Procès en cascade d’animateurs du hirak : La main lourde de la justice


Les libertés d’expression et d’opinion continuent d’être malmenées en Algérie. Plus d’une année après la naissance du mouvement populaire réclamant un changement radical du système et de ses pratiques autoritaires et obsolètes, l’opinion nationale assiste, depuis des mois, à un rétrécissement dangereux des espaces démocratiques.

Les opinions, exprimées notamment sur les réseaux sociaux, mènent leurs auteurs devant les tribunaux, voire carrément en prison. Il ne se passe pas une semaine sans qu’il y ait des convocations d’activistes du hirak par les services de sécurité, qui les présentent, par la suite, devant les tribunaux qui engagent, à leur tour, automatiquement des poursuites judiciaires à leur encontre.

Selon les avocats et les organisations de défense des droits de l’homme, les personnes concernées sont poursuivies en majorité pour des délits d’opinion. Mais les chefs d’accusation sont multiples. Ils vont de «l’atteinte à l’unité nationale» à «incitation à attroupement non armé», en passant par «atteinte à corps constitué» et «offense».

Jusqu’à jeudi dernier, la Ligue algérienne pour la défense des droits de l’homme (LADDH) a recensé une soixantaine d’activistes du hirak en détention à travers 25 wilayas. Certains d’entre eux sont déjà condamnés à de lourdes peines de prison.

C’est le cas du jeune Brahim Laalami, de Bordj Bou Arréridj. Arrêté et placé en détention provisoire à plusieurs reprises depuis l’automne 2019, l’activiste a été condamné, à la fin de la semaine dernière, à 18 mois de prison ferme et 1 million de dinars d’amende.

Il s’agit de la sixième condamnation pour cet homme, qui avait déjà été condamné dans cinq autres dossiers dans lesquels les chefs d’inculpation sont les mêmes. En pleine crise sanitaire et au moment où le pouvoir fait miroiter des mesures d’apaisement, la justice fonctionne à plein régime et prononce de lourdes sanctions contre ceux qui ont réussi à se distinguer durant le hirak dans leurs régions respectives.

Cette «notoriété» a valu aussi une condamnation à 6 mois de prison, dont trois ferme, pour les deux jeunes de Timimoun, dans la wilaya d’Adrar, Ahmed Sidi Moussa et Yasser Kadiri. Lors de leur procès qui s’est déroulé à la fin de la semaine dernière, le procureur de la République près le tribunal de Timimoun avait requis 10 ans de prison ferme à leur encontre.

Durant ces dernières semaines, des dizaines d’activistes ont été placés sous mandat de dépôt pour des accusations qui, selon les avocats de défense des détenus d’opinion, ne méritent pas l’emprisonnement. Plusieurs personnes en détention provisoire actuellement, expliquent les avocats, peuvent être jugées en étant libres.

C’est le cas du journaliste Khaled Drareni, dont le maintien en détention suscite moult interrogations. Outre ces condamnations et ces détentions provisoires, plusieurs dizaines de militants politiques et d’activistes du hirak attendent toujours la programmation de leurs procès. L’épée de Damoclès est constamment suspendue au-dessus de leur tête. Ils vivent quotidiennement avec cette peur de se retrouver, à nouveau, dans les prisons où ils ont passé déjà plusieurs mois.

C’est le cas de Fodil Boumala, Karim Tabbou, Hakim Addad, Slimane Hamitouche, Samir Benlarbi, Amira Bouraoui… et beaucoup d’autres anciens détenus qui n’ont bénéficié que d’une liberté provisoire. 

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