Rassemblements et réseaux sociaux mènent à la prison : Les libertés malmenées


Consacré par toutes les Constitutions depuis l’avènement du pluralisme politique en 1989, ce droit est gravement remis en cause ces derniers mois.

Les conséquences des derniers textes de loi élaborés par le ministère de la Justice et adoptés par le Parlement sont déjà dramatiques pour… la liberté d’expression. Consacré par toutes les Constitutions depuis l’avènement du pluralisme politique en 1989, ce droit est gravement remis en cause ces derniers mois.

L’expression d’un avis notamment politique, la participation à une manifestation publique et l’émission de commentaires sur les réseaux sociaux, notamment Facebook, deviennent des délits.

Leurs auteurs sont souvent arrêtés, placés en garde à vue, présentés devant la justice avant d’être poursuivis et mis en détention. Dans certains cas, ils sont condamnés à de très lourdes peines d’emprisonnement. «Du jamais vu. Même durant la décennie noire, il n’y avait pas de telles situations», dénoncent les avocats et les défenseurs des droits de l’homme.

Selon eux, les prisons algériennes sont peuplées de détenus d’opinion. Après l’épisode du deuxième semestre de l’année 2019, où plus de 200 activistes, militants et manifestants ont été placés, de longs mois durant, en détention provisoire, on assiste, notamment depuis le mois de mars dernier, à une nouvelle vague d’arrestations. Près d’une centaine de personnes sont, selon les avocats, en prison pour leurs opinions.

Facebook, «la pièce à conviction»

Si en 2019, les arrestations et la détention se faisaient, généralement, sur la base de détention «de l’emblème amazigh» et de «pancartes portant des messages politiques», le modus operandi des autorités a changé depuis quelques mois.

Désormais, en plus de la participation aux marches et aux rassemblements «non autorisés», les services de sécurité qui interpellent les gens dans la rue et les juges qui traitent leurs affaires vont encore plus loin, comme l’a affirmé, samedi dernier, l’avocat Mostafa Bouchachi, pour chercher les preuves afin de les incarcérer.

Les réseaux sociaux, notamment Facebook, deviennent «des pièces à conviction». Détenir un compte Facebook peut mener aussi devant la justice.

Systématiquement, selon les témoignages des avocats qui se constituent pour défendre les détenus d’opinion, les magistrats interrogent les «accusés» sur leurs publications sur leurs pages personnelles sur le Net. Les chefs d’accusation sont adaptés en fonction de la nature de ces publications.

Ces faits reviennent dans tous les procès. C’est le cas d’ailleurs de celui des deux enseignants qui comparaîtront aujourd’hui devant le tribunal de Jijel.

En effet, Araba Mohamed El Hachemi, professeur d’université, et Bonar Mohamed, enseignant au lycée (placés tous les deux en détention provisoire) sont poursuivis pour «participation à la marche du 5 octobre dernier» et «publications sur Facebook».

Hier encore, le Parti des travailleurs (PT) a annoncé la convocation, par le tribunal de Jijel, de sa militante et membre du bureau politique Souilah Chahinez. Responsable syndicale à l’université de Jijel, cette dernière devrait comparaître, le 28 octobre prochain, pour «outrage à corps constitué».

Elle est poursuivie, selon le parti, pour avoir partagé, sur Facebook «une photo montrant une manifestation de femmes à l’occasion du 8 mars à Alger dans laquelle des femmes ont été brutalisées par des policiers», avec un commentaire : «Les femmes n’ont pas besoin de roses, mais elles méritent du respect et de la considération.»

De lourdes peines d’emprisonnement

La traque des opinions sur les réseaux sociaux ne se limite pas à des commentaires postés. Elle vise aussi les «Like» et les partages d’événements ainsi que des photos. Cette chasse aux libertés s’est généralisée dans tout le pays.

Il n’y a pratiquement aucune wilaya, du nord au sud et de l’est à l’ouest, qui ne compte pas au moins une dizaine de détenus. Le plus inquiétant encore est cette tendance à prononcer des peines lourdes à l’encontre des accusés, à l’image du militant de Khenchela, Yacine Mebarki, condamné à 10 ans de prison et un milliard de centimes d’amende.

«Des dizaines de détenus politiques sont condamnés par la justice sous ‘‘la nouvelle République’’ pour leurs opinions et pour l’exercice de la politique. La condamnation de Yacine Mebarki est une première. Même sous le parti unique, la justice prononçait, pour ce genre de cas, des peines symboliques et avec sursis.

Au XXIe siècle on continue de condamner des militants du Hirak à 10 ans de prison», dénonce l’avocat Mokrane Aït Larbi, dans un post sur sa page Facebook, tout en réclamant la libération de Yacine Mebarki et du journaliste Khaled Drareni. Cette répression prendra-t-elle fin ?

Amnesty International appelle à la libération de Abdallah Benaoum

L’ONG Amnesty International appelle à la libération immédiate et sans condition du militant Abdallah Benaoum, détenu depuis le 9 décembre 2019 en raison de publications sur Facebook. «La vie de Abdallah Benaoum est en danger.

Il a besoin de toute urgence d’une opération du cœur. En raison de sa santé fragile, il n’est pas physiquement capable de rencontrer ses avocats ou sa famille», explique l’organisation dans un communiqué rendu public.

Selon AI, les juges ont rejeté de «manière inique» les multiples demandes de libération provisoire déposées par ses avocats, malgré la détérioration de son état de santé. «La prochaine audience le concernant est fixée au 27 octobre.

Amnesty International appelle à l’abandon de toutes les charges pesant sur Abdallah Benaoum et de le libérer immédiatement et sans condition, car il est détenu uniquement pour avoir exercé son droit à la liberté d’expression», précise le communiqué.

Poursuivant, l’ONG appelle aussi à le transférer, sans délai, «vers un centre médical où il pourra recevoir les soins urgents prescrits par son cardiologue». M. M.

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