Protection de la biodiversité sous-marine : «Les gens adhèrent, mais leurs actions restent sans suite»


Environnement

Les déchets que les équipes de la plongée sous-marine récupèrent à chaque opération de nettoyage ne sont que le reflet de nos comportements quotidiens. Si par le passé, la mer était presque synonyme d’une vaste poubelle pour un grand nombre de citoyens, actuellement la protection de l’environnement marin se pose avec acuité. Les conséquences de la pollution des milieux marins se font sentir de plus en plus. Si pour les plongeurs, le constat est alarmant depuis des années, le citoyen lambda ne s’en est rendu compte que lors de ce moment de contact avec la mer, notamment la fréquentation des plages pendant l’été.

Il n’existe pas d’organisme chargé du nettoyage des fonds marins. Ainsi, la protection de la côte et des oueds demeure le seul moyen pour atténuer la pollution de ces fonds. «Le fond marin est quelque chose de très spécifique. On ne peut pas parler de nettoyage du fond marin si on ne traite pas le problème en amont», explique Habet Dilmy-Halim, gestionnaire au Commissariat national du littoral (CNL). Cet organisme, qui est représenté dans 14 wilayas côtières à travers ces antennes, intervient en tant que service technique pour donner l’information, faire l’état des lieux et travailler étroitement avec les directions de l’environnement concernant les problématiques liées au milieu marin. «Le problème n’est pas spécifique à la côte algérienne. Le phénomène de la pollution et de l’étendue du plastique atteint les océans. On parle de quantités très importantes de plastique qui sont entrées même dans l’alimentation du poisson», précise le gestionnaire du CNL. Face à cette problématique complexe, dont les conséquences touchent directement l’homme à travers sa chaîne d’alimentation, la protection des fonds marins s’impose.

Mais les différentes opérations de nettoyage organisées par des associations à caractère écologique ne peuvent pas à elles seules assainir ces fonds qui comptent des tonnes de déchets accumulés à travers des années. De l’avis de ce spécialiste de l’environnement, les actions des associations et des clubs de plongée sous-marine visent essentiellement la sensibilisation et la quantification. Lors de ces opérations, les plongeurs qui, dans la majorité des cas, sont des bénévoles, font état de la densité, la quantité et la nature des déchets récupérés, ils rendent compte également des lieux les plus pollués. «Ce sont des constats. Le gros problème des déchets des fonds marins est la source : les apports et les actions de l’homme», insiste M. Habet. A cet effet, la lutte contre l’usage du plastique et du micro-plastique a été lancée. Mais ses échos ne sont toujours pas visibles sur le terrain.

Lutte contre le plastique et le micro-plastique

La limitation de ce produit par rapport à tous les niveaux de la production demeure l’objectif tracé par les différents services concernés par la protection de l’environnement marin. Mais sa mise en application sur le terrain bute à des difficultés d’ordre économique. «On veut dire stop au plastique, mais on ne peut pas arrêter un processus économique, l’huile, le lait et d’autres produits de consommation, les produits d’emballage du matériel, etc.», explique le premier responsable du CNL. Ce dernier suggère le remplacement du plastique par d’autres produits biodégradables. «Il faut aller vers les produits de substitution, et cela est une politique mondiale, on veut aller vers des processus de fabrication autres que celui du plastique. L’Algérie est partie prenante», assure-t-il. M. Habet attire à l’occasion l’attention sur l’opération de remplacement du sachet en plastique par le couffin. Une large compagne qui a eu des échos auprès des citoyens, d’après ses dires. Mais cette opération reste sans alternative dans la pratique. «Même pour ceux qui utilisent le panier, à l’intérieur on trouve des produits dans des sachets en plastique au milieu des sacs en jute par exemple», observe ce spécialiste de l’environnement.

Une autre problématique permettant d’assurer durablement l’équilibre de l’écosystème demeure le recyclage des déchets. «L’opération de recyclage en Algérie reste faible. La gestion des déchets est un métier», fait remarquer notre interlocuteur.

Qu’en est-il de l’engagement des citoyens ?

«Le citoyen a conscience du besoin de maintenir son milieu propre et le préserver de toute pollution. La population est partie prenante à tous les niveaux dans cette problématique, mais il faut mettre en place des rouages de récupération», affirme M. Habet, qui a eu à constater cet engagement à chaque fois qu’il se rapproche de la population, notamment durant les saisons estivales. Notre interlocuteur assure que parmi les citoyens, certains trient leurs déchets, mais au niveau du ramassage il n’y a pas de suivi. «En termes de sensibilité, les gens adhèrent, mais leurs actions restent sans suite. Quand le camion de ramassage prend tout à la fois, même les déchets traités, les citoyens finissent pas baisser les bras», regrette le gestionnaire du CNL.

Post Views: 0