Recul du niveau de remplissage des barrages : L’Algérie face à un grave déficit hydrique


L’Algérie perd chaque année entre 20 et 30% de sa ressource hydrique. Avec l’arrivée de la saison estivale, l’accès à l’eau potable risque d’être compromis.

Dessalement de l’eau de mer et lutter contre le gaspillage sont les axes de travail des pouvoir publics.

«De par notre situation géographique en une zone aride à semi-aride, nous avons lancé depuis plusieurs années des appels pour la rationalisation dans l’utilisation de l’eau. Aujourd’hui, nous n’avons plus le choix. L’établissement de cette charte entre dans le cadre de toute une politique pour minimiser les effets du déficit hydrique dû à deux facteurs, à savoir la pluviométrie avare et le gaspillage. Ces trois dernières années, il est estimé de 20 à 30%», a déclaré Mustapha Kamel Mihoubi, ministre des Ressources en eau, lors de son passage à la Radio nationale.

Les chiffres fournis par l’invité de la rédaction sont alarmants, à commencer par le taux de remplissage des barrages, qui tourne autour de 44% avec une grande prévalence dans la région Est, où les barrages sont à un taux de remplissage de 67%. Pourquoi les barrages ne se remplissent plus ? Le ministre a été formel : «Les quantités de pluies récoltées sont en nette baisse. Elles ne suffisent plus pour remplir nos réserves et alimenter la population. Ces 44% sont ce qui reste de la ressource en eau conventionnelle.»

Et d’ajouter que la déperdition de l’eau dépasse les 45%, dont plus de 20% sont des fuites. La norme mondiale en déperdition ne dépasse pas les 18%. En prendre en considération ces chiffres officiels, les Algériens vivront un été très difficile cette année. Les prémices de la sécheresse commencent déjà avec d’énormes perturbations dans les régions du Centre et de l’Ouest, généralement les plus touchées par les pénuries.

Pour réduire les risques de pénurie et optimiser la ressource, le premier responsable du secteur de l’eau revient sur des discours déjà annoncés par ces prédécesseurs. Il s’agit, entre autres, du transfert des ressources, dessalement de l’eau de mer, révision du coût de l’eau pour les industriels et lutte contre le gaspillage par la réactivation de la police de l’eau qui sont les principaux axes de la stratégie du ministère.

Il est décidé d’ailleurs de doubler le nombre de stations de dessalement existantes pour passer de 11 à 22 stations. «En attendant, nous avons inscrit en projet l’extension des stations d’El Tarf, Béjaïa et Alger. Cette dernière va passer de 200 à 240 000. Nous sommes en train d’étudier les possibilités de montage financier pour lancer ces projets», dévoile M. Mihoubi, qui indique que les eaux de surface seront désormais réservées exclusivement à l’irrigation des terres agricoles. L’interconnexion entre les barrages via le pompage de l’eau pour alimenter les zones touchées par la sécheresse est également adoptée. Autre option : la police de l’eau, qui sera réactivée avec des prérogatives renforcées. Un projet de loi est en cours d’élaboration dans ce sens.

Les experts pas très convaincus

Mais est-ce la solution ? Les scientifiques restent sceptiques. Selon le Dr Farès Kessasra, maître de conférence et directeur de recherche en hydrogéologie à l’université de Jijel, le dessalement de l’eau de mer est la solution facile, mais qui reste très coûteuse pour notre pays en plein crise financière. «Décider de lancer des projets de nouvelles stations de dessalement va à l’encontre de la politique de l’Etat, qui va vers la rationalisation des dépenses. Cette décision c’est comme s’endetter pour avoir un dîner de luxe», affirme notre expert. Il estime qu’il y a d’autres solutions moins coûteuses qui pourraient préserver la ressource.

Il cite le dragage des barrages, qui optimise la capacité de stockage de l’eau en augmentant la profondeur de la cuvette. Il faut aussi, selon ses propos, développer des formations professionnelles qualifiantes dans les métiers de l’eau et des barrages, faire appel à des experts dans ce domaine, écouter les scientifiques et instaurer une solidarité hydrique entre les régions.

Pour la police de l’eau, le Dr Kessasra reste formel quant à l’impossibilité de la rendre fonctionnelle. «Nous ne pouvons pas mettre un policier pour chaque citoyen et le surveiller pour qu’il ne remplisse pas sa piscine ou lave sa voiture avec des quantités énormes d’eau. C’est une question de culture.

Pour y faire face, il faut absolument cesser la langue de bois et prononcer des discours sincères pour sensibiliser et responsabiliser les citoyens», indique notre consultant, qui avance aussi l’option de révision à la hausse de manière réfléchie et graduelle le prix de l’eau. Pour lui, l’Algérie est perdante sur toute la ligne en matière de coût de l’eau.


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