Said Salhi. Vice-président de la LADDH et membre du collectif : Nous voulons une vraie transition avec des institutions fortes et légitimes


L’initiative avance-t-elle dans le temps ? Comment ?

L’initiative avance bien, depuis son lancement le 27 février 2019 au début même du hirak, nous avons pris le temps de débattre, de se concerter et de s’ouvrir à d’autres dynamiques de la société civile. Se reconnaissant dans les revendications du changement du système porté par le hirak, nous nous sommes engagés dans le mouvement populaire dès le début. Face à la mobilisation historique du peuple algérien dans la communion, nous avons jugé important de dégager un large consensus dans la société, consensus politique qui verra se traduire celui qui est construit par le peuple dans la rue. On le constate à chaque marche, malgré toutes les tentatives de division et de diabolisation.

C’est dans ce sens que nous avons lancé, dès le 18 mars, notre feuille de route pour une sortie pacifique de la crise. Il s’agit d’une proposition ouverte que nous avons soumis à débat auprès des autres dynamiques de la société civile et des partis politiques de l’opposition. Nous avons alors lancé des concertations, de la médiation et nous avons senti un accueil favorable pour cette initiative. Ce qui nous importe le plus, c’est la démarche inclusive soit ouverte à un plus large consensus. Ce qui nous a amené à l’idée de la conférence nationale de la société civile pour le changement démocratique, qui sera un espace de rapprochement des visions pour une feuille de route unitaire pour le changement.

Pensez -vous que la feuille de route que vous tracez pourrait être appliquée avec toutes les divergences qui pourraient exister entre les différentes parties ?

Notre feuille de route pose le préalable de la bonne volonté politique du système à aller vers un compromis vers la remise du pouvoir au peuple, en passant par une période de transition dans des délais raisonnables. Sans trop tarder et sans précipitation, il propose des institutions de transition, s’articule sur 5 points, à savoir en premier lieu l’installation d’une instance collégiale présidentielle de 3 à 5 personnalités consensuelles, indépendantes et crédibles, c’est une institution qui incarne l’autorité de l’Etat et l’instance d’arbitrage et de pilotage de la transition.

Puis, un gouvernement de compétence pour la gestion des affaires courantes de l’Etat, car pour nous il s’agit de changement du système tout en préservant l’Etat et de se prémunir du chaos. Et aussi l’organisation d’Assises nationales du consensus permettant de pacter un nouveau consensus autour des préalables intangibles et inaliénables qui dessinera les contours de la nouvelle République démocratique, civile et sociale. Il s’agit des valeurs de la démocratie, la pluralité, la citoyenneté, l’égalité, les droits humains, l’indépendance de la justice, la séparation des pouvoirs…

Ce pacte sera le référent sur lequel sera élaboré la nouvelle Constitution et qui balisera le processus constituant. Quatrièmement, il s’agit de l’installation d’une instance indépendante pour l’organisation des élections et la levée de toutes les lois liberticides, instaurant les libertés démocratiques.

Et enfin le changement de la Constitution à travers un processus vers une Constituante et retour aux élections générales. Cette feuille de route est un projet qui a été soumis à la discussion comme projet ouvert, qui s’articule sur des préalables, à savoir la rupture avec le système et la nécessité d’aller vers une transition politique qui préparera les condition du passage à la nouvelle République garantissant le respect des valeurs fondamentales du pluralisme, la démocratie, les droits humains, la plénitude citoyenne et l’égalité.

Ce sont les préalables à même de garantir à tous les Algérien-ne-s le vivre-ensemble dans la diversité. Face à l’entêtement du système, qui s’accroche encore à la solution constitutionnelle et les élections du 4 juillet, nous voulons une solution politique à la hauteur des exigences de la rue et du mouvement qui n’est pas juste un hirak, mais un processus révolutionnaire.

Aujourd’hui, il y a des convergences qui nous permettent de construire à partir de là, à savoir la transition, les institutions de transition, le consensus autour de la nécessité de la levée de tous les dispositifs de contrôle des libertés, notamment des lois liberticides, des institutions de contre-pouvoir, et finalement de l’impératif du changement de la Constitution.

Il est impératif d’aller vers un nouvel ordre constitutionnel avant de revenir aux élections et à la légalité constitutionnelle. Des divergences existent aussi au sujet de la durée de la transition qu’il ne faudra pas trop allonger, mais pas aussi précipiter, il y a la question du rôle de l’armée qui s’avère aujourd’hui être le pouvoir réel, il y a aussi la question des modalités du changement de la Constitution, aller vers une Constituante ou une nouvelle Constitution à soumettre par voie référendaire, tout en balisant autour des questions fondamentales. Sur ce point, il ya un grand débat qui avance, le plus important aujourd’hui c’est d’arracher le principe d’aller vers une transition consensuelle ou toutes les questions pourront être débattues sereinement.

Avez-vous une inquiétude majeure pour l’avenir de cette initiative ?

Pour nous, notre initiative est encore tributaire de la bonne volonté du pouvoir réel, qui doit annoncer sa bonne foi d’aller vers cette transition et amorcer un dialogue sérieux avec le peuple. La balle est encore dans son camp, il a cette responsabilité d’aller vers des solutions justes, à la hauteur des aspirations du peuple algérien qui veut passer à un autre régime, celui de l’ouverture et des libertés. Nous restons confiants, car jusque-là nous avançons, notre dynamique ne cesse de s’élargir et de gagner les autres acteurs, nous sommes déjà 3 collectifs à travailler sur l’idée de la conférence nationale qui est le cap pour le moment. Il s’agit de la Confédération des syndicats autonomes (CSA) et du Forum civil pour le changement, il y a eu plusieurs rencontres de concertation pour rapprocher nos visions et aller vers un large consensus porté par une seule feuille de route à proposer. Dans notre cas en Algérie, le peuple a fait le choix, dès le 22 février, d’une transition pacifique et apaisée, sans violence.

Il a démontré son patriotisme et son attachement au pays. La transition alors ne peut qu’être négociée avec le pouvoir réel pour justement éviter le chaos. Il faudra organiser le départ du système, d’où, encore une fois, la nécessité d’aller vers une transition. L’armée assume une responsabilité historique, elle ne doit pas gérer la transition mais l’accompagner et permettre aux institutions de transition consensuelle de mener la transition à bon port. Nous voulons une vraie transition avec des institutions fortes et légitimes, l’armée au terme de la transition devra se retirer de la politique.

Le système qui s’accroche encore à la solution constitutionnelle à travers l’article 102 et le maintien de l’élections présidentielle du 4 juillet, ne fera qu’aggraver la crise et exacerber les tensions. Dans notre collectif, nous avons pris position contre cette option qui mène droit dans le mur et nous avons refusé une transition clanique à l’intérieur du système, comme nous avons été sceptiques à toutes les offres et diversions, car elles ne visent en fait qu’à gagner du temps et sauver le système. Nous avons plaidé, dès le 18 mars, avant même la chute de Bouteflika, pour une période de transition, nous avons déjà perdu beaucoup de temps, aller aux élections c’est encore une autre perte du temps. Nous souhaitons vivement que le pouvoir se ressaisisse, notamment l’armée, la rupture avec le système est déjà consommé, et là-dessus la rue est déterminée.

La mobilisation spectaculaire de chaque jour n’est-elle pas suffisante ? Le jusqu’au-boutisme du pouvoir et les tentatives de division du peuple risquent de radicaliser la rue qui jusque-là a montrer son attachement au caractère pacifique. Il ya des risques sur la cohésion nationale et la stabilité du pays, le système, notamment l’armée, assumera toutes les conséquences. Il y a des choix à faire et à assumer, se mettre du côté du peuple ou se dresser contre le peuple.

La société civile peut jouer un rôle dans la médiation, la conférence nationale de la société civile est déjà une première qu’il faudra élargir après à la société politique, le débat, l’organisation et la jonction des dynamiques, c’est très important. Beaucoup de collectifs sont nés dans le hirak, il faudra alors aller vers plus d’organisations partout dans les wilayas, plus de débats. Nous cherchons des jonctions entre toutes ces dynamiques toute en gardant la mobilisation pacifique dans la rue, c’est le seul garant de la victoire de notre révolution. Travaillons ensemble pour imposer le changement tant espéré.

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