Procès des détenus d’opinion programmé demain : «C’est un test pour les magistrats après leur grève»


Le procès de plusieurs détenus d’opinion est programmé demain au tribunal de Sidi M’hamed (Alger).

Une trentaine de personnes seront présentées devant le juge pénal. «Il y aura ce lundi la programmation des procès de 26 détenus, 4 vendeurs de pin’s, ainsi que deux personnes mises sous contrôle judiciaire, soit 32 en tout. Tous ont été arrêtés le 28 juin. Il y aura également le procès de Dahmani Nour Elhouda Yasmine (étudiante en droit à Saïd Hamdine), de Belaifa Fatiha (sous contrôle judiciaire) et de Maati Salah (malade mental à 100%, transféré à l’hôpital psychiatrique de Frantz Fanon), arrêtés lors de la marche des étudiants le mardi 17 septembre à Alger. Signalons que la chambre 13 n’a pas programmé les procès d’Ould Taleb, Guerroudj Samir…», indique Kaci Tansaout, coordinateur du Collectif pour la libération des détenus (CNLD).

En tout, 114 personnes ont été arrêtées au cours de ces derniers mois pour le chef d’accusation principal d’«atteinte à l’unité nationale». Dans certaines situations, la réaction de la police fait suite aux déclarations du chef d’état-major, Ahmed Gaïd Salah, qui a dénoncé, dans un discours prononcé mercredi 19 juin, les «tentatives d’infiltration des marches populaires, au cours desquelles des drapeaux autres que l’emblème national sont brandis par d’infimes minorités».

Plusieurs autres arrestations ont concerné certains militants politiques en vue, à l’instar de Lakhdar Bouregaâ, Karim Tabbou, Samir Benlarbi et des membres de l’association RAJ, Abdelwahab Fersaoui et Hakim Addad, ou encore des militants de Rachad.

Là, les chefs d’inculpation sont «atteinte au moral de l’armée», «incitation à attroupement»… Si la plupart des personnes sont incarcérées à la maison d’arrêt d’El Harrach, certaines sont emprisonnées dans diverses villes, comme Koléa (Tabbou), Mostaganem (voir encadré), Tlemcen et d’autres encore. Des tribunaux du pays ont remis en liberté les détenus de l’emblème amazigh avec restitution de l’objet du délit, alors que les juridictions d’Alger ont décidé de l’instruction des dossiers des mis en cause, dont certains sont en détention depuis plus de quatre mois – durée légal du mandat de dépôt.

Poursuite des arrestations

Comment se portent les concernés ? «Ils ont le moral, mais ils connaissent des moments d’abattement. Leftissi a maigri. L’étudiante Nour El Houda, toujours sous le choc, souffre. Samira Messouci est plus forte. Des détenus sont placés dans des salles, ils sont avec les droits communs, parfois la cohabitation n’est pas simple. Samir Benlarbi et Fodil Boumala ont été mis dans une même cellule dans le cadre de l’isolement sécuritaire», détaille Me Abdelghani Badi.

Pour Saïd Salhi, vice-président de la LADDH, les procès de cette semaine seront un premier test pour les magistrats après leur mouvement de grève. «C’est aussi et surtout l’indépendance de la justice qui sera mise en examen et à l’épreuve. La LADDH réitère sa demande de libération de l’ensemble des détenus d’opinion et politiques, nous espérons que les tribunaux d’Alger ne feront pas l’exception et vont confirmer l’acquittement des prévenus et la restitution de leurs drapeaux, à l’image des autres juridictions à l’échelle nationale. Bien qu’à ce jour, même avec ces verdicts, annonçant l’acquittement par l’absence de matière d’inculpation des porteurs du drapeau amazigh, les services de sécurité continuent à interdire cet emblème et à interpeller ses porteurs lors des marches du vendredi à Alger», regrette-t-il.

Les arrestations se sont en effet poursuivies vendredi dernier (acte 38 du hirak). Trois personnes d’une même famille (Loudahi) ont été interpellées à l’est d’Alger pour port de l’emblème amazigh. Deux frères ont été libérés, et leur cousin (Loudahi Djilali) est en garde à vue. «Ce sont des militants du RCD qui participent au hirak. L’un d’eux a été gardé à vue. Il sera présenté demain (aujourd’hui) devant le procureur de Rouiba», précise Me Alili Yamina, qui a signalé le cas de Yasser Rouibah arrêté après avoir été passé à tabac.

Daouadji hospitalisé suite à sa grève de la faim

L’activiste Ibrahim Daouadji, arrêté le 12 octobre et incarcéré à la prison de Mostaganem, a été hospitalisé suite à sa grève de la faim, a annoncé son avocat Abdelghani Badi. «Daouadji est en grève de la faim depuis au moins 27 jours. Il a été hospitalisé après sa grève qu’il a entamée juste après son arrestation. Je n’ai pas pu avoir d’autres détails auprès des collègues avocats. Je vais éventuellement me déplacer pour me renseigner sur son cas», signale l’avocat. Il a été interpellé, avec d’autres personnes, lors d’un rassemblement contre la visite du ministre de la Jeunesse et des Sports, Raouf Bernaoui. L’activiste a été retenu dans le commissariat avec son fils de trois ans, a précisé le Comité national pour la libération des détenus (CNLD). «Le père d’Ibrahim Daouadji a été appelé par la police du 7e commissariat (où son fils est transféré) pour lui proposer de signer un PV de bonne santé de son petit-fils de 3 ans, après avoir été séquestré avec son père dans les geôles de la police pendant des heures et où il a assisté au kidnapping de son père dans une violence atroce», écrit le CNLD dans un communiqué. Daouadji est poursuivi pour des chefs d’inculpation très graves : «atteinte à l’unité nationale», «incitation à attroupement», etc. «Une autre personne est en état de fuite dans cette affaire», précise Me Badi.  

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