Quand les « faux importateurs » pillaient les caisses de l’État

Les autorités portuaires de la wilaya d’Oran ont procédé récemment à la destruction de 60 conteneurs qui s’empilaient au « quai à conteneurs » depuis 2018. Ces derniers appartenaient à des importateurs, pour la plupart non identifiés, et renfermaient des marchandises périmées. L’inspection des douanes envisage de soumettre prochainement 33 autres conteneurs à la même mesure.

| LIRE AUSSI : Affaire de l’escroquerie à 52 milliards, la justice passe à l’action

L’opération de destruction des produits arrivés à expiration intervient dans le cadre d’une campagne d’envergure qu’a lancée la Commission paritaire de contrôle des conteneurs. Celle-ci fait suite à la difficulté d’identifier les propriétaires des conteneurs laissés à l’abandon. On sait, néanmoins, qu’il s’agit d’importateurs qui avaient acheté des marchandises saisies sur plusieurs ports étrangers (Marseille, Alicante, Golfe arabo-persique…).

Des importations pour alimenter « l’industrie de la Chicha »

Les inspections des conteneurs ont conduit à la découverte d’importantes lacunes dans les opérations d’importation qui ont eu lieu avant l’introduction des nouvelles procédures visant à freiner les activités de contrebande de devises et l’importation anarchique de marchandises par des importateurs qui ne figuraient pas sur le fichier national des importateurs. Les enquêtes des services de la douane ont montré que ces importateurs suspects ont commis de très graves infractions aux procédures douanières, telles que de fausses déclarations de fret.

Les enquêteurs ont constaté que les propriétaires de ces 67 conteneurs ont également violé la loi sur l’importation de marchandises commerciales, au change et au transfert de devises à l’étranger. En outre, ils ont commis plusieurs infractions, notamment des actions de fraudes et de fausses déclarations sur les cargaisons. En effet, ces conteneurs abandonnés étaient remplis de parfums, de denrées alimentaires, de fromages, de foie, de viande congelée et de diverses marchandises importées d’Espagne.

| LIRE AUSSI : 15 avions d’Air Algérie, 4 hauts responsables devant la justice

Un conteneur était chargé d’une substance interdite. Il s’agit de la mélasse utilisée dans la préparation de la chicha. Son propriétaire, un importateur non identifié, avait apporté cette substance d’Asie du Sud-Est. Mais en raison du contrôle strict appliqué aux conteneurs sans numéros de série, il a choisi de l’abandonner au port. L’opération de saisie de ces matières qui servent à la fabrication de la « chicha » s’est déroulé en parallèle de la vaste campagne de lutte contre ce que le wali d’Oran a appelé les « investissements de la chicha ». Commerces qui ont engendré plusieurs activités criminelles annexes.

Les recherches préliminaires ont révélé que la plupart des importateurs impliqués dans ce scandale d’importations fictives font l’objet de poursuites judiciaires, bien que leur identité soit inconnue à ce jour.

Tribunal d’Oran : 13 faux importateurs dans le viseur de la justice

L’opération d’ouverture des conteneurs et de destructions des produits périmés a montré que les déclarations de ces importateurs étaient totalement contraires à la réalité. Ayant prétendu que les marchandises consistaient en des vêtements féminins et de parfums de luxe de fabrication asiatique, l’inspection a révélé que ces conteneurs transportaient des produits alimentaires interdits d’importation.

Cette technique de fraude avait pour unique but de gonfler les factures et de transférer de la devise à vers des comptes bancaires étrangers. Ainsi, de fausses entreprises profitaient de la faiblesse du cadre législatif pour procéder à des règlements suspects dès que des navires de commerce battant pavillon étranger accostaient. Ceux-ci étaient chargés de marchandises inutiles, et parfois de conteneurs vides. La fraude se déroulait avec la complicité de sociétés étrangères d’approvisionnement, d’agents de transit et de surveillance.

| LIRE AUSSI : Affaire des 124 millions de dollars, le dossier devant le tribunal d’Oran

Par ailleurs, le port d’Oran envisage de se débarrasser de dizaines d’autres conteneurs avant la date du 31 décembre de l’année en cours, après que les autorités compétentes ont confirmé que leurs propriétaires les avaient abandonnés dès qu’ils ont appris l’existence d’un contrôle douanier strict concernant les cas de fraudes, de fausses déclarations et de lutte contre les délits financiers qui ont causé au Trésor public des pertes incommensurables.

À cet effet, nos sources révèlent qu’environ 13 importateurs de marchandises font l’objet de poursuites judiciaires au niveau du tribunal d’Oran pour des chefs d’accusation liés à la violation de la réglementation relative aux opérations de change, aux mouvements de capitaux vers et depuis l’étranger, à la surcharge, aux fausses déclarations et aux importations suspectes.