Solidarité avec les détenus d’opinion à Béjaïa


Des dizaines de citoyens, syndicalistes, militants politiques et associatifs, étudiants et citoyens anonymes se sont rassemblés, dans la soirée de mardi dernier, sur la place Saïd Mekbel, dans la ville de Béjaïa, à l’appel du comité pour la libération de Louisa Hanoune et des autres détenus d’opinion qui croupissent dans les prisons algériennes.

On a allumé des bougies, brandi des pancartes et crié des slogans. La mort du Dr Kamel Eddine Fekhar, survenue dans la matinée de la même journée, a fait de l’action un douloureux moment de consternation, de colère et de deuil communs.

Des voix se sont élevées pour accuser «l’Etat d’être le seul responsable» de la mort du militant des droits de l’homme qui a arraché des larmes à certains parmi les présents. D’autres considèrent que la responsabilité est plutôt collective. «Qu’a fait l’élite et toute la classe politique pour Fekhar. Aouf Hadj Brahim est aussi en grève de la faim dans la prison et il risque d’y passer, si nous ne faisons rien», a alerté un militant. «Hanoune et Rebrab aussi sont en détention, ce n’est pas à Gaïd Salah de les emprisonner» s’est-on écrié, insinuant que la justice est encore instrumentalisée.

Des étudiants ont dénoncé, à ce propos, «une justice aux ordres» et ont considéré que la mise sous mandat de dépôt de la secrétaire générale du PT et du patron de Cevital est une illustration de plus des déviations d’un Etat de droit.

Ces arrestations et la répression des citoyens participent de «la contre-révolution !», s’accordent à dénoncer les intervenants dans le rassemblement nocturne d’avant-hier. La disparition tragique du docteur Fekhar, dont l’opinion publique a suivi avec inquiétude l’évolution de l’état de santé depuis sa grève de la faim et les alertes de son avocat, Me Dabouz, a suscité beaucoup de douleur et d’indignation.

«Nous sommes tous des Kamel Fekhar. Personne ne doit vivre cette tragédie», a lancé une jeune femme qui considère que «nous sommes tous en liberté provisoire». D’aucuns déplorent le manque d’implication de la société pour défendre les libertés et l’inefficacité de la solidarité non agissante.

«Il n’y a pas assez d’organisations de défense des droits humains, c’est pour cela que le pouvoir se permet d’arrêter des militants», constate amèrement un autre militant associatif, appelant à constituer un front contre les atteintes répétées aux libertés et les interpellations de citoyens dont celle concernant le blogueur Merzoug Touati qui a été entendu, ces jours-ci, par la police sur ses publications sur Facebook.

D’aucuns ne comprennent toujours pas comment Louisa Hanoune a pu se retrouver en prison alors qu’elle a été convoquée par la justice en tant que témoin. «A travers l’arrestation de Louisa Hanoune, c’est toute la classe politique qui est visée, en voulant la mettre au pas», analyse le représentant de la Laddh.

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