Situation des droits de l’homme : Le sévère réquisitoire de la LADDH


«La majorité des personnes arrêtées sont relâchées en fin de journée, après avoir été entendues sur PV. Nous avons enregistré près de 200 mandats de dépôt de détenus d’opinion et politiques, qui sont pour la plupart incarcérés à la prison d’El Harrach», précise le vice-président de la LADDH. La LADDH alerte sur «le coup de force du système opéré dès le mois de juillet contre la volonté générale, contre les attentes du peuple algérien». «L’élection présidentielle imposée comme seule option suscite beaucoup d’inquiétudes.»

La Ligue algérienne pour la défense des droits de l’homme (LADDH) dresse un bilan sombre de la situation en Algérie. Marquée par le début d’un mouvement populaire pacifique qui aspire à un changement démocratique, l’année 2019 a été, selon cette ONG nationale, celle des graves atteintes à toutes les libertés collectives et individuelles. «Sur le plan des libertés publiques, nous avons noté, depuis le mois de février, les dispositifs policiers mis à Alger et ses entrées pour empêcher les citoyens d’accéder à la capitale et de participer aux marches pacifiques de mardi et de mercredi.

Certaines de ces marches ont été même violement réprimées, notamment celles des étudiants. Nous avons même noté le décès de deux manifestants, Yettou et Benkhedda», note la LADDH dans un communiqué signé par son vice-président, Saïd Salhi. Dans ce communiqué, rendu public à l’occasion de la célébration du 71e anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme, l’organisation relève encore de nombreuses violations des principes contenus dans ce document adopté par l’ONUle 10 décembre 1948. Parmi ces violations, la LADDH souligne les entraves aux libertés de réunion.

«Plusieurs réunions publiques de la société civile et des partis politiques, en particulier du PAD, ont été non autorisées ou carrément interdites. Des rassemblements pacifiques ont été empêchés et dispersés et des arrestations sont opérées avant et après les marches», précise la LADDH, rappelant avoir recensé près de 1000 interpellations opérées depuis le début du mouvement populaire. «La majorité des personnes arrêtés sont relâchées en fin de journées après avoir été entendues sur PV. Nous avons enregistré près de 200 mandats de dépôt, détenus d’opinion et politiques, qui se retrouvent pour la plupart à la prison d’El Harrach», précise-t-on.

La LADDH souligne aussi les arrestations d’hommes politiques pour leurs opinions, dont Louisa Hanoune et Karim Tabbou, des militants associatifs comme le président du RAJ, Abdelouahab Fersaoui et des militants de cette association. «D’autres organisations subissent les contraintes de l’administration, la dernière en date est le cas du Snapap, qui a vu son bureau scellé.

Des militants de la société civile, des défenseurs des droits de l’homme dont des membres de la LADDH sont interpellés, d’autres mis sous mandat de dépôt sous des chefs d’inculpation vagues d’atteinte à l’unité nationale, d’atteinte au moral de l’armée, d’incitation à attroupement… et, dernièrement, obstruction et perturbation des élections», rappelle l’organisation, qui dénonce aussi l’absence de justice indépendante (cas des porteurs de l’emblème amazigh), le non-respect de l’intégrité physique des personnes (cas de Brahim Laalami), le non-respect de la liberté de culte et la fermeture des espaces médiatiques.

Ce faisant, la LADDH a alerté, dans son communiqué, sur «le coup de force du système opéré dès le mois de juillet contre la volonté générale et contre les attentes du peuple algérien ; l’élection présidentielle imposée comme seule option suscite beaucoup d’inquiétudes».

Tout en appelant le peuple algérien à rester pacifique, l’ONG réitère sa demande d’annulation de cette «élection massivement rejetée par le peuple algérien, dans toutes les wilayas du pays à la 42e marche». «Elle est loin d’être la solution, elle va encore approfondir le fossé et prolonger la crise. Elle ne sera pas celle du peuple, de sa majorité et ne réglera en rien la question de la souveraineté et de la légitimé des institutions», souligne encore l’organisation, en appelant le pouvoir à mettre un terme à la répression.

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