Tout pour empêcher la marche : Fouilles et interpellations à Alger


Le pouvoir retrouve sa véritable nature… répressive. Après avoir cédé face à la déferlante populaire au bout du 3e vendredi de la mobilisation, il tente de «fermer la parenthèse» en actionnant, à nouveau, son lourd appareil répressif.

Des centaines, voire des milliers de policiers, en civil et en uniforme bleu foncé, ont été déployés au cœur d’Alger pour tenter d’empêcher les manifestants de marcher, comme ils avaient l’habitude de le faire depuis le 22 février dernier, dans leur capitale, pour exiger le départ du système et les figures qui le représentent. En effet, parallèlement à la fermeture des accès à Alger en renforçant les barrages de la gendarmerie pour empêcher les renforts de manifestants d’arriver à la ville, les tenants du pouvoir ont mobilisé, à l’occasion du 19e vendredi de la mobilisation populaire, une armada d’agents de police pour tenter d’empêcher la marche d’hier. Les habitants de la capitale ont été, en effet, étonnés, hier matin, par ce déploiement massif des hommes en bleu dans les rues et places de la ville.

La capitale était complètement quadrillée dès les premières heures de la matinée. De la place du 1er Mai à la place des Martyrs, en passant par la Grande-Poste, le rue Didouche Mourad et la place Audin, la présence policière étaient impressionnante. Des centaines de fourgons cellulaires et d’autres véhicules de ce corps de sécurité étaient stationnés des deux côtés des rues, donnant l’impression que la ville était en état de siège.

Usage injustifié des gaz lacrymogènes

La volonté de réprimer était affichée dès le début de la matinée : les forces de l’ordre fouillent tous les passants, vérifient l’identité des personnes et embarquent manu militari ceux qui sont, à leurs yeux, «des suspects».

Selon des témoins, des femmes en tenue traditionnelle kabyle et des jeunes portant des t-shirt de la Jeunesse sportive de Kabylie (JSK) ont été interpellés. «C’est scandaleux ! Il ne manquait qu’à déshabiller les gens en public», dénoncent plusieurs internautes, qui ont alerté contre ces graves dépassements. Les interpellations violentes de manifestants se sont poursuivies durant toute la matinée. Les policiers ont arrêté et conduit aux commissariats même des manifestants n’ayant ni drapeau ni emblème sur eux. «Le mouvement populaire veut une Algérie nouvelle, le pouvoir s’emploie à imposer le même système avec les mêmes méthodes dictatoriales», dénoncent des manifestants.

Les agents de police s’en sont également pris au siège du RCD à Alger, où ils ont procédé à l’arrestation de militants, de la députée Fetta Sadat et du journaliste Bouzid Ichaalalen, responsable du site d’information Interlignes Algérie. Ils ont été libérés une heure après, à l’exception de Samira Messouci, maintenue en détention pour avoir brandi un drapeau amazigh. Instruites, depuis la semaine dernière, de faire la chasse au drapeau amazigh, les forces de l’ordre ont procédé à l’arrestation de plusieurs jeunes l’ayant brandi. Ils n’étaient pas encore libérés au moment où nous mettons sous presse.

Les policiers ont également fait usage injustifié de gaz lacrymogènes contre des manifestants pacifiques. Ils n’ont pas hésité à asperger les manifestants pour les disperser, comme nous l’avons constaté à la rue Hassiba Ben Bouali et à la Grande-Poste. Le mouvement populaire, qui a bravé, malgré tout, la répression en se mobilisant en masse, a déjà une idée sur la nature du future Etat que le pouvoir lui prépare. Un Etat qui lui interdira d’exercer ses droits constitutionnels.

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