Transition démocratique : Le projet audacieux de la société civile


Ce samedi 25 mai, une large réunion de différents acteurs de la société civile, entre associations, syndicats autonomes, militants des droits de l’homme et autres représentants de différentes dynamiques citoyennes, s’est tenue au siège du Cnapeste (Conseil national autonome du personnel enseignant du secteur ternaire de l’éducation), à Bir Mourad Raïs.

L’objet de ce conclave est de poursuivre la concertation autour du projet d’une conférence nationale de la société civile qui permettra de jeter les bases d’une véritable transition démocratique.

A noter que c’est la deuxième fois, après celle du 18 mai, qu’une réunion de cette envergure se tient entre les principaux pôles du mouvement associatif qui travaillent sur un plan de transition, à savoir : le Collectif de la société civile pour une transition démocratique qui regroupe une trentaines d’associations (dont RAJ, la Laddh, Tharwa Fadhma N’soumer, Comité Soutien et Vigilance du Mouvement du 22 février, SOS Disparus, Mouwatana…), la Confédération des syndicats algériens (qui compte 13 syndicats autonomes), et enfin le Forum civil pour le changement.

Selon Messaoud Boudiba, porte-parole du Cnapeste, une soixantaine d’organisations «associatives et syndicales» ont pris part à la réunion d’avant-hier. «On se concerte pour parvenir à une plateforme commune de la société civile», indique M. Boudiba.

Pour sa part, Saïd Salhi, vice-président de la Laddh, précise : «C’est une réunion de concertation autour des propositions de sortie de crise».

Les débats ont ainsi porté, entre autres, sur les points liés à l’élaboration d’une feuille de route consensuelle à laquelle aspirent tous les participants. «Il y a plusieurs propositions de feuille de route», souligne Saïd Salhi. «Nous, on veut homogénéiser ces différentes propositions pour aller vers un consensus au sein déjà de la société civile.

On veut arriver à une feuille de route consensuelle. Donc, il y a des discussions autour de ça.» D’après lui, il y avait déjà plusieurs points de convergence lors des débats,  notamment sur «la rupture avec le système en place et le principe d’une transition démocratique.» Même sentiment chez Messaoud Boudiba : «Il y a convergence sur plusieurs sujets.

Tout le monde est pour la rupture avec le pouvoir actuel ; tout le monde est pour une période de transition démocratique pacifique. Tout le monde est favorable à un gouvernement de transition, avec des visages adoubés par le peuple, et pour la désignation d’une instance indépendante d’organisation et de surveillance des élections.»

Pour un «dialogue sérieux avec la société»

Reste la question des modalités et des «mécanismes de la transition» qui font l’objet de discussions approfondies. «Chacun a son point de vue sur les mécanismes de la transition», dit le porte-parole du Cnapeste. «Certains proposent un présidium, une instance présidentielle, après adoption, au préalable, d’une Déclaration constitutionnelle qui remplacera la Constitution, et qui doit être en phase avec la période de transition.

D’autres préconisent la désignation d’une personnalité consensuelle qui sera nommée à la tête du Conseil constitutionnel, et qui remplacera Bensalah.» Mais le plus important, insiste-t-il, est d’«aller à une solution politique. Force est de constater que la solution constitutionnelle a échoué. La question des mécanismes ne va pas nous diviser du moment qu’on est tous d’accord sur la nécessité d’aller vers une période de transition.»

Avec l’échec cuisant de la «solution constitutionnelle» de façade adossée au «102», un boulevard est censé s’ouvrir devant les porteurs de cette initiative séduisante. A condition toutefois que le «pouvoir réel» se décide à céder le passage, ce qui est loin d’être gagné. «A la dernière réunion (celle du samedi 18 mai, ndlr), on a lancé un appel au pouvoir réel pour amorcer un dialogue sérieux avec la société en vue d’aller vers une transition», rappelle Saïd Salhi.

Dans le communiqué rendu public à l’issue de leur conclave du 18 mai, les associations et syndicats réunis ont appelé en effet à l’ouverture d’un «dialogue franc» avec «les représentants de la société civile et la classe politique (qui) devra déboucher sur une solution consensuelle en mesure de répondre, dans les plus brefs délais, aux aspirations du peuple».

Le vice-président de la Laddh fera remarquer : «Aujourd’hui, nous sommes devant le fait accompli. On est, de fait, dans le vide constitutionnel. Il faut admettre que la solution constitutionnelle a échoué, leur offre a échoué. Ils doivent se rendre à cette évidence. Ils doivent se ressaisir et se rendre à la raison surtout.»

Messaoud Boudiba déclare pour sa part, à propos du rôle de l’armée : «Personne ne peut nier aujourd’hui que l’armée est le détenteur du pouvoir réel. L’armée montre aussi qu’elle accompagne la solution constitutionnelle. Nous, on dit à l’armée qu’elle devrait accompagner plutôt la volonté populaire. On cite les articles 7 et 8 qui consacrent la souveraineté populaire. Alors, l’armée doit accompagner, pas gérer mais seulement accompagner, la période de transition.»

Et de poursuivre : «On espère ne pas s’embourber une nouvelle fois dans des interprétations et des ‘‘fatwas’’ à propos de la Constitution pour justifier une autre prolongation ou un nouveau report des élections. Pour gagner du temps, il faut des décisions audacieuses en vue de réaliser ce que demande le peuple. On assiste à diverses interprétations des articles 102 et 103 de la Constitution.

On voit des juristes et des constitutionnalistes donner des interprétations qui servent le pouvoir actuel. Pourquoi ils ne font pas un ‘‘ijtihad’’ autour des articles 7 et 8 ? Je pense qu’il est impératif de s’appuyer plutôt sur les articles 7 et 8 pour exécuter la volonté populaire.»

«Toutes les sensibilités sont représentées»

Les consultations entre les acteurs de la société civile seront-elles élargies à la classe politique ? «Pour l’instant, nous nous focalisions sur l’organisation de la conférence nationale de la société civile», répond le porte-parole du Cnapeste, avant d’ajouter : «Une fois qu’on aura resserré nos rangs et élaboré une vision commune, on établira des passerelles avec la classe politique et on réfléchira à une conférence nationale qui inclura à la fois des partis politiques et des personnalités nationales.»

Saïd Salhi se dit d’ores et déjà optimiste pour la suite : «Je le suis, bien sûr ! Déjà, parce qu’il y a de la volonté de la part de tout le monde. Il y a une prise de conscience de notre rôle en tant que société civile.

On a à la fois un rôle de médiation et un rôle de proposition. Cette prise de conscience est partagée par l’ensemble des acteurs. Il faut souligner aussi que c’est une réunion avec une belle diversité. On y trouve toutes les sensibilités qui traversent la société algérienne. Et nous travaillons maintenant pour élargir la participation à tous les acteurs de la société civile, sans exclusion.

On veut surtout l’élargir aux différents collectifs qui émergent au sein du hirak. Parce que c’est important que les jeunes soient représentés, que les différentes expressions qui ont jailli du hirak soient représentées. Donc, nous travaillons sur ça. Moi je reste profondément confiant dans cette démarche.»

Dans une interview accordée à El Watan (voir notre édition d’hier), le professeur Madjid Benchikh, qui s’est activement impliqué dans ces consultations entre organisations de la société civile, recommande : «Il est urgent pour les décideurs de se rapprocher de ceux qui luttent pour une transition démocratique.» Le professeur Benchikh estime, en outre, que «tout bien considéré, il n’y a aucun danger à annuler les élections.

Cela va diminuer la pression, et, du coup, permettra d’engager un dialogue avec la société civile, avec les syndicats autonomes, avec les personnalités indépendantes qui aspirent à la construction de la démocratie et peuvent, dès lors, apporter leur contribution à cette construction.

Moi, je suis sûr que ce n’est pas se projeter dans le vide que d’aller dans cette direction mais, au contraire, s’engager dans la voie de la construction d’une nouvelle République qui reposera sur l’adhésion des populations.»

«Il appartient maintenant aux tenants du système de désigner les personnes crédibles et honnêtes qui pourraient négocier avec, notamment, les représentants du mouvement associatif. Voilà une possibilité de sortie de crise», a plaidé l’éminent juriste.

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