Quand les pompiers sont accusés de complot


Deux communiqués officiels, l’un émanant du Premier ministère, et l’autre du département de l’Intérieur, ont évoqué, en l’espace de quelques jours, la «main étrangère» ou le «complot», en réaction à des mouvements de protestation.

Les images du face-à-face, qui a eu lieu dimanche entre des policiers et des agents de la Protection civile, n’ont pas laissé indifférents les Algériens, d’autant plus que les premiers ont fait usage de gaz lacrymogènes pour empêcher les seconds d’arriver au siège de la Présidence, à El Mouradia.

Les sapeurs-pompiers ont pourtant exprimé des revendications strictement socioprofessionnelles. En fin d’après-midi du même jour, le ministère de l’Intérieur a fini par réagir, en appelant les protestataires à «cesser définitivement ce mouvement» et a évoqué une contestation «nourrie par des parties défendant des agendas hostiles à l’égard de l’Algérie».

Le communiqué contraste avec la déclaration faite le même jour par le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, en Conseil des ministres, dans laquelle il a «ordonné l’engagement du dialogue avec les différents partenaires sociaux aux fins d’améliorer la situation socioprofessionnelle des employés» dans les secteurs de l’éducation et de la santé.

Mais il faut dire que cette accusation du département de Beldjoud à l’endroit des contestataires de la Protection civile n’est que le prolongement de ce qu’avait déclaré le chef de l’Exécutif, Abdelaziz Djerad, le 28 avril dernier, en réaction notamment aux grèves dans les secteurs de l’éducation, de la poste et quelques autres mouvements de protestation. «Il a été observé, ces derniers temps, une augmentation des protestations syndicales, derrière lesquelles se trouvent parfois des organisations syndicales non agréées, soulevant certaines revendications, dont les demandeurs sont pertinemment conscients qu’elles ne sont pas réalisables», avait-il tranché.

Et d’ajouter : «L’obstination à suivre cette approche exagérée ne peut être considérée que comme une manœuvre visant à servir des objectifs clairs, même s’ils ne sont pas déclarés, visant à perturber le climat de changement que les pouvoirs publics ont initié».

La déclaration a fait réagir plusieurs syndicats qui n’ont pas admis que la «sincérité» de leur démarche soit remise en cause de cette manière. En tout cas, le recours à cette rhétorique par les officiels à chaque fois qu’ils font face à des crises ou à la contestation n’est guère nouveau. Evoquer «la main étrangère» et «le complot» est omniprésent dans le discours des différents responsables.

Il n’y a qu’à voir tous les qualificatifs utilisés pour évoquer les manifestants du hirak depuis février 2019. Chaque voix discordante, que ce soit sur le plan politique ou, comme il est constaté ces derniers temps, sur le plan socioéconomique, est ainsi accusée d’être à la solde d’une «main étrangère» ou impliquer dans un «complot».

Or, la situation est telle que, ces derniers temps, à chaque fois qu’une déclaration contenant ces éléments de langage est faite par un officiel, elle est tout de suite après tournée en dérision sur les réseaux sociaux. Ce discours «complotiste» ne passe plus dans la société, tellement il a été utilisé. Ce qui rend le procédé désuet…


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