avec 300 indices et gisements. Les sites majeurs sont situés à In Ouzzal (26,5 t à 25g/t), la zone pharusienne juvénile (4,1 t jusqu’à 500g/t), le Hoggar central (55t), l’Est Hoggar région de Tiririne (50 t jusqu’à 25g/t).

Il existe aussi d’autres gisements d’or à Tin Zekri (Illizi) et à Tiririne-Hanine (Tamanrasset), octroyés à des sociétés étrangères qui n’arrivent pas à les concrétiser. Dans l’espoir de booster l’exploration du potentiel aurifère, le ministre des Mines, Mohamed Arkab, a annoncé que les jeunes de la région pourront constituer des coopératives pour prospecter et exploiter des mines d’or dans le sud du pays, ce qui mettra fin à l’exploitation anarchique de cette ressource minière.

Le ministre a ainsi expliqué que «ces coopératives se verront attribuer des périmètres pour la prospection artisanale de l’or», ajoutant que «la collecte et le traitement de l’or extrait seront assurés par l’Entreprise d’exploitation des mines d’or (ENOR) et les jeunes des coopératives seront rétribués».

Les terres rares

Le potentiel en terres rares est encore inexploré. Des indices intéressants montrent qu’il pourrait y avoir un important gisement dans la région proche de l’Aïr. Des traces des carbonatites et fénites d’Ihouahène ont également été décelées dans le Hoggar occidental. Il est aujourd’hui nécessaire d’identifier et d’évaluer les réserves à travers des travaux de recherche géologique, en vue d’une éventuelle valorisation. Les spécialistes estiment que cela pourrait prendre plusieurs années pour y parvenir et que les coûts d’une telle entreprise pourraient décourager les investisseurs, mais si cela venait à se concrétiser, elles seraient d’un apport insoupçonnable pour l’économie algérienne. Et pour cause, l’exploitation des terres rares (terme désignant une quinzaine de métaux ayant des propriétés exceptionnelles) est stratégique dans la mesure où elles visent le marché de haute technologie, soit l’économie du futur.

Baryte

C’est l’une des absurdités dont seule l’économie algérienne a le secret. Notre pays importe de la baryte, notamment auprès de notre voisin marocain, pour une centaine de millions de dollars, afin d’assurer le forage des puits pétroliers alors qu’il dispose, selon les géologues, de gisements «incommensurables» de baryum et de strontium non exploités. Récemment, le projet de valorisation du gisement de baryte de Draissa a connu quelques péripéties qui ont retardé sa mise en œuvre en raison, dit-on, de «mauvais choix » ayant entravé son aboutissement.

Fer

La mise en exploitation de la carrière du minerai de fer de Gara Djebilet est l’Arlésienne évoquée par les gouvernements successifs depuis l’indépendance. A son tour, le président Abdelmadjid Tebboune a annoncé la mise en exploitation de Gara Djebilet dès le premier trimestre 2021.

Problème : bien que le site renferme d’importantes réserves géologiques (contenant près de trois milliards de tonnes de minerais, dont 35% de fer), les études réalisées n’ont pas pu trancher la question de la rentabilité et de la faisabilité du projet en raison de la complexité de ce gisement (éloignement, isolement, manque d’infrastructures de base…). Le souci réside également dans le fait que le fer contient du phosphore et des impuretés (le rendant incompatible en sidérurgie), nécessitant une onéreuse solution technique pour l’éliminer.

L’on affirme que cette difficulté est en passe d’être réglée. Aussi, le gouvernement prévoit-il de réaliser une usine pilote au premier trimestre 2021, ce qui permettra de collecter les données pour atteindre, en 2023 et 2024, la dernière étape qui est celle de l’exploitation. Il examine la possibilité d’y associer des partenaires chinois ou russes.

Il est à signaler que l’Algérie recèle d’autres gisements de fer, peut-être plus intéressants, du fait qu’ils ne contiennent pas d’impuretés et avec des coûts de transport moindre.

En tout et pour tout, l’Algérie dispose de près de 25 milliards de tonnes dont 4,6 gigatonnes (GT) à Gara Djebilet.

Phosphate

Notre pays est le 5e exportateur et le 10e producteur de phosphate au monde. Il n’exporte pourtant qu’une infime partie de son potentiel : à peine un million de tonnes de phosphate alors que le Maroc a atteint 40 millions de tonnes d’exportation. L’entreprise publique Somiphos, du groupe Ferphos, dispose d’importants gisements de phosphates à Djebel Onk, dont les réserves sont estimées à 2,2 millions de tonnes. Le gouvernement avait lancé, il y a quelques années, un ambitieux plan prévoyant de porter la production annuelle de phosphates de 1,5 à 10 millions de tonnes d’ici 2025. L’actuel président a insisté sur la relance du projet de fabrication de produits phosphatés à El Aouinet (Tébessa). Il est à souligner que le phosphate algérien est généralement exporté sous sa forme brute, alors qu’il serait, selon les experts du domaine, plus profitable d’en vendre les produits dérivés tels que les engrais phosphatés.

Cuivre, Zinc et Plomb

L’Algérie compte aussi de grands gisements de cuivre, un matériau très utilisé dans les véhicules électriques. Plusieurs gisements ont été découverts, selon l’étude du géologue Nacereddine Kazi Tani, dans le Hoggar – Hoggar : Tan Chaffao, 6,6 Mt cuivre (0,56 à 1,2%), zinc (1,65%), plomb (0,43%). Le gisement de cuivre du Bou Kaïs, bien étudié par le BRMA (Meindre 1953) et Sonarem, est estimé à 50 Mt.
L’un des projets les plus attendus, dit très prometteur, est celui de l’exploitation de Tala Hamza. Nombreux sont les gisements de plomb-zinc en Algérie. Les plus importants se situeraient à El Aouana (Jijel), Chaabet El Hamra et Kherzet Youcef (Sétif) ainsi qu’à El Abed (Tlemcen).

Sel, gypse et argile

La région de Tindouf, dans le sud-ouest du pays, est riche de diverses potentialités minières, notamment en matière de ressources non fereuses comme le sel, le gypse, l’argile et la chaux. On estime les réserves de sel au Sahara à 400 000 milliards de tonnes et autant en Algérie du Nord. En profondeur, son extraction est facile, d’après les spécialistes, car très soluble. Il y a également du sel de potasse dans le nord-est du Sahara, d’une quantité qui avoisinerait les 2800 milliards de tonnes. «C’est la réserve la plus considérable pour un produit aussi stratégique, car il conditionne l’alimentation de bientôt 9 milliards d’êtres humains à nourrir dans les prochaines années», écrit Kazi Tani. Il est à la base d’engrais au même titre que l’ammoniac et le phosphate (NKP), en plus de nombreuses autres applications industrielles.

Marbre et granit

Selon l’Agence nationale des produits miniers (Anem), des investissements importants ont été réalisés dans la wilaya de Tamanrasset pour la production du marbre et du granit, deux produits que l’Algérie importe depuis des années. Des efforts ont été entrepris pour exploiter les carrières de marbre et de granit de qualité à Outoul, Aguenar, In Guezzam et Silet dans la région de Tamanrasset. L’objectif de la société est de satisfaire les besoins nationaux en la matière.

Lithium, Vanadium et coltan

L’une des particularités des sous-sols algériens concerne la présence de lithium, de wolfram et de coltan, très courus par les investisseurs étrangers, car ils sont indispensables aux technologies du futur.

Le lithium est un élément majeur dans les nouvelles énergies à la fois pour les stocker (batteries) que comme carburant dans la fusion nucléaire qui est promise à supplanter toutes les autres énergies dans un avenir à moyen terme.

L’Algérie dispose également du béryllium, un métal important dans les circuits intégrés électroniques sous la forme d’alliage cuivre-béryllium et dans la fusion nucléaire comme matériau de couverture du plasma ainsi que dans l’aéronautique et l’industrie spatiale. Nous avons également du coltan (niobium, tantale), très recherché dans la très haute technologie, et qui fait l’objet des «guerres sales» en République démocratique du Congo (RDC).

Le sous-sol algérien recèle, par ailleurs, des réserves de vanadium, un métal qui se négocie à 1200 euros le kilo. C’est un métal qui entre dans la composition d’alliages de haute performance et dans les batteries du futur.

Uranium

Des gisements d’uranium sont reconnus au Hoggar (Timgaouine) où ils sont évalués à 26 000 tonnes. Mais des réserves gigantesques existent, selon le professeur Kazi Tani, dans le Silurien du Sahara où il est à hauteur de 16 500 t/km², soit un total de 9,5 Gt. Notre pays dispose également de thorium, un métal qui devra, à en croire les experts, remplacer l’uranium dans les centrales atomiques car moins versatile et donc plus sûr sur le plan de la sécurité. Au Sahara, selon le professeur Kazi Tani, nous avons un gisement de 600 000 t de Th, ce qui équivaut alors sur le plan énergétique à 750 milliards de mètres cubes de pétrole, soit près de 79 fois tous les hydrocarbures découverts au Sahara.

Post Views: 543