Sidi Saïd Echappera-t-il à la purge anticorruption ?


Officiellement, Sidi Saïd a démissionné de son poste de secrétaire général, mais en réalité il a été poussé vers la sortie après un règne sans partage de 30 années à la tête de la centrale syndicale. Les travailleurs ne voulaient plus de lui. C’est sa connivence flagrante avec le régime Bouteflika qui lui a été fatale. Echappera-t-il à la purge anticorruption et antisystème ?

Dès le début du soulèvement populaire, et après les premières poursuites judiciaires contre les pontes du régime, son nom est cité parmi ceux des figures les plus emblématiques des cercles extraconstitutionnels qui ont pris en otage le pays et dont les têtes étaient réclamées comme gage de fiabilité de la campagne de «purification» menée par le pouvoir militaire. Il faut dire que Sidi Saïd, au même titre qu’Ahmed Ouyahia avec lequel il avait tissé des liens très étroits, était devenu au fil de ses mandats successifs la personnalité publique la plus vilipendée, voire la plus haïe par les masses populaires, et notamment bien sûr par les travailleurs qui voyaient en lui plus un instrument du pouvoir qu’un défenseur de leur cause. Au demeurant, l’ex-secrétaire général de l’Union n’avait aucune gêne ni aucun scrupule à assumer ouvertement ce rôle de relais anesthésiant du pouvoir qu’on lui attribuait pour domestiquer les forces du travail contrôlées par l’UGTA, et n’hésitait pas à monter au créneau à chaque fois qu’il est actionné pour défier ses détracteurs en usant d’un langage provocateur et insultant.

Ses paroles blessantes et profondément humiliantes dirigées contre les travailleurs honnêtes qui avaient confiance en lui pour porter leurs problèmes et doléances au niveau des instances supérieures lui ont valu des critiques acerbes émanant de multiples foyers de contestation qui minaient la centrale syndicale de l’intérieur, et un rejet total de sa représentativité, malgré le fait que l’organisation des travailleurs subissait de fortes pressions politiques et une répression administrative savamment distillée pour étouffer sa voix. Cependant, c’est son engagement intégral avec la politique clientéliste et prévaricatrice du sérail qui sera le motif le plus exacerbant des tensions vécues par l’UGTA.

Sous son emprise, l’UGTA a toujours été alignée comme une organisation qui marche avec le pouvoir auquel elle apporte un soutien inconditionnel, alors que la vérité est autre puisque non seulement Sidi Saïd a complètement vidé la centrale de sa substance, mais sa conduite dictatoriale a toujours été contrée par des travailleurs militants qui refusaient la soumission. Une coquille vide soutenue par le clan présidentiel pour valider, sur le dos des travailleurs, les nombreuses dérives du système. En particulier les quatre mandats de Bouteflika, et même le cinquième raté, dans lesquels l’implication de Sidi Saïd comme «tête de turc» pour amplifier l’adhésion populaire était totale.

Cette subordination au pouvoir a amené l’ex-secrétaire général à vendre son âme au diable en cautionnant les pires gabegies des dirigeants, et surtout en se fourvoyant avec le patronat au détriment des intérêts des travailleurs. Les fameuses tripartites n’étaient en fait que des pièces de théâtre pour tromper la crédulité des masses laborieuses, considérées comme les dindons de la farce. Dans l’affaire, l’inamovible patron de l’Union a été le principal récipiendaire de ces compromissions honteuses en ayant d’abord l’assurance que tant que le clan dominant a besoin de ses services, son poste restait intouchable malgré la violation des textes régissant l’UGTA (par exemple les congrès non tenus), et ensuite en versant lui aussi dans le monde du business, à l’image de tous les oligarques mis dans le viseur. Sidi Saïd a donc été contraint par le hirak à céder sa place, mais son départ laisse une impression d’inachevé aux travailleurs qui ne comprennent pas comment un personnage aussi embourbé dans les malveillances du système puisse s’en sortir sans égratignures même par la petite porte. On rappelle que son impunité a déjà été mal vécue lors du scandale de Khalifa dans lequel il avait reconnu devant les juges avoir orienté frauduleusement l’argent des œuvres sociales des travailleurs.

Il assumait avec arrogance sa responsabilité du renflouement des banques du «golden boy» avec cette certitude que rien ne pouvait lui arriver. Le sérail le protégea, mais le transforma en même temps en serviteur zélé qui termina sa carrière pitoyablement. L’ivresse du pouvoir, la résidence de Club des Pins, le chauffeur et la belle voiture, les soins à l’étranger, tout cela a un prix.

A. M.

Post Views: 131