Repère : L’auto-confinement, un luxe


Il y a quelque chose de surréaliste dans ces appels des autorités et des professionnels de la santé aux citoyens pour se confiner chez eux en vue de se prémunir et de protéger leurs proches de l’épidémie de coronavirus, alors que le pays est dans une situation de confinement total de la population Devant la prise de conscience générale des citoyens face à cette pandémie observée ces derniers jours, suite à l’aggravation de la situation sanitaire avec la propagation de la maladie, cette mesure de confinement – qui a donné des résultats probants ailleurs – est aujourd’hui non seulement acceptée mais ardemment réclamée par la population.

Les citoyens et citoyennes, encore nombreux, qui continuent de sortir de leur domicile ne sont pas tous des êtres inconscients du danger ou des fous à lier. Pour beaucoup, c’est contraints et forcés et la peur au ventre qu’ils bravent le danger invisible qui les guette à chaque instant pour se rendre à leur lieu de travail ou pour vaquer à des occupations auxquelles ils ne peuvent pas surseoir pour s’approvisionner, se rendre chez le médecin ou le pharmacien, à la banque…

L’auto-confinement est un luxe que beaucoup ne peuvent pas objectivement se permettre. La décision prise par les pouvoirs publics de libérer la moitié des salariés du secteur public dont la présence n’est pas indispensable, les femmes enceintes et celles ayant des enfants en bas âge ainsi que les malades chroniques réduit incontestablement l’échelle de la contamination avec la diminution des effectifs sur les lieux de travail, mais n’endigue pas l’épidémie.

De la même façon, il est à se demander si les patrouilles de police signalées dans certains quartiers d’Alger particulièrement, sommant les jeunes regroupés le soir au pied de leurs cités de rentrer chez eux peuvent servir à quelque chose, sachant que le virus ne se manifeste pas qu’à la nuit tombée . Il est connu que la vie extra- muros dans nos ensembles urbains est toujours animée de jour comme durant les longues veillées.

La fermeture des cafés et autres lieux de jeux et de divertissement des jeunes n’a pas eu d’impact sur la vie grouillante dans les quartiers populeux. Quand on veut faire de la pédagogie utile et féconde, il faut s’en donner les moyens ! Pour les jeunes désœuvrés des quartiers, villes et régions défavorisés, la rue constitue un espace vital de substitution à la chaleur du foyer dont ils sont privés, eu égard aux conditions difficiles d’habitation et à l’absence des commodités de la vie communautaire. Même si le confinement total venait à être décidé, il sera difficile de les en déloger en recourant à des amendes qui ne seront, de toutes les façons, pas honorées.

Il reste, pour faire respecter la consigne de confinement, la solution extrême de l’état d’urgence qui implique la mobilisation des forces de sécurité et de l’armée. L’instabilité politique dans laquelle se trouve le pays ne facilite pas les choses pour susciter une large adhésion populaire autour d’une telle mesure.

L’interruption des marches du hirak pourrait inciter des irréductibles du mouvement parmi les jeunes des quartiers à délocaliser la contestation dans leurs cités pour marquer leur territoire. C’est ce qui s’est passé chez nos voisins marocains, où l’armée a été déployée dans un quartier pour déloger violemment des fidèles qui accomplissaient la prière collective d’el îcha à l’extérieur des mosquées fermées. 

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