Quelle transition pour l’après-4 juillet ?


Les 45 jours dédiés au dépôt des dossiers de candidature pour l’élection présidentielle du 4 juillet prochain ont expiré avant-hier à minuit. Le Conseil constitutionnel a annoncé, hier, le dépôt de deux dossiers par les candidats libres Abdelhakim Hamadi et Hamid Touahri.

Il est peu probable que ces deux-là aient réussi à réunir les 60 000 signatures réparties sur 25 wilayas, comme le stipule la Constitution. Aucune personnalité d’envergure n’a déposé de dossier pour cette élection rejetée par de larges pans de la société.

Même Belkacem Sahli de l’Alliance nationale républicaine (ANR) et Abdelaziz Belaïd du Front El Moustakbel (FM), qui avaient dans un premier temps déposé leurs lettres d’intention, ont finalement décidé de ne pas se présenter.

Pour ces deux derniers, qui ne sont pourtant pas connus pour être de farouches opposants au pouvoir, les conditions de la tenue d’une élection libre ne sont pas réunies. L’élection du 4 juillet sera sans aucun doute «reportée» ou «annulée». Mais que se passera-t-il par la suite ? Il faut dire que plusieurs chefs de parti politique n’ont cessé d’affirmer, depuis plusieurs semaines déjà, que cette élection n’avait aucune chance de se tenir. Toutes les formations politiques de l’opposition avaient, par ailleurs, décidé de la boycotter. Et même dans le cas où elle serait maintenue, elle n’aurait aucune légitimité.

Pour certains, la persistance du pouvoir en place à maintenir, coûte que coûte, ce processus électoral a fait perdre du temps au pays, tout en le menant quand même vers l’impasse. «Le système, en s’accrochant à sa solution constitutionnelle autour de l’article 102, que nous avons prévenu dès le début, nous a finalement mené vers l’impasse avec en plus une perte de temps», a estimé Saïd Salhi, vice-président de la Ligue algérienne de défense des droits de l’homme (LADDH). «Au lieu d’engager un dialogue depuis trois mois, le pouvoir a engagé un rapport de force. Il vient de le perdre», a déclaré, de son côté, Soufiane Djilali, président de Jil Jadid.

Le chef d’état-major de l’ANP, Ahmed Gaïd Salah, avait, à maintes reprises, exprimé son rejet de toute idée de «vide constitutionnel» qui mènerait inéluctablement vers une «transition», réclamée par la quasi-totalité des partis de l’opposition. «Au-delà du 4 juillet, ou c’est la transition politique en dehors de la Constitution, ou c’est le prolongement de la crise qui risque encore de s’exacerber et d’exposer le pays à des dangers plus graves», a indiqué Saïd Salhi.

Que se passera-t-il maintenant ? Des partis et personnalités politiques ont soumis diverses propositions de sortie de crise. La dernière en date étant celle d’Ahmed Taleb Ibrahimi, qui a plaidé pour une «solution politique» en s’appuyant sur les articles 7 et 8 de la Constitution.

D’autres, avant lui, ont également proposé leurs feuilles de route, à l’image de Talaie El Hourriyet, le FFS, RCD, Jil Jadid, les Forces du changement, un conglomérat de formations et personnalités politiques se réunissant chez le FJD – Adala – de Abdallah Djaballah, le MSP, le PT, les dynamiques du Collectif de la société civile pour une transition démocratique ou même l’Organisation nationale des moudjahidine (ONM), pour ne citer que celles-là.

Hormis pour quelques partis qui plaident pour la «Constituante», la majorité de ces propositions s’articulent autour d’une transition de 6 à 12 mois durant laquelle sera mis en place un mécanisme permettant de réunir les conditions d’organisation d’une élection présidentielle libre et transparente. Une période qui sera menée par une personnalité ou plusieurs (présidium) «acceptées» par la population et c’est à celle-ci, ou celles-là, qu’échoira la mission de nommer un «gouvernement de transition».

Pour certains donc, le «vide constitutionnel», dans lequel se retrouve «automatiquement» le pays après le «report» ou l’«annulation» de cette présidentielle, mènera inéluctablement vers une transition. Néanmoins, les débats initiés ces derniers jours dans quelques médias publics laissent supposer que l’option du maintien du chef de l’Etat, Abdelkader Bensalah, dont le départ est fortement réclamé par les manifestants, est sur la table.

L’agence officielle APS a balancé, hier, une dépêche portant l’intitulé «la Constitution autorise le chef de l’Etat à convoquer le corps électoral à nouveau en cas de suspension des élections» dans laquelle des spécialistes se sont exprimés sur la démarche à suivre dans pareil cas (absence de candidat), même si la Loi fondamentale du pays n’a pas prévu cette situation.

Par ailleurs, des informations, relayées par des médias proches de l’actuel pouvoir, font déjà état de la préparation par le gouvernement Bedoui d’un texte de loi relatif à l’instance «d’organisation» des élections qui, d’après eux, sera soumis prochainement à l’actuel Parlement.

La population va-t-elle accepter dans deux ou trois mois ce qu’elle a rejeté aujourd’hui, à savoir l’organisation d’une élection présidentielle par les symboles de l’ancien régime ? Il est clair qu’il y a unanimité chez les manifestants sur la nécessité du départ de Bensalah et Bedoui comme préalable en vue de prendre part à un quelconque processus futur de sortie de crise.

Le pouvoir en place se mettra-t-il à table pour enclencher le dialogue tant attendu avec les différents acteurs de la scène politique, en optant pour une solution politique, ou s’entêtera-t-il à vouloir organiser «unilatéralement» cette présidentielle ? Les jours à venir nous le diront…

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