Un dispositif de sécurité qui a fini par céder


Assiégée par un impressionnant dispositif policier, Alger n’était pas, hier, comme à son accoutumée.

Des chasse-neige, des camions lance-eau, ou encore antiémeute, des fourgons, mais aussi de simples camions de police étaient partout dans les artères, les ruelles et les placettes, notamment au centre-ville, en ce deuxième anniversaire des manifestations populaires du 22 février 2019, qui ont fait tomber le régime de Bouteflika, et qui ont fait une halte d’une année, en raison de la pandémie. La veille, les accès à la capitale étaient filtrés au niveau des points de contrôle qui se sont multipliés durant ces derniers jours.

La tension est perceptible sur les regards vifs des nombreux policiers antiémeute positionnés non loin des arrêts de bus de la place du 1er Mai. Dans ce quartier commerçant, tout semble normal. La circulation automobile est fluide, alors que les magasins connaissent une affluence ordinaire.

Il est 10h30. Des deux côtés de l’avenue Hassiba Ben Bouali, des files de policiers en tenue scrutent les passants. A quelques mètres de l’agence postale, leurs collègues en civil, agglutinés autour d’un fourgon blanc, vérifient les papiers de deux jeunes mais aussi leurs sacs à dos, alors qu’un troisième est déjà dans le fourgon. Dans chacune des ruelles adjacentes de cette longue avenue, un véhicule de police bloque l’accès aux automobilistes.

Sous le pont de la place de la Liberté de la presse, de nombreux camions, entre chasse-neige et lance-eau, sont alignés alors que des groupes de policiers antiémeute, bouclier à la main, se mettent en file indienne des deux côtés de la chaussée. La pluie fine ne semble pas déranger leurs collègues en civil, qui viennent d’isoler trois hommes avec des sacs en bandoulière.

Après une fouille au corps, ces derniers sont dirigés vers l’un des deux Caddy blancs, garés à quelques mètres. L’un des hommes est relâché, mais les deux autres sont maintenus dans le véhicule banalisé. Subitement, un 4×4 noir, aux vitres fumées, s’arrête devant un groupe de personnes.

Un homme en treillis bleu, portant un gilet pare-balles sur lequel apparaissent trois lettres BRI (brigade de recherche et d’investigation), en sort et s’adresse à un jeune en civil adossé à un Caddy. Il ouvre l’arrière du véhicule et en descend deux jeunes, menottés, et les embarque à bord du 4×4, qui s’ébranle bruyamment.

Nous poursuivons notre chemin jusqu’à la fac centrale, où la circulation automobile reste fluide et cette pluie fine continue à tomber. L’ambiance est pesante. Il est déjà 11h30. Subitement des voix lointaines brisent l’atmosphère tendue.

Elles viennent du côté de l’avenue Hassiba Ben Bouali. Des centaines de manifestants ont réussi à occuper la chaussée. Ils arrivent en scandant «Madania machi askaria» (Etat civil et non militaire). Les policiers en tenue sont pris de court, et leurs collègues en civil tiennent leurs postes radio collés à l’oreille.

La première grappe humaine est déjà à la Grande-Poste, suivie d’une deuxième venue de la rue Didouche Mourad, et une troisième de la place des Martyrs. Les policiers se replient un à un, sous l’effet du déferlement humain. Mis devant le fait accompli, les policiers se placent en retrait, cédant la rue aux manifestants.

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